Collection Didot, t. I*', p
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malheur d'un homme que tu n'aimes pas n'a pas le droit d'intéresser. Pour moi, t*aimer seule , te rendre heureuse, ne rien faire qui puisse te contrarier, voilà le destin et le but de ma vie.
« Sois heureuse, ne me reproche rien, ne tUntéresse pas à la félicité d'un homme qui ne vit que delà vie, ne jouit que de tes plaisirs et de ton bonheur. Quand j'exige de toi un amour pareil au mien, j'ai tort : pourquoi vouloir que la dentelle pèse autant que l'or? Quand je te sacrifie tous mes désirs, toutes mes pensées, tous les instants de ma vie, j'obéis à Tascendant que tes charmes, ton caractère et toute ta personne ont su prendre sur mon malheureux cœur. J'ai tort, si la nature ne m'a pas donné les attraits pour te captiver; mais ce que je mérite de U part de Joséphine, ce sont des égards, de l'estime, car je l'aime à la fureur et uniquement. i. « Adieu, femme adorable. Adieu, ma Joséphine.
Puisse le sort concentrer dans mon cœur tous le» chagrins et toutes les peines; mais qu'il donne à ma Joséphine des jours prospères et heureux ! Qui le mérite plus qu'elle ?...
« Je rouvre ma lettre pour te donner un baiser... Ah! Joséphine!.... Joséphine !. ..
(f B0N.\PARTB. »
On comprend cette douleur éloquente, quoique due à des chimères. Mais Joséphine, quoiqu'elle eût. il est vrai, légèrement agi , n'avait point à se reprocher de manque d'égards et d'estime pour ce mari couronné de tant de gloire et paré de tant d'amour. Elle l'ai-
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mait sincèrement déjà^ quoique avec le temps, loin de s'affaiblir, sa tendresse dût grandir encore. N'aurait-elle été fondée que sur la vanité, son affection eût encore été réelle et vive, Joséphine n'avait écrit qu'à Berthier, ignorant que Bonaparte fût à Milan ; peut-être même, comme elle n'avait pas reçu des nouvelles de son mari depuis quelques jours , ne savait-elle où le prendre. Au reste, en voyant aussi souvent revenir ces reproches faits à Joséphine de ne point écrire, il faut penser que si cela indique de sa part un peu de négligence de caractère et de nonchalance créole, il n'y a néanmoins à cet égard aucune conclusion formelle à tirer du recueil formé par la reine Hortense, car il est loin d'être complet.. En effet, quoi qu'annonce son titre, il ne contient point les lettres de Joséphine à son mari. Celles-ci sont restées ou se sont perdues entre les mains de Napoléon qui, pendant cette première campagne, « comme dans toutes les époques de sa vie, en a reçu un très-grand nombre de sa femme. De cette date il a dû exister aussi beaucoup de lettres dans lesquelles Napoléon accusait réception de celles de sa femme, mais précisément la partie de la correspondance du général qui contenait ces vifs mais amoureux reproches, a été choisie par la fille de l'Impératrice pour bien faire connaître quelle avait été la passion de Napoléon pour sa femme.
Sans doute Joséphine s'empressa d'accourir à Milan, et fit succéder le honheur à ces réelles souffrances. I^ général en chef en repartit i)eu de temps après,
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comme il l'avait annoncé, feignant de marcher sur Rome, qui favorisait toujours les Autrichiens. Mais arrivé à Bologne à la tête d'une colonne, il se contente de menacer et d'intimider le gouvernement romain, n'ayant vraiment pas le temps de conduire une expédition de ce côté, car la monarchie autrichienne venait encore de faire un grand effort. Des secours de toute sorte en hommes, en chevaux, en matériel, avaient été envoyés à Alvinzi qui, à la fin de 1796, se retrouva à la tête de 80 000 hommes, pendant que Bonaparte n'avait reçu qu'une augmentation de forces de 6000 soldats. L'armée autrichienne se mit en marche en deux corps : l'un, sous les ordres d'Alvinzi, attaqua par Montebaldo, l'autre, commandé par le général Provera, prit par TAdige et les plaines du Padouan, l'un et l'autre ayant le même but, et, par une direction différente, marchant à la délivrance de Mantoue.
Alvinzi ne fut pas plus heureux que la première fois. Au commencement de janvier 1797, Bonaparte, ayant réuni son armée, se met en mouvement, et remporte sur son adversaire un succès considérable à Saint-Michel, couronné et complété le 13 de ce mois par cette belle et décisive victoire de Rivoli, qui détruisit une partie du nouveau corps d'Alvinzi, et par celle de la Favorite, où il anéantit presque entièrement la forte division de Provera. Il chasse ensuite l'ennemi jusque dans les montagnes du Tyrol, et de sa seconde armée le maréchal Alvinzi ne ramène que 25 000 soldats en Autriche. Wurmser,
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apprenant les suites désastreuses de la bataille de Rivoli et la retraite définitive de son collègue, rend la place de Mantoue au général Serrurier et non à Bonaparte lui-oième, qui, ayant accordé une capitulationthonorable au vieux maréchal, s'était refusé la satisfaction d'assister à son humiliation, et était immédiatement parti pour marcher enfin sur Rome et tirer satisfaction de la connivence du gouvernement papal avec l'Autriche.
Il avait fait venir Joséphine à Bologne, car il ne craint plus maintenant, l'Italie étant complètement déblayée, et il passa là quelques jours avec elle. En marche sur Rome, il lui mande de Forli , le 3 février : a Je pars cette nuit. Nos troupes sont à Rimini. I^ pays commence à se rassurer. Je t'adore et te donne mille baisers*. » Le 1 0 février, il lui annonce qu'il est à Ancône, dont il a pris la citadelle, après une petite fusillade, par un coup de main*.
Joséphine seule à Bologne ne pouvait s'y plaire. Elle insiste pour aller rejoindre le quartier général de l'armée, mais son mari le lui refuse et lui répond que tout n'est pas encore terminé, et que d'ailleurs le pays oii il se trouve est très-maussade, et que tout le monde y a peur. Mais il exige plus que jamais que sa femme lui donne de ses nouvelles tous les jours, et il termine ainsi : « Je te donne un million de baisers. Je ne me suis jamais tant ennuyé qu'à cette vilaine guerre-ci. Adieu, ma douce amie; pense à