‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 204 sur 317 · Mémoire» de Bourrienne, t. V, p. 253. — Momiieur · texte numérisé non relu

Mémoire» de Bourrienne, t. V, p. 253. — Momiieur

DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. 22i

L'Angleterre avait d'abord accueilli par un sourire d'incrédulité ce projet d'une descente sur ses côtes. Mais à mesure que les préparatifs s'avançaient^ l'inquiétude lui était venue; et lorsqu'elle avait vu la flottille de Boulogne bientôt mise en état de recevoir cent cinquante mille hommes, tous ardents à franchir le détroit et pouvant j à la faveur de la nuit ou d*une brume épaisse j fort bien passer entre ses croisières sans être aperçus , T Angleterre alors avait cru à la possibilité de l'invasion de son territoire; impression transmise jusqu'à nos jours, et qui la trouble parfois.

C'est alors que le gouvernement britannique , dans son anxiété , « eut recours (dit M. Thiers en commençant son exposé de la conspiration de Georges) à tous les moyens, même à ceux que la morale avouait le moins j pour conjurer le coup dont elle était menacée. » L'historien de l'Empire a fait, avec son habituelle sagacité, la part de chacun dans ce vaste et redoutable complot , et il a frappé de ce blâme de l'histoire , qui est une peine , les desseins de tous les complices et les actes criminels de quelques-uns : triste conjuration , où l'on trouve mêlés dans une coupable solidarité j des ministres anglais , des princes français , des grands seigneurs oublieux de leurs noms , des émigrés et des partisans implacables, des généraux traîtres à leur patrie, et de présomptueux rivaux du Premier Consul.

Nous ne voulons point raconter ces faits connus et maintenant bien ûxés ; nous n'en dirons que ce

qui à rapport à la bic^prapbie de JoB6phtii6.Xhi pane BA douleuTy de sentir renaître pour acm époux dv périls que la paix . européenne semUait avoir fait disparaître ^ et son amère déwllqaîon . en fogiil rentrer dans cette détestable arène une portion di parti À qui elle avait prodigué tant de bienveiOnsi et de protection. « Il s*est passé bien dos depuis ton départ , mande-t-dle i aa fille. qu'on devait fusiller, et qui a demandé aa giieif a révélé des choses importantes : il y avait i Un quatre-vingts chouans déterminés à aaaaarinorl^ naparte. Savary est parti avant-hier ayec cipqosili gendarmes pour aller prendre Georges et da«fl autres individus qui ne sont paa bien donnés éi Paris^ Imagine-toi que Geoi^es eat à Paria ot as environs depuis le mois d'août; irraimeiit eeb fak frémir I Lorsque tu arriveras, je te donnerai fois \m détails de cet horrible complot. On a déji airtt bien du monde. Ne dis rien de cela à personne; j'is excepte ton mari'. »

Un mois après , tous les conjurés étaient arrêléi» et parmi eux se trouvait un homme qui avait été tt partie entraîné là par des influences féminines initées de la situation exceptionnelle de Mme Bonapirt et de sa fille.

Joséphine , on le sait , avait fort contriboé » mariage de Moreau. Dans les commencements Itf

1. Lettre du 7 février 1804, adressée à Mme Louis Eooi^alors à Gompiègne avec son mari qui y commandûl ona (Collection Didot, t. U, p. SdO.)

choses se passèrent bien : Mme Moreau entretenait avec Hortense des relations d'amie de pension, et sa mère , Mme Hulot ^ était reçue aux Tuileries et à la Malmaison comme devait Tètre la belle-mère du général le plus célèbre de la République après Bonaparte. Mais y malgré tout le désir de bien vivre, des occasions de froissement ne tardèrent pas à se présenter. Les relations sociales j et surtout la position de Mme Bonaparte^ avaient des nécessités , des exigences qui se conçoivent, et qu'acceptaient ceux qui étaient bien disposés. Il put arriver parfois que Mme Moreau et sa mère, se présentant chez la femme du Premier Consul , furent obligées d'attendre quelques instants avant d'être reçues. Avec Tenvie secrète, bientôt apparente, qui était au fond du cœur de Mme Hulot, femme susceptible et altière, et, ce qui ne contribuait pas peu à activer une jalousie naturelle, créole comme Mme Bonaparte ^ ces petits incidents de la vie ordinaire furent d'abord relevés, puis mal interprétés , et enfin qualifiés avec passion, a Mme Hulot, dit l'impartial Thibaudeau', ne pouvait supporter qu'on la fît attendre un moment, ainsi que sa fille, dans les salons de Mme Bonaparte, lorsqu'elle y allait faire visite. Elle disait que la femme du général Moreau ne devait pas faire antichambre chez la femme du général Bonaparte, qu'elle était son égale , etc. »

Avec son savoir-vivre et sa crainte d'offenser,

1. Mme Hulot était née et avait ses biens à nie de France. 3. Mémoire$ sur le Consulat, p. 323.

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nous ne pensons pas que Joséphine ait eo , Tis-i-Tii de Mme Moreau ou de sa mère , les torfs qoe çeUeHÎ lui supposaient. Nous n'en dirions pat aotant dt I^remier Consul , qui , parlTsan décidé de la soboi^ dination des femmes , et d'ailleurs habitué à h dosceur de son intérieur, affichait pour lea fiiçoiis dooinatrices de Mme Hulot une véritable répogoanee. Un jour j entre autres , il avait poussé évideouMit trop loin ce sentiment de répulsion qu'elle M inspirait , et l'ayant trouvée à sa table i la Hahwson , venue trop familièrement sans être invitée, i lui fit , pendant le dîner, la plus froide mine, rt ne lui adressa même pas la parole ; ce qui était n tort, lors même qu'il eût eu à lui reprocher qudqssiuns de ces propos malveillants dont Mme Adll commençait à se montrer prodigue. Joséphine , dtti cette circonstance j fut pour elle d'autant plus aimable et attentionnée, que son mari Tétait moini; mais le coup était porté, et la belle-mère du généfal Moreau voua au général Bonaparte une haine «rdeute à se satisfaire '•

Mme Moreau avait des dispositions à accepter les sentiments de sa mère. Jolie de figure , pourvue à» talents que Ton acquérait chez Mme Campan et ne manquant pas de prétentions quand elle était jeone fille , une fois devenue la femme du vainqueur de Hobenlinden , elle eut toute Tambition de son ikmd. Comme dans sa tendresse et ses illusions d*époDir,

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