‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 152 sur 317 · Mémoires du prince Eugène, t. I", p · texte numérisé non relu

Mémoires du prince Eugène, t. I", p

DE L'IMPËRATRICE JOSÉPHINE. 93

Tétude de sa profession, « travaillant , dit-il, à se perfectionner dans la science militaire , soit par des lectures, soit par des conversations avec des officiers consommés, soit en6n en se livrant à tous les détails du métier' ; » mais surtout en mettant à profit, avec une reconnaissante docilité et une véritable affection filiale, les leçons et les conseils que Bonaparte se plaisait à lui prodiguer, pour le rendre digne de ce grade hâtif de colonel des chasseurs de la garde, qui lui fut donné en 1802, lorsqu'il accomplissait sa vingt et unième année.

Depuis Tavénement du Consulat, Mme Gampan ne perdait point de vue son élève privilégiée. Sa tendresse attentive la suivait dans ce monde si nouveau, sur ce théâtre si élevé où, en sortant de ses mains, Mllede Beauharnais s'était trouvée lancée, et elle ne lui ménageait pas les conseils et les directions. Dans ses lettres , Joséphine trouvait des indications précises , de sages réflexions sur la vie et les usages anciens d'un palais bien connu de la fidèle femme de chambre de Marie-Antoinette. Elle en faisait son profit plutôt pour réaliser les intentions du Premier Consul livré aux pressentiments de l'avenir, que pour suivre ses propres goûts; car cet avenir alarmait sa modération, et elle n'avait nul désir de hâter le pas déjà si rapide de la fortune.

Mais les choses avaient leur logique qu'il fallait subir. Si Mme Bonaparte ne portait point le titre de

souveraine , elle ni sa fille n'étaient plus de simples particulières. Aussi, par le fonds non par le tm è sa correspondance y pure de toute fadeur, Mme Cnpan les traitait en princesses , recherchant ame éim les obligations de cette royauté de fait à qui inco» baient déjà tous les devoirs, si jee n'est les piînléges, d'une royauté déclarée. Qu'on nous permettii ce n'est point ici un hors-d'œuvre , de reprodaiD quelques parties de cette conversation la plume i k main, au moyen de laquelle arrivaient chaque ym aux Tuileries les souvenirs, les conseils et lesTCBHi d'une femme autorisée à parler par une expérienee toute spéciale, et aussi par l'afifectueuse reconnâisance de l'élève et le gracieux assentiment de h mère.

A la veille du jour où JSonaparte prit possBBsion des Tuileries , Mme Campan écrWait déjà à m jeune amie ces lignes justes et fortes , qu'elle éliît capable de comprendre et qui répondaient au esnetère et aux préoccupations de Joséphine : ce Vous yéà bientôt , ma chère Hortense , transportée d'ime Mdeste et agréable habitation dans le palais le ]iki célèbre de l'univers. Les grâces et la vertu l»en pitnoncées sont bien placées partout, et la mémoiieet la raison suffisent , en nous retraçant les fisito hiiloriques et en sachant en profiter, pour empâcherTivgueil de venir troubler notre bonheur , quand le hasard nous porte à habiter ces superbes demeuitt- Leurs murailles parlent à nos yeux et doivent instruire nos cœurs. II faut suivre sa destinée avec simplicité

et en même temps avec une juste élération; mais ees moDDmeots retracent seulement des grandeurs évanouies et des malheurs éclatants. Que de soupirs ont été poussés du fond du cœur , que de larmes ont été Torsées sous ces toits dorés ! Catherine de Médiois, airec sa politique astucieuse et ses fêtes calculées, ne poQvait y être heureuse. Anne d'Autriche se sauva de ces murs pour fuir les fureurs ou plutôt les égarements de la Fronde. Louis XVI y vit la faiblesse de son caractère, servant la volonté populaire, entraîner les restes de sa grandeur. Voilà ce que doivent rappeler ces enceinteB , pour les contempler d'un ceil Jum

Mais Mlle de Beauhamais fut bientôt emportée par ce premier vent de liberté mondaine. Des invi- •tations, des fêtes données à leur intention, attiraient •ouvent Mme Bonaparte et sa fille chez les membres "àe la ûrmille du Premier Consul, chez les ministres , .eliez Mme de Montesson , et au faubourg Saint-Germain, bientôt reformé, et dont les hommages étaient à la fois mêlés de gratitude et de calcul. Mme Campan sMoquiète pour son élève, de cette existence tout en dehors, cr Vous voilà donc , ma chère Hortense , dans nn tourbillon qui vous entraîne à l'habitude de déjeuner sept jours de la décade en ville, plus le décadi et le primidi à la Malmaison I II ne faut plus penser à vos midtres; il faut dire adieu à toute occupation ; il faut consentir à ce que Paris entier dise que vous êtes

1. Correspondance de Mme Campan, 1. 1", p. <2S (lettre do 29 janvier 1800).

livrée au tourbillon du monde, si cela continue , à moins que vous n'ayez le courage et la tenue de résister à ce tourbillon dangereux , où vous entraîne même votre maman , par le plaisir bien naturel de vous avoir avec elle. Mais prenez-y garde, mon Hortense, ces gens qui vous invitent, ne le font pas pour vous, mais bien pour eux, parce que vous êtes h personne du jour, titre effrayant pour quiconque ré* fléchit, car il indique, par son sens, que cette iaveur est passagère. * »

Cette vie agitée de la mère et de la fille , proroquée par la nécessité et les premiers entraînements de la faveur publique, empêchait non-seulement Mlle de Beauharnais de perfectionner ses talents parveoos alors à la limite qui sépare Télève de Tartiste, mai^ favorisait une répugnance, naturelle chez elle, i écrire, à répondre aux lettres nombreuses qu'elle r^ cevait. C'est ce dont la blâme à plusieurs reprises son institutrice et son amie : « Je ne me rebuterai pas* lui dit-elle, j'écrirai, je gronderai, j'instruirai, et enfin j'obtiendrai qu'on écrive à son tour , et qu'on ne se laisse pas tranquillement adorer et gâter.'' Mais cette négligence de l'étude et des devoirs épi^ tolaires n'eut qu'un temps, et, après peu de mois. Hortense retrouva pour ses occupations toute son a^ deur et son exactitude de pension.

A mesure que le^Consulat grandit et que les Tuil^ ries prennent la physionomie d'une cour, les conseik

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