CHAPITRE II
Commencements du Consulat. — Bonaparte va habiter les Taileriei. — U s'occupe de relever en France l'esprit de société. — Mme Èh naparte et le faubourg Saint-Germain. — Le parti royaliste dbth che à circonvenir le Premier Consul. — Joséphine favorable m Bourbons. — Marengo. — Exaspération des partis extrèmei. — Machine infernale.
Nous ne pouvons donner même un résomé de cette populaire période de Tépopée napoléonieDne, appelée le Consulat , ravivée et rajeunie de nos jours par un historien de premier ordre qui , après avoir eu Thonneur de gouverner son pays , le charme el rinstruit par la forte et magique peinture de son «glorieux passé. Mais nous relèverons avec soin dans V Histoire du Consulat et de V Empire ce qui a pa^ ticulièrement trait à notre sujet, pendant les années qui nous restent à parcourir, renvoyant le lecteur i ce livre, que chacun connaît, pour la revue eomplèta et rintelligence des événements qui forment le fond du tableau sur lequel se détache la biographie de io* séphino.
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C'est là qu'il faut voir cette série de transformations intérieures, de changements politiques, administratifs, judiciaires et religieux opérés dans le sein de la France par Thomme extraordinaire qu'elle venait de mettre à sa tète, et qui , déjà capitaine reconnu sans égal, se trouva avoir reçu aussi , en naissant, le don du gouvernement dans sa plus large expression : génies complets qui sortent tout formés des mains de la Providence , semblables à ces lingots d'or que la nature a fondus et purifiés au feu souterrain. Napoléon fut un de ces grands hommes réparateurs destinés à relever de ses ruines une patrie déchirée par ses propres enfants. L'immense majorité de la nation approuva les actes qui l'avaient porté au pouvoir, et l'aida dans l'accomplissement de sa patriotique mission.
Dès le 1 1 novembre 1 799, les consuls provisoires, Bonaparte , Sieyès et Roger-Ducos , vont prendre au Luxembourg la place du Directoire, afin d'y préparer la constitution qui devait dorénavant régir la France. Le général et sa femme s'établissent au petit Luxembourg, et là commencent pour Joséphine ces hommages publics qui ne la quitteront plus jusqu'à sa mort.
La nouvelle constitution, dite de l'an vni, ne tarda pas à être promulguée. En vertu de ses dispositions, le général Bonaparte était nommé Premier Consul, avec un traitement de 500 000 fr. ; Canibacérès, exministre de la justice, et Lebrun, ex-membre du G>Dseil des Anciens, deuxième et troisième Consuls,
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^vec 1 50 000 fr. Le Sénat oonservttenir s'établit au Luxembourg, le Corps législaiir an PalaÎB-Bonriion, le Tribunat au Palais- Royal, et les Tuileries SMit assignées pour résidence aux Consuls.
Le choix de ce lieu n'était pas indiffeFent. Ancienne demeure des rois, symbole de la puissaaee souTeraine, le palais des Toileries, i^estsUiéà sa destination primitive , indiquait à tous qu'en FnuMS Tautorité était véritablement reconstituée, il (allât d^abord rendre habitable ee vaste palak qu'avait traversé plusieurs fois , depuis dix ans, le torrent popalaire. Dès qu'il eut été convenablement appropnéi le Premier Consul se décida à y transporter sa réndence. Cette détermination n'était pas sans faardîesK et sans délicatesse. Il voulut rexéouter franchmeol, même avec apparat, comme un homme qni prend possession d'un rang qu'il sait et sent lui être dà.
Le 19 février 1800, il sortit du Luxembourg awar ses collègues , dans un carrosse attelé de six chevaux blancs, présent de l'empereur d'Autriche au né^ ciateur de Campo-Formio ; vingt-six autres voitures contenant les principaux personnages de l'État^ saivaient la sienne. Ce cortège était préoédé et eKorté par quatre mille hommes, pris dans les anciennes troupes d'Italie et d'Alleniagney et conuiuaidéB par Lannes, Murât et Bessières. La foule accueillit too |)assage par de vives acclamations* Anrivé daas h cour des Tuileries, le Premier Consul monta à deval pour passer la revue des Iroupea, pendant qot sonépmtae, qui l'avait préoédé avee ta famille Bms-
))arte, jouissait de ce spectacle des fenêtres du palais, «t Mme Bonaparte (c'est un témoin peu pré^ venu qui parle) était rayonnante de beauté le jour de cette revue, ainsi qu'Hortense. Elles étaient toutes deux aux fenêtres du troisième Consul , Lebrun , entourées d'une espèce de cour qu'il n'avait ptt fallu longtemps pour former*, m En passant devant leur général , les troupes le saluèrent avec les démonstrations les plus enthousiastes. Après le défilé le Premier Consul vint reprendre sa femme, pour la conduire dans son appartement ; il reçut ensuite les félicitations, nous allions dire l'hommage^ d^ toutes les autorités civiles et militaires : un ban*» quet splendide termina cette journée.
Bonaparte 8*établit au premier étage du palais AtH Tuileries, dans les appartements occupés autrefois |iar la famille royale. Joséphine et ses enfants prirent le logement sur le jardin, situé au-dessous. Le second Consul, Cambacérès, par modestie ou pour tout autre motif, refusa d'occuper une place dans œ séjour des rois, et alla se loger à l'hôtel d'Elbeuf, sur la place du Carrousel : quant au Consul Lebrun, il s'installa d'abord au pavillon de Flore, mais ce ne fut pas pour longtemps, et il ne tarda pas à transporter son domicile dans le fauboui^ SainUHo^ noré, laissant au général Bonaparte toutes les appa* renées comme la réalité du pouvoir.
La première année du Consulat vit l'apaisement
1. Histoire des salans de Paris, par Mme la duchesse d'Abrs^nlès, 1. V, p. 30.
des partis, ce que l'on peut appeler la conquête de la paix au dedans. Après avoir pris d'urgence et d'inspiration une foule de mesures excellentes et éminemment conciliatrices , le Premier Consul apporta tous ses soins à l'organisation civile et à la restauration sociale de la France.
Dans le dessein de relever cet esprit du monde mis en fuite par la Terreur, perverti par le Directoire, le Premier Consul et son épouse demandèrent aide et conseil à une personne jadis célèbre, d'un grand ton et d'un tact parfait, Mme la comtesse de Montesson, femme morganatique du duc d'Orléans, aïeul do roi Louis-Philippe. Joséphine, à son arrivée en France, avait eu occasion de fréquenter son salon , l'un des premiers du temps, et Bonaparte, de son côté, se souvenait avec reconnaissance et plaisir, d'avoir, presque enfant, à Técole de Brienne, été couronnr par elle. Une fois installé aux Tuileries, le général la pria de venir le voir, et à peine Teut-il aperçue, qu'il alla au-devant d'elle, Taccueillit avec la plus grande distinction, et Tinvita, lui-même, à lui demander tout ce qui pourrait lui plaire : « Mais, général, lui répondit son interlocutrice, je n'ai aucun droit à ce que vous voulez bien m'oflrir. — Vous ne savez donc pas, madame, répliqua le Premier Consul , que j ai reçu de vous ma première couronne ? Vous vintes à Brienne avec M. le duc d'Orléans, distribuer les prix» et en posant sur ma tête le laurier précurseur de quelques autres : Puisse-t-il vous porter bonheur! me dites-vous. Je suis, assure-t-on, fataliste, madame;
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il est donc tout simple que je n'aie pas oublié ce dont vous ne vous souvenez plus. Je serai charmé de vous être utile; d'ailleurs, le ton de la bonne compagnie est à peu près perdu en France, il faut qu'il se retrouve chez vous. J'aurai besoin de quel- ([ues traditions, vous voudrez bien les donner à ma femme; et lorsque quelque étranger marquant viendra à Paris, vous lui offrirez des fêtes, pour qu'il soit convaincu que nulle part on ne peut avoir plus de grâce et d amabilité ^ » A cet effet, le Premier Consul lui rendit la pension de 1 60 000 francs qui lui avait été accordée par le duc d'Orléans, et qui était assise sur des biens que la révolution avait confisqués au profit de la nation. A partir de ce mo* ment, Mme de Montesson visita souvent la femme du Premier Consul, et lui fut d'un grand secours pour la formation de cette cour qui tâchait de s'organiser aux Tuileries.
Bonaparte marchait avec l'opinion publique; sa popularité comme son pouvoir étaient sans bornes. La politique violente avait fini avec la Terreur; la politique cauteleuse avec le Directoire : le régime nouveau intronisait Tère de la tolérance au dedans et de la grandeur au dehors. Le Premier Consul voulait avoir les divers partis avec lui; comme ils étaient