‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 160 sur 317 · Mme la duchesse d'Abranlès · texte numérisé non relu

Mme la duchesse d'Abranlès

que Joséphine a partagée avec quelques femmes privilégiées *.

Telle à coup sûr, pendant le Consulat, apparaissait Mme Bonaparte aux Tuileries. Elle y plaisait souverainement , parce qu'on sentait qu'elle aimait à plaire, et elle le désirait non par calcul, mais par nature. Dans ses relations, elle mettait plus de bienveillance qu'elle n'en exigeait. L'ingratitude ne la décourageait point. Les sourdes jalousies, les petites noirceurs que lui valut sa grandeur croissante, ne la troublèrent ni ne l'aigrirent. Toute sa vie, elle ne lutta que par un redoublement d'affabilité et de douceur : en un mot, elle fut imperturbablement bonne. Ce fut son arme contre ses ennemis, son channe pour ses axnis, son pouvoir sur son époux. Nulle femme ne possédait, en outre, au même degré le talent de recevoir et de dire à chacun, sans fadeur, ce qui pouvait lui agréer le mieux. Habile à marquer les degrés de sa position , on voit son ton se relever avec elle; mais ce ne sont que des nuances 4ans le même fond de gracieuse bienveillance , car si elle ne fut jamais au-dessous de son rang, elle 88 montra constamment au-dessus de sa fortune qu'elle portait avec aisance et simplicité.

Il est difficile d'attribuer à Joséphine une influence politique proprement dite (qui peut se vanter d'avoir dirigé la volonté de Napoléon !) mais , grâce aux charmes de la douceur féminine, à l'autorité du bon sens,

1. Histoire des salons de Paris^ l. IV, p. 42 et 45, et t. V, p. 30, 65 et 67.

116 IllSTOlAfi

à la sincérité d'un dévouement aussi profond que dé^ sintéresséf liens invisibles et puissants, elle sat longtemps captiver le plus ferme caractère des temps modernes. Fière de son époux , heureuse de son iofériorité, elle n'en disait pas moins, surtout pendant le Consulat y son mot sur ce qui pouvait intéresser une gloire bien chère ; mais , à la fois pleine de mesure et de franchise , elle faisait plutôt écouter sa voix comme un vœu exprimé que comme un consâl donné.

Aussi , jusqu'au divorce, Tunion de Napoléon et de Joséphine fut un modèle d'entente, de soins et d'attentions réciproques ; et si l'époux donna qudque passagère atteinte à la foi conjugale, c'était avec tant de précautions, nous dirons de pudeur, tant de crainte d'alarmer une femme estimée et, malgré cela, toujours aimée, qu'il ressortait des circonstances de ces écarts des marques d'une affection que rien ne pouvait rompre.

Sur le ménage consulaire , nous ne voulons point d'autre témoignage que celui de Napoléon lui-même. (( L'Empereur, écrit M. le comte de Las Cases, sous la date du 19 avril 1819% s'est mis à causer familièrement, parcourant mille objets de sa famille et de son plus petit intérieur, au temps de sa puissance. Il s'est arrêté surtout sur l'Impératrice Joséphine. Ils avaient fait ensemble, disait-il, un ménage tout à fait bourgeois, c'est-à-dire fort tendre et très-uni,

Page 1