Vie de Napoléon Bonaparte y t. VI, p
correspondance devient touchante. Il est impossible de voir plus de véritable amour et de sensibilité profonde. Cette exagération triste, ce tendre découragement, c'est bien là le langage d'un amant désappointé.
a De Milan, 27 novembre. — J'arrive à Milan ; je me précipite dans ton appartement, j'ai tout quitté pour te voir, pour te presser dans mes bras.... tu n'y étais pas : tu cours les villes avec des fêtes ; tu t'éloignes de moi lorsque j'arrive , tu ne te soucies plus de ton cher Napoléon. Uji caprice te l'a fait aimer; l'inconstance te le rend indifférent. Accoutumé afux dangers, je sais le remède aux ennuis et aux maux de la vie. Le malheur que j éprouve est incalculable; j'avais droit de n'y pas compter. Je serai ici jusqu'au 9 (29 novembre) dans la journée. Ne te dérange pas ; cours les plaisirs; le bonheur est fait pour toi : le monde est trop heureux s'il peut te plaire, et ton mari seul est bien, bien malheureux \ »
Le lendemain, 28 novembre, il lui dit encore * : « Je reçois le courrier que Berthier avait expédié à Géncs. Tu n'as pas eu le temps de m'ecrire, je le sens facilement. Environnée de plaisirs et de jeux, tu aurais tort de me faire le moindre sacrifice. Berthier a bien voulu me montrer la lettre que tu lui as écrite. Mon intention n'est pas que tu déranges rien à tes calculs, ni aux parties de plaisir qui te sont offertes; je n'en vaux pas la peine, et le bonheur ou le