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Histoire de ht Martinique, par M. Daney, l. IV, p

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jeune Joséphine autorisaient cette adoration des siens.

On sera peut-être curieux de connaître les lieux illustrés par la naissance et la jeunesse de Tlmpératrice. Nous avons visité avec soin cette habitation de La Pagerie, jadis prospère, aujourd'hui presque sans culture. Nous en avons parcouru tous les sites, à la fois pleins des souvenirs de Joséphine et du nom de sa fille, et noua pouvons conduire le lecteur dans ces chemins pittoresques, bordés de vertes savanes, et foulés par Tepouse de Napoléon V et la mère de Napoléon III .

En partant de Forfrde-France dans une de ces légères pirogues que trois robustes nages manœuvrent avec une incroyable adresse, en une heure et demie on a traversé la magnifique baie qui semble plutôt un vaste lac oii les bâtiments de guerre les plus grands sont, en toute saison, à Tabri de la mer et des ouragans. Après qu'on a, d'un coup d'aviron, doublé la pointe extrême de l'anse Morin, à Tinstant apparaît,

étalé le long du rivage, le petit bourg des Trois-Hels, composé d'une cinquantaine de maisons en bois, dominées par une modeste église réparée depuis peu, et dans laquelle se trouve le tombeau de la famille de Tascher. En avant du bourg, et semblables à des plongeurs qui reviennent sur Teau, surgissent trois petits îlots qui lui ont donné son nom, et où l'on voit quelques chétives cases de pêcheurs entourées de filets qui sèchent étendus au soleil; dans l'un brûle un four à chaux dont la fumée donne de loin à Tîlet

qu'elle couronne TappareDce d*un bateau à vapeur au repos.

Pour aller directement sur l'habitation deLaPagerie, il faut laisser le bourg à gauche, et débarquer au fond de Tanse Morin, sur les terres appartenant autrefois à M. Marlet, voisin et ami particulier des auteurs de Joséphine. Quand on arrive ainsi du côté de la mer^ ayant devant soi les hautes et vertes montagnes des Anses-d'Arlet, de Sainte-Luce et du Diamant, on parvient, au bout d'un quart d'heure de marche, à un point culminant de la route d'où l'on découvre les bâtiments de l'ancienne habitation de Sannois, dont la propriété, ainsi que nous l'avons vu, passa en 1761, par la mère de Joséphine, dans la maison de Tascher. Située sur une petite éminence, entourée de mornes plus élevés, autrefois couverts de riches plantations et aujourd'hui livrés en grande partie aux herbes parasites, l'habitation de Sannois-La Pagerie semble le véritable séjour de la paix et de l'oubli. A deux pas de la mer, qu'on ne voit plus et dont le bruit même ne vient pas jusqu'à vous, séparé du bourg des Trois-Ilets par le morne Gantheaume qui vous en dérobe la vue, on n'aperçoit autour de soi qu'un amphithéâtre de verdure couronné par ce ciel dont l'exquise transparence fait l'admiration et le désespoir du peintre.

Par le développement de ses bâtiments, par les constructions qui subsistent encore et les ruines que Tœil découvre sous l'herbe, il est permis de juger de l'ancienne importance de cette propriété, l'une des

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plus considérables de ce quartier de l'île, jadis florissant. En arrivant, on trouve d*abord la maison d'babitation, primitivement bâtie sur de grandes proportions, à en juger par ce qui reste de ses dépendances, et devenue, depuis Touragan de 1 766 et en prévision d'autres sinistres,une simple maison en bois, recon* struite sans doute encore depuis avec les dimensions exiguës qu'elle présente aujourd'hui. Devant la maison d'babitation était une grande place ou cour plantée de tamarins et de sabliers, dont quelques-uns ont survécu; puis un jardin dont une partie existe aussi; vient ensuite le moulin à sucre avec ses lourds piliers disposés en rond et surmontés d'une immense toiture en tuiles rouges du pays. Tout autour se groupaient les hangars contenant le résidu de la canne destiné à chaufler les fourneaux de la sucrerie; la case à farine, où les nègres venaient préparer leur manioc; ïkâpital^ où le maître soignait ses esclaves; et le cachot y rarement habité sur l'habitation de La Pagerie.

En descendant du moulin par quelques marches, on entre dans la sucrerie, vaste bâtiment de quarante mètres de long sur vingt de large, construit en murs de deux pieds d'épaisseur, et divisé en plusieurs compartiments pour les besoins de Texploitation de la canne à sucre : le long de la sucrerie règne un second jardin en forme de terrasse. A voir la solidité monumentale de ce bâtiment, on comprend qu'il ait résisté au terrible coup de vent dont nous avons décrit les redoutables efTets. Pendant les années qui

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suivirent, la sucrerie fut appropriée pour servir de logement à la famiHe de La Pagerie. On y ajouta une galerie basse du côté du sud, et Ton disposa des chambres dans la partie supérieure, jusqu'à ce qu'on eût réédifié une autre maison d'habitation. Une petite rivière, un ruisseau sans nom, mais qui ne tarit jamais, coule au bas de la sucrerie, après avoir traversé un bassin creusé dans le roc, où les filles de M. de Tascher allaient, selon l'usage créole, prendre leur bain de chaque jour, à l'ombre des immenses manguiers destinés à les protéger contre l'ardeur du soleil et les regards indiscrets. Entre ce bassin et la sucrerie se trouvent les cases à fiègreSj étagées sur le versant du morne, et entourées de bananiers, d'orangers et d'arbres à pain qui distribuent aux cultivateurs leur maigre ombrage et leurs fruits savoureux.

Si Ton veut avoir de l'habitation un coup d'œil d ensemble, il faut franchir le ruisseau et aller se placer en face, sur le morne Ganlheaume. Souvenirs historiques à part, cette vue mérite d'attirer l'attention du touriste. En effet, si Ton supplée par la pensée cette longue allée qui, au temps de la splendeur de l'habitation, longeait le chemin d'arrivée du côté des Trois-Ilets; les arbres séculaires qui ombrageaient la maison principale; ce parterre des Antilles qui en embellissait les abords; ces colonnades de palmistes et de cocotiers qui balançaient, à une hauteur de cent pieds, leur gracieux panache de palmes vertes; ces touffes gigantesques de bambous s'élançant de terre comme un bouquet de fusées, et dont la feuille légère

frissonne en scintillant au vent tiède de la mer; ces fertiles cultures , ces rangées de cannes à sucre , ces haies de caféiers répandues jadis à profusion sur les mornes environnants, aujourd'hui envahis par les campèches et les goyaviers sauvages; si Ton encadre le tout dans cette riche bordure que font au tableau les bois éternellement verts des Anses-d'Arlets, dont la silhouette se découpe vigoureusement sur le fond toujours pur d'un ciel de cobalt, — on comprendra qu'un pareil séjour offrît un grand attrait à ses pîiisibles habitants, et que Joséphine y ait puisé ce goût si vif de la nature, qu'elle conserva toute sa vie^

1. Celle propriété appartient aujourd'hui à M. Dorry, chez lequel on trouve un véritable culte pour l'impéralrice Joséphine, et qui fait les honneurs de ces lieux historiques avec une bonne grâce et une obligeance que nous sommes heureux de reconnaître ici. Le propriétaire actuel s'occupe de réunir les traditions de l'habitation de Joêéphine, ainsi qu'on rappelle dans le pays, et, par ses soins, nous avons pu obtenir de la bouche d^anciens cultivateurs d'intéressants détails, notamment sur la mère de Tlmpératrice, qui trouveront leur place dans la suite de ce récit.

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