Ibid., p
la paix avec le saint-père, moyennant la cession de Bologne, deFerrare et de la Romagne à la République, de 30 millions d'argent et des objets d'art, et il lui annonce son retour à Bologne*, « Ménage-toi, je t'en conjure, » lui répète-t-il. Cela veut dire toutefois : (c quoique malade, écris-moi sans cesse. » Il n'admet pas un seul jour passé sans lettres de Joséphine, et quelque légitime que soit la cause de son silence, ce silence lui cause toujours la même souffrance de cœur :• « Pas un mot de ta main, ajoute-tril; bon Dieu! qu'ai-je donc fait? Ne penser qu'à toi, n'aimer que Joséphine, ne vivre que pour ma femme, ne jouir que du bonheur de mon amie , cela doit-il me mériter de sa part un traitement si rigoureux? Mon amie, je t'en conjure, pense souvent à moi et écris-moi tous les jours. Tu es malade ou tu ne m'aimes pas ! Crois-tu donc que mon cœur soit de marbre, et mes peines t' intéressent-elles si peu? Tu me connaîtrais bien mal! Je ne puis le croire. Toi à qui la nature a donné Tesprit, la douceur et la beauté, toi qui seule pouvais régner dans mon cœur, toi qui sais trop, sans doute, Tempire absolu que tu as sur moi ! Ecrismoi, pense à moi et aime-moi. Pour la vie tout à toi. » C'est la dernière lettre de cette période , adressée par le général Bonaparte à sa femme. 11 vint bientôt la reprendre à Bologne et la reconduisit à Milan où il passa quelques jours entre les soins de sa conquête et les joies de son amour.
l. Collection Didot, t. I*', p. 95.
Maître de Mantoue y Bonaparte pouvait mainteDant donner cours à son plan proposé depuis longtemps déjà au Directoire, et à sa menace faite aux généraux autrichiens de marcher sur Vienne, et d'aller dicter la paix à l'empereur , dans sa capitale même, liais l'Autriche voulut tenter un dernier effort. Elle retira de ses provinces du Rhin Tarchiduc Charles qui venait d'obtenir des succès contre les Français, et lui donna le commandement d'une quatrième armée. Le prince Charles n'eut pas un meilleur sort que ses devanciers. La fortune , le génie de Bonaparte l'emportent encore dans cette suprême épreuve. A la bataille du Tagliamento, il renverse ce dernier espoir de l'Autriche, et se met à la poursuite de Tennemi sur la route de Vienne. Le 16 mars, il arrive à Grar disca; quelques jours après, il prend Laybach et Trieste; le 25, il entre en Allemagne, poussant toujours devant lui l'archiduc , et, le 29, il s'empare de Clagenfurt. L'armée française se trouve alors à quarante lieues de la capitale de l'Autriche : en quinie jours, Bonaparte peut réaliser sa menace et la promesse par lui faite au Directoire.... L'Autriche, entièrement démoralisée , s'avoue enfin vaincue , et, I« 18 avril, les préliminaires de la paix sont signés i Léoben .
On connaît cette universelle joie, cette admiratioo enthousiaste qui ravit la France , lorsque, au boot d'une série non interrompue de victoires, elle entendit prononcer ce mot de paix. Après cinq années de guerres, de lutte acharnée, l'un des ennemis les plus
considérables de la République s'humiliait enfin et reconnaissait la force et l'ascendant de la France; et cette merYcille était due à un jeune capitaine de vingt-sept ans, qui, du premier coup, dépassait tous les généraux de son temps I Aussi , quoique jaloux parce qu'il était impuissant et médiocre , le gouvernement d'alors vit ses sentiments secrets débordes par l'entraînement public, et, après avoir résisté quelque temps à la nécessité et à la convenance de donner à Bonaparte la conduite des négociations qu'allait entraîner l'acte de Léoben, il fut obligé par la voix impérieuse de l'opinion, de retirer ses pouvoirs au général Clarke qui lui avait été adjoint, et de donner au vainqueur de l'Italie carte blanche pour négocier à sa guise.
De Léoben même, le général Bonaparte avait prescrit le châtiment de Venise qui, pendant cette dernière campagne, avait multiplié les actes de mauvais vouloir et même d'hostilité contre la France. Après avoir donné une sévère leçon à ce gouvernement et l'avoir amené à composition, le général rentra à Milan où il retrouva sa femme toute à sa tendresse et à son orgueil, certes bien légitime, et aujourd'hui dégagé de toute appréhension sur l'existence d'un époux toujours plus illustre et plus chéri. Pendant quelque temps, comme le reste de la population, elle avait été tenue dans l'ignorance des détails et des résultats de sa marche hardie au sein de l'Allemagne. Le général fit son entrée triomphale au milieu d*une allégresse universelle. Les autorités de Milan s'empressèrent de
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lui apporter leurs félicitations. Toutes les Tilles affranchies de Tltalie envoyèrent leurs députations pour lui demander à faire partie de la grande république cisalpine dont il avaij; annoncé la formation prochaine. Bientôt ce fut une véritable ivresse. La reconnaissance italienne célébrait sur tous les tons le vainqueur de l'Autriche , le libérateur de V Italie^ le héros pacificateur. Ce fut aussi pour Joséphine un redoublement d'hommages. Sa joie de voir se termiuer si heureusement cette guerre d'Italie vint bientôt s'accroître de deux bonheurs qui lui arrivèrent en ménie temps : son retour à la santé et la visite de son fils Eugène qui, plus épris de la guerre que de Tétude, accourait en Italie avec Tardent désir d'embrasser sa mère bien-aimée et la ferme résolution de mériter l'estime de son glorieux beau-père.
Dès son arrivée, le général l'attacha à sa personne, sans doute à la place de son frère Louis qu'à cause de sa santé, il avait été obligé de renvoyer en France. Un certificat fourni par Eugène de Beauharnais trois ans après, au ministère de la Marine, à l'appui d'une demande en restitution des biens qui lui appartenaient à Saint-Dominjîue, nous apprend que c'est le même jour, c'est-à-dire le 30 juin 1797, qu'il fut nommé sous-lieutenant dans le premier régiment de hussards et aide de camp du général en chef de l'ar* mée d'Italie^ Dans ces derniers temps il a été beaii-
l. Archives du ministère de la marine. Dossier Beauharnais. On a dit souvent qu'avant cette époque Eugène de Beaubarnat» avait déjà fait ses débuts militaires sous les auspices et aux ci4es di
coup question du prince Eugène. Sa mémoire est sortie plus pure des débats imprévus dont elle a été 1 objet. Nous aurons souvent occasion de parler de lui dans la suite de cet ouvrage auquel il appartient. Un mot suffira aujourd'hui pour constater son apparition sur ce théâtre de Tltalie où il est destiné à jouer un rôle si considérable, sans dévier jamais, on peut le dire déjà , de la ligne de la droiture la plus exquise. C'est à ceux qui Tout alors connu, que nous voulons emprunter ces quelques traits de sa physionomie à son entrée dans la vie : « Eugène, ditBour^ rienne, arriva à Milan après Léoben.... Il était âgé de dix-sept ans \ Il fit immédiatement le service d'aide de camp du général en chef, qui avait pour lui une grande tendresse, justifiée par ses bonnes qualités. Eugène avait un cœur excellent , un beau courage, une morale pure, beaucoup de loyauté, de franchise, d'obligeance et d'amabilité. » M. Arnault, qui l'a vu aussi à son arrivée à Milan, nous le montre tel que devait être ce sous-lieutenant de seize ans : « Ce n'était plus un enfant, dit-il, mais ce n'était pas encore un homme. » Son instituteur l'avait déclaré nêtre bon à rien, a parce qu'il ne faisait ni un thème sans solécisme, ni une version sans contre-sens. » L'enfant reparaissait lorsque, dans la galerie du palais Serbelloni,
général Hoche, ami de sa mère. Nous n'avons trouvé nulle part la confirmation officielle de ce fait; et ce qui nous met en défiance contre sa réalité, c'est que la plus ancienne mention qu'on en trouve se lit dans cette œuvre de Mlle Lenormand, que le lecteur connaît. 1. Mémoires, t. H, p. 129. Eugène était né le 3 septembre 1781; il n'avait pas seize ans.
au milieu des dames qui visitaient sa mère, c il plaisantait et riait comme un page. » Mais déjà, ajoute le même j sa bravoure précoce et sa sérieuse loyauté attestaient Thomme en lui ^
Après quelques jours donnés à Milan, le général Bonaparte vint s'établir à Montebello , et là s'ouvrirent les négociations destinées à assurer la paix définitive avec l'Autriche. Ce fut une belle époque dans la vie de Napoléon comme dans celle de Joséphine que ces quelques mois passés ainsi, au milieu des honneurs et des respects, sur les rives embaumées du lac Majeur et du lac de Gôme. Jamais souverains ne furent plus fêtés que ces deux époux, dans cette cour si bien décrite par l'historien anglais de Napoléon : (( Cette campagne rendue célèbre par l'importante négociation dont elle fut le théâtre, est située, dit-il', à quelques lieues de Milan, sur la pente douce d'une colline qui commande une vaste perspective sur les plaines fertiles de la Lombardie. Les dames du plus haut rang et les plus distinguées par leur esprit , leur beauté et tout ce qui pouvait, en un mot, ajouter du charme à la société, rendaient chaque jour, hommage à Joséphine. Elle les recevait avec une grâce et un bonheur d'expressions qui semblaient annoncer qu'elle était née pour s'acquitter, mieux que personne, du rôle de noble courtoisie dévolu à la femme d'un homme aussi distingué que Napoléon. Les divers ministres et envoyés de TAutri-