Mémoires de M. Bouilly, t. Il, p
pi'au sein d'une grandeur inouïe elle avait constné une bonté touchante. On savait aussi qu'elle msil dans des craintes continuelles en songeant aux p-iignards sans cesse levés sur son époux. Un acte éclBtant de clémence pouvait détourner ces poignards et calmer des cœurs exaspérés. On réussit à s'introduire auprès d'elle par le moyen de Mme de Rémusat, attachée à sa personne, et on lui amena, au château de Saint-Cloud, Mme de Po ae, qui vint arroser <!i* larmes le manteau impér Elle Tut touchée, coninw avec son faible et sensible cœur elle devait VHtt, i l'aspect d'une épouse éplo i demandant noblemccl la {(race de son époux. Elle courut faire une première tentative auprès de Napoléon. Celui ci, selon sa cou> tume, couvrant son émotion sous un visage dur et sévère, la repoussa brusquement. Mme de Rémueat était présente, a Voue vous intéresserez donc toujours à nws « ennemis ? leur dit-il à toutes deux. Ils sont les utis et « les autres aussi imprudents qu' ils sont coufiaMn-St « je ne leur donne pas une le^on, ils recommeoce- « ront et seront cause qu'il y aura de nouvelles mi( tinies. « Joséphine, repoussée, ne savait plus â quel moyen recourir. Napoléon devait dans peu limstants sortir de la salle du conseil et traverser l'un' des galeries du château. Elle imagina de placer Mm''''' Polignae sur son passage, pour qu'elle pût se jtieri ses pieds lorsqu'il paraîtrait. En effet, au momenio" il passait, Mme de Polignae vint se présenter à lui ** lui demander, en versant des larmes, la vie àr im époux. Napoléon, surpris, lança sur Joaéphioe, ^i
il devinait la complicité/ ud regard sévère; mais, vaincu sur-le-champ, il dit à Mme de Polignac qu'il était étonné d'avoir trouvé, dans un complot dirigé contre sa personne, M. Armand de Polignac, son compagnon d*enfance à l'école militaire; que cependant il accordait sa grâce aux larmes d'une épouse; qu'il souhaitait que cette faiblesse de sa part n'eût pas de suites Fâcheuses, en encourageant de nouvelles imprudences. « Ils sont bien coupables, madame, « ajouta- t-il, les princes qui compromettent la vie de « leurs plus fidèles serviteurs sans partager leurs péa rils! » Mme de Polignac, saisie de joie et de reconnaissance, alla raconter au milieu de l'émigration épouvantée cette scène de clémence, qui valut alors un instant de justice à Joséphine et à Napoléon. M. de Rivière restait en péril. Murât et sa femme pénétrèrent auprès de l'Empereur pour le vaincre et lui arracher une seconde grâce. Celle de M. de Polignac entraînait celle de M. de Rivière. Elle fut immédiatement accordée. Le généreux Murât, onze ans plus tard, ne rencontra pas la même générosité* »
On trouve dans les mémoires du prince Eugène quelques lignes qui semblent contrarier la fin de ce récit : «Lorsque le procès fut jugé, dit-il', les parents et amis des condamnés affluèrent à Saint-Cloud pour demander leur grâce ; c'était surtout à ma mère qu'ils 8*adressaient, et je fus souvent témoin de ces sollicitations. Ma mère fut assez heureuse pour obtenir du