‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 158 sur 317 · Mme la dochesse d'Âbrantès, t. IV, p. U · texte numérisé non relu

Mme la dochesse d'Âbrantès, t. IV, p. U

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reçus encore fort lard, car Joséphine aTail rhahitode de 8e coucher à une heure a^aiioée, et ta allait souvent chez elle après le spectacle. On l'y trouTâil causant, brodant, faisant de la t^iaserie , jouant so trie- trac, au rsTersi et au wist» jeux où elle étài d'une certaine force, et, quand le ceccle a'étâtu peu éclairci, faisant une partie de billard avec quelques préférés , et parfois avec le Premier Consiil luimême , qui cherchait dans ce jeu un eiiercice utile i sa santé.

Il n'y a qu'une voix sur la par&ite boane grfttti sur lart à la fois naturel et savant déployé par Joséphine dans ce salon consulaire où^ avant d'être seoveraine , elle régnait déjà par le charme et la sédootion qui étaient en elle. Le moment est vena de reproduire quelques-uns des principaux traits de ea physionomie. Conune pour sa fille et pour son file, nous aimons mieux les demander aux contemparaiiu^ que d'essayer de nous-méme un portrait de seconda main, où Ion voudrait peut-être voir de la fantaiiiet malgré notre soin pour rester dans les limites de la sincérité.

« L'Impératrice Joséphine, dit un honuae de la plus particulière intimité^ était d'une taille moyeoae, modelée avec une rare perfection : elle avait daas les mouvements une souplesse, une légièreté, qui donnaient à sa démarche quelque chose d'aérieni sans excliure néanmoins la majesté d'une souveraine.

1. Constant, premier valet de chambre de l'Empereur, t. 0, p. 153.

Sa phyaionomie expressiye suivait toutes les impressioDS de son àme^ sans jamais perdre de la douceur ebarmante qui en faisait le Coud. Dans le plaisir comme dans la douleur, elle était belle à regarder. Jamais femme ne justifia mieux qu'elle cette expression que les yeux sont le miroir de Tàme. Les siens, d'un bleu foncé, étaient presque toujours à demi fermés par ses longues paupières , légèrement arquées , et bordées des plus beaux cils du monde; et quand ^e regardait ainsi, on se sentait entraîné vers elle par une puissance irrésistible. U eût été difficile à l'Impératrice de donner de la sévérité à ce séduisant regard ; mais elle pouvait et savait au' besoin le rendre imposant. Ses cheveux étaient fort beaux , longs et soyeux; leur teint châtain clair se mariait admirabkment à celui de sa peau, éblouissante de finesse et de fraîcheur. Au commencement de sa suprême puissance, l'Impératrice aimait encore à se coiffer, le matin, avec un madras rouge, qui lui donnait Tair de créole le plus piquant à voir. Mais ce qui , plus que tout le reste , contribuait au charme dont elle était entourée, c'était le son ravissant de sa voix. Que de fois il est arrivé à moi , comme à bien d'autres , de nous arrêter tout d'un coup en entendant cette voix, uniquement pour jouir du plaisir de l'entendre ! On ne pouvait peut-être pas dire que Tlmpératrice était une belle femme; mais sa figure toute pleine de sentiment et de bonté, mais la grâce angélique répandue sur toute sa personne, en faisaient la femme la plus attrayante. » Tel est le portrait complet et non

sans charme, tracé avec enthousiasme, et malgré ceb ressemblant, par un homme d'une situation mo* deste, subalterne même, mais par son service inlê> rieur, placé pour en bien parler*.

Le même serviteur a disséminé, dans le cours de son récit, quelques-uns des traits de la physionomie morale de Joséphine, que nous allons grouper ici : ce La bonté, dit-il, était aussi inséparable de son caractère, que la grâce Tétait de sa personne. — Bonne à Texcès, sensible au delà de toute expression, généreuse jusqu'à la prodigalité, elle faisait le bonheur de tout ce qui l'entourait; aussi jamais femme n^ été plus aimée de tous ceux qui l'approchaient, et n a mieux mérité de Tètre. — Gomme elle avait connu le malheur, elle savait compatir aux peines des autres; d'une humeur toujours douce y toujours égale, ansv obligeante pour ses ennemis que pour ses amis, elle ramenait la paix partout où il y avait querelle ou discorde; lorsque TEmpereur se fâchait avec ses frères et avec d'autres personnes , elle disait quelqut^ mots et tout s'arrangeait. — Elle avait un tact parfait, un sentiment exquis des convenances, le jugement le plus sain , le plus infaillible qu'il fût possible d'imaginer.— Joséphine avait une mémoire prodigieux que l'Empereur savait mettre à contributiou fort

1. On a contesté au valet de chambre de Napoléon larédacliood' ses Mémoires. Sans doute il a été aidé, et sa rédaction a été reioi»chée; mais le fond doit être accepté, surtout en ce qui conccrni? li personne, le caractère et les habitudes des mattres que Constani j servis.

souvent. — Elle lisait avec ce channe particulier qui se mêlait à toutes ses actions ; Napoléon la préférait à tous ses lecteurs ^ » Certes , c'est encore là une peinture en beau, mais quelque passion flatteuse que Ton puisse supposer chez celui qui Ta tracée , il n'a inventé aucun de ces traits que Ton retrouve chez un autre témoin domestique , contesté aussi , il est vrai j pour certains faits, mais dont on ne peut également rejeter, sans motifs précis, les attestations concernant une personne bien connue.

Voici comment s'exprime Mlle Avrillon, qui remplissait auprès de Joséphine le même office que Constant auprès de Napoléon : « Il n'y avait qu'une voix sur l'exquise bonté de Mme Bonaparte; on en citait une foule de traits, et Ton ne tarissait point en éloges sur les excellentes qualités dont elle était douée. Elle était d'une affabilité extrême avec toutes les personnes qui l'entouraient ; je ne crois pas que jamais femme ait moins fait sentir la dépendance où Ton était d'elle. Elle était très -instruite; en outre , elle était douée de la mémoire la plus heureuse que l'on puisse imaginer , et surtout pour le rang qu'elle occupait, car elle avait par-dessus tout la mémoire des personnes , ce qui ne contribua pas peu à lui faire beaucoup d'amis. Quand elle revoyait quelqu'un qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps, on était flatté de la voir se souvenir de tout, et entrer dans les moindres détails sur des choses

1. Mémoires de Constant, t. I*', p. 21 et 39, et t. II, p. 70, 158 et 159.

qae les personnes même que cela concernait, a^iMl quelquefois oubliées ; elle connaissait jusqu'am nwiBdres particularités sur leurs familles, sur leur TÎe intérieure , et les rappelait toujours ayec sa biennît lance accoutumée. » Après avoir parié ausM de « ssb organe enchanteur, » de « son ton doux et i iiHMSiitj» de a son tact parfait, » Mlle Avrillon constate, i soi tour, le talent tout particulier de JoBéphine posr la lecture : u Napoléon , ajoute-t-elle en terminaat, aimait à l'entendre lire, car elle lisait à merveille, 01 elle-même aimait beaucoup à lire tout haut. ^ n

Le charme de la voix de Joséphine est attesté pir l'anecdote suivante que rapporte M. de Boarrienae. C'était lors du retour de Marengo : ce La joie , ditril, fut générale , vive , profondément sentie, non-ioslement dans les premiers et les seconds rangs de II société, mais par tout le monde, et l'amoar qae de toute part on témoigna au Premier Consul , était sincère. Qu'il était heureux! et avec quelle effusion il me dit un jour, en remontant de la parade : frBou^ (( rienne, entendez- vous le bruit de ces acclama- « tions qui continuent encore? Il est aussi doni « pour moi que le son de la voix de Joséphine : qn^ a je suis heureux et fier d'être aimé d'un tel peuple!» — «Je n'ai jamais vu, ajoute le même en parlant de Mme Bonaparte , aucune femme apporter dani U société de tous les jours , autant d'égalité de caW-

1. Mémoires de Mlle Avrillon, première femme de chambre j^ rimpéralrice, sur la vie privée de Joséphine, sa famille et sa coor t. I", p. 38 et 12<i; l. II, p. 329 et 358.

DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. fil

tère, autant de cet esprit de bienTeillanGe qui est }a première condition de Tamabilité. * »

Mme Ducrest a pareillement fourni son portrait de Joséphine; il se rapporte plutôt aux dernières années de T Empire , à Tépoque où Tauteur eut occasion de connaître Tlmpératrice de plus près, et c'est après le Divorce que nous aurons surtout à faire usage de ses Mémoires , qui ne peuvent offrir de renseignements personnels qu'à partir de cette date. Mais on trouve chez elle une observation qui s^applique à toutes les phases de la physionomie de Joséphine, a On a tenté inutilement jusqu'ici , ditelle y de peindre l'effet que produisait Tensemble de rimpératrice. Tous ses portraits sont loin du modèle: la grftceest si fugitive qu'il est impossible de la saisir, et c'était surtout ce qui distinguait cette personne si bonne quand elle n'était qu'une simple particulière , «î adorable quand elle fut sur le trône. ' » Ses portraits peints, modelés ou gravés^ et celui notamment que nous avons reproduit en tête de ce livre , attestent en effet chez elle la finesse y la distinction des traits et de la tournure, la beauté des bras, de la poitrine et des épaules, l'élégance des extrémités, l'aisance du port de tète; mais ils sont impuissants à rendre l'éclat du -teint et la transparence soyeuse de la peau , cette animation des yeux à la fois vifs et doux , cette éloquence du sourire et sur-

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