Lettre écrite du château de la Rocheguyon. {Ibid
tioD de sa famille. Mais la guerre sur mer parais sait pour longtemps finie; il se décida donc pour le service de terre. Ce qui contribua encore à fixer son choix ce fut Toffre faite par Tun des cousins de sa mère, le duc de La Rochefoucauld, qui se trouvait alors colonel du régiment de la Sarre, de le prendre avec lui. Mais, au préalable, afin de compléter son éducation militaire et de le pousser sur les sciences, M. de La Rochefoucauld fit venir Alexandre dans son château de La Rocheguyon, près de Mantes, où il avait engagé M. Patricol à son service, pour y élever ses deux neveux, fils de sa sœur, Charles et Auguste de Rohan-Chabot. Le jeune Beauharnais resta là jusqu'à la fin de 1776, bienvenu du duc et se liant intimement avec ses cousins. Son ancien précepteur aurait voulu qu'on le lui laissât jusqu'à Tépoque de son entrée au régiment, qui était prochaine. Méticuleux et un peu pédant, il déclarait ne pouvoir répondre qu'à cette condition, de cette charmante mais fougueuse nature. Alexandre, en octobre 1776, vint passer ses vacances à Noisy, avec son père, chez sa marraine qui, en voyant sa bonne éducation, s'empressa de témoigner à M. Patricol , qu'elle rendit fort joyeux, toute sa satisfaction « de la manière d'être du chevalier de Beauharnais. » C'est le titre qu'on lui donnait alors, et qu'il échangea bientôt contre ce'ui de vicomte, sous lequel il est connu. Mme de Renaudin ne jugea pas à propos d'entretenir encore son filleul du dessein formé d'unir leurs deux familles, et celui-ci, ayant
reçu ses lettres de cadet, quitta Noisy, au commencemeut de 1 777, pour se rendre à sou régiment qui venait d*ètre envoyé en garnison à Rouen.
M. de La Rochefoucauld dispensa son jeune parent des exercices des cadets , « tenus , dit celui-ci , pis que des écoliers, » et lui permit de les remplacer par Téquitation, Tescrime et les travaux du cabinet, destinés à le perfectionner dans les mathématiques et la géométrie \ Après avoir fait pendant quelque temps, et seulement pour la forme, comme cela se pratiquait alors pour les jeunes gens de famille, le service de soldat, puis de sous-ofBcier, Alexandre vers le mois de mars reçut sa commission de sous-lieutenant au sortir de ses seize ans*. Dès le principe, il témoigna un grand goût pour la vie militaire. Exact dans son ser* vice, docile et soigneux de plaire, il obtint Tapprobation, et plus tard Testime de son colonel. Caractère heureux mais vif, il acquit aussi en quelques mois lamitié de ses camarades qui, dit-il, « m'appellent Capri pour les quelques poils que j'ai au bout du menton*. » De sa première garnison, le chevalier de Beauharnais adresse à Noisy de nombreuses et charmantes lettres qui dénotent un esprit délié, déjà formé, affectant une tournure littéraire, mais, il faut le dire , avec quelque penchant à la déclama-
1. LeUre sans date, écrite de la Rocheguyon par M. Patricol à Mme de Renaudin. (Archives de famille.)
2 Lettre du chevalier de Beauharnais à sa marraine. Rouen, •25 avril 1777. (Ibid.)