‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 105 sur 317 · Collection Didoi, t. I", p · texte numérisé non relu

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l'armée française, lui restait à faire. Toutefois il venait de s'emparer des hauteurs de Caldiero, qui commandent une partie du cours de TÂdige et gardent les approches de Vérone, et il s'y était fortifié. Le 1 2, Bonaparte sentant l'importance de cette position, voulut à toute force s'en emparer. Il la fit attaquer sous une pluie torrentielle, qui détrempait le terrain et gênait l'élan de nos troupes. La position fut d'abord prise, puis reprise, et la journée se termina sans résultat décisif, et avec des pertes à peu près égales. Mais l'ennemi, qui avait conservé les hauteurs de Caldiero, s'attribua naturellement la victoire.

Rentré à Vérone, Bonaparte, après avoir terminé sa correspondance militaire , écrit à Joséphine. On croit qu'il va l'entretenir de cette victoire manquée : non; il a une autre affaire, un autre échec qui semble lui tenir plus au cœur. Joie et tristesse, bonheur et chagrin, tout dépend pour lui des lettres ou du silence de sa femme. Le 9, il lui avait dit : « Je t'aime toujours à la passion. » Le 13, hors de lui , avec un langage qui ne lient pas aux termes et un ton' presque théâtral, il lui écrit : « Je ne t'aime plus du tout; au contraire, je te déteste. Tu es une vilaine bien gauche, bien bête, bien cendrillon. Tu ne m'écris pas du tout, tu n'aimes pas ton mari; tu sais le plaisir que tes lettres lui font, et tu ne lui écris pas six lignes jetées au hasard ! Que faites-vous donc toute la journée, madame ? Quelle affaire si importante vous ôte le temps d'écrire à votre bien bon amant? Quelle affection étouffe et met de côté l'amour, le tendre et

constant amour que vous lui avez promis ? Quel peut être ce merveilleux, ce nouvel amant qui absorbe tous vos instants, tyrannise vos journées et vous empêche de vous occuper de votre mari? Joséphine, prenez-y garde; une belle nuit, les portes enfoncées, et me voilà. — En vérité (reprend-il après cette bouffée de folie, et revenant au ton naturel), je suis inquiet, ma bonne amie, de ne pas recevoir de tes nouvelles. Écris-moi vite quatre pages, et de ces aimables choses qui remplissent mon cœur de sentiment et de plaisir. J'espère qu'avant peu je te serrerai dans mes bras, et jeté couvrirai d'un million de baisers brûlants comme sous Téquateur. » Dans cette boutade, qui se termine pourtant, selon la coutume, d'une amoureuse façon, il y a un peu du dépit d'un général habitué à vaincre, et qui éprouve une résistance inattendue. Joséphine a payé l'insuccès de Caldiero.

Mais comprimant son cœur, et donnant tout son essor à son génie, le mari jaloux et véhément fait place au général sérieux et hardi, qui veut se relever d'un échec momentané par un coup d éclat. Après avoir fait trêve aux pensers d'amour, il donne la unit aux pensées de guerre, et il arrête en lui-même un plan merveilleux qui doit, d'un seul coup, anéantir l'armée d'Âlvinzi.

Le lendemain, vers la nuit, sans avoir communiqué son projet à personne, il sort en silence de Vérone, comme un homme qui bat en retraite. Il s'enfonce au milieu des marais voisins , et, par ce traii d audace, il attire son ennemi, bien supérieur à lui,

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sur un terrain accessible seulement par quelques chaussées, où le nombre ne sera rien, et où la valeur des têtes de colonnes décidera tout. Âlvinzi donna dans le piège. Il vint chercher son adversaire dans cette position choisie par le génie stratégique le plus prompt et le plus sûr, et là eut lieu cette lutte de géants qui dura trois jours, du 15 au 17 novembre, et qui s'appela la bataille d'Arcole, et où le général français courut tant de dangers et montra tant d'intrépidité. D'un seul coup, comme il l'avait pensé, Bonaparte consomma l'entière défaite de cette ' nouvelle armée de l'Autriche, et Alvinzi fut ramené jusqu'à Trente avec perte de la moitié de ses troupes. Le général rentra triomphant à Vérone, d'où, trois jours auparavant, il était sorti dans un mystère que la populace avait pris pour le présage d'une défaite. Aussi reçutil à son retour l'accueil le plus enthousiaste. L'admiration des Véronais fut partagée par toute l'Italie, et quelques jours après, par la France et par l'Europe, chaque jour plus émerveillées de ces triomphes croissants, et qu'aucune défaite ne venait ternir. « Nos ennemis, même les plus déclarés, a dit Napoléon dans un souvenir de juste orgueil, ne purent rester froids, et joignirent leurs hommages à ceux de nos amis*. « Cette campagne avait été aussi rapide et aussi étonnante que les deux autres. Mais ces grands avantap^es n'étaient point obtenus sans pertes. L'armée française avait besoin de repos. Bonaparte ne jugea

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