Collection Didot, t l", p
lettre où il se plaignait de la vivacité des sentiments de sa femme. Nous en conclurons que c'était là un mari bien diffîcite à contenter, ce qui veut dire bien amoureux.
Pendant que le général Bonaparte arrachait l'Italie aux Autrichiens, les armées françaises d'Allemagne, battues dans plusieurs rencontres , avaient été obligées de repasser le Rhin. L'Autriche pouvait alors porter ses ressources dans laP éninsule. Avec de forts détachements tirés de ses troupes un instant victorieuses, les débris de Wurmser et une levée de 15000 Croates, elle parvint à former une troisième armée de 60 000 hommes, à la tète de laquelle le feld-maréchal Alvinzi, au milieu d'octobre, accourut, en promettant de venger les revers de son prédécesseur et de dégager Mantoue» que tenait bloquée un corps de l'armée française. Pendant ce temps, Venise et Rome, ayant à la fin levé le masque, s'étaient mises du côté des Autrichiens. La position était critique. Après avoir longtemps demandé des secours au Directoire, facile à promettre mais toujours lent à tenir, Bonaparte avait enfin reçu un renfort de quatre régiments détachés de l'armée de la Vendée, et formant en tout 8000 hommes, ce qui réparait les pertes éprouvées par l'armée française dans les deux précédentes campagnes, et la maintenait à ce chiffre normal de 30000 combattants actifs qui semblaient suflisants à Napoléon commeàTurenne pour accomplir leurs merveilles.
Enfin, vers la fin d'octobre, Alvinzi eut réuni ses
troupes, la moitié, sous son commandement, autour de Conegliano, sur la rive gauche de la Piave, et l'autre aux confins du Tyrol. Le 2 çovembre, il passe la Piave. Bonaparte, qui l'attendait, le joint, le 5, près de la Brenta, l'attaque, le culbute et le rejette avec toutes ses troupes dé l'autre côté de la rivière. Mais le général Vaubois, chargé de s'opposer à l'ennemi dans le Tyrol, n'avait pu tenir à Trente, ni garder aucune position intermédiaire, et il revenait en désordre à Vérone. Le général en chef y court le 7 novembre ; il parle avec sévérité aux soldats, il les fait rougir de la précipitation de leur retraite, et en obtient la promesse de réparer un moment de faiblesse et la demande de marcher à l'avant-garde. Il annonce son arrivée à sa femme par ce court billet, daté du 9 : (f Je suis arrivé depuis avant-hier à Vérone, mabonne amie. Quoique fatigué, je suis bien portant, bien affairé, et je t'aime toujours à la passion. Je monte à cheval. Je t'embrasse mille fois*. »
Le surlendemain , le général français, ayant rallié tout son monde, reprit son mouvement contre l'ennemi. Il n'était que temps. Parla faiblesse de Vaubob et la marche rétrograde du quartier général, qui en avait été la suite, Alvinzi avait complètement réussi dans l'exécution de la première partie de son plan, qui comprenait la prise de possession du Tyrol et du pays compris entre la Brenta et l'Adige. Mais le plus difficile, c'est-à-dire passer TAdige de vive force devant