ColUction Didot, 1. 1", p
temps. 11 veut qu'en Allemagne , auprès de ces . familles qui avaient toute la fierté et parfois toute la morgue de leur ancienneté , Joséphine n'oublie point qu'elle est Impératrice des Français , supérieure à ceux qui vont la recevoir et qui lui doivent tous les respects et tous les hommages. L'Impératrice s'empressa de se rendre dans la capitale de la Bavière , passant par le pays de Bade et le Wurtemberg. Elle sut se concilier le respect de tous , et de p\m (elle n'aurait pu y renoncer) l'affection commune , car son tact lui avait appris la dignité de son rang , sans rien perdre de la douce aménité qui la faisait aimer.
Pendant que Joséphine exécutait son voyage , l'Empereur, après quelques jours de rejios à Tienne, s'était remis à la recherche de l'armée russe , renforcée d'une partie des forces autrichiennes. On se joignit enfin le 1^ décembre, et le lendemain, jour anniversaire du Couronnement, eut lieu cette victoire d'Austerlitz , dont l'éclat efTaçait les précédents triomphes de Napoléon , et par laquelle il scellait son avènement impérial aux yeux de la France et de l'Europe , où il ne manquait pas d'esprits prévenus qui se demandaient si dans l'Empereur des Français le capitaine serait égal au général d'Italie et d'Egypte.
Dès qu'il vit la bataille gagnée , Napoléon s'était empressé d'envoyer à Munich , à l'Impératrice Joséphine, un de ses aides de camp pour lui faire connaître cette magnifique et décisive victoire. Non
contint de cela, de ce glorieux champ <l(>hilan)e, où il est resté quelques jours à attendre tes propositions de paix des deux empereurs d'Autriche d de RoBsie, il écrit coup sur coup trois lettm rimpératriee, qu'il faut reproduire en entier, svK' leur mémorable date :
« Austerlitz , 3 décembre 1805. — Je t'ai eiptttié Lebrun du champ de baLaiUe. J'ai battu l'armée mm et antricUieDoe commandée par les deux Ëmpereon. Je me suis un peu fatigué; j'ai bivouaqué buit joun en plein air par des nuits assez fraîches. Je coucbe ce soir dans le château du prince de Kaunitz , on jt Tais dormir deux ou trois heures. L'armée russe eri Don-seulement battue, mais détruite. Je t'embrssâf.* «AuBteriitz, 5 décembre. — J'ai conclu une Irèw. Les Russes s'en vont. La bataille d'AusterliU est plus belle de toutes celles que j'ai données : qas-' rante-cinq drapeaux, plus de cent cinquante pièces d( canon, les étendards de la garde de Russie , vin^ g^ néraux, trente mille prisonniers, plus de vingt milli tués : spectacle horrible !
« L'Empereur Alexandre est an désespoir et s'a va en Russie. J'ai vu hier à mon bivouac l'Empeiev d'Allemagne; nous causâmes deux heures; dou sommes convenus de faire vite la paix.
« Le temps n'est pas encore très-mauvais. Toilt enfin le repos rendu au continent; il faut espénr qu'il va l'être au monde : les Anglais ne saursictf nous faire front.
i( Je verrai avec bien du plaisir le moment qui nw
rapprochera de toi. Adieu, ma bonne amie : je me porte assez bien et suis fort désireux de t'embrasser. »
« Austerlitz , le 7 décembre. — J'ai conclu un armistice; avant huit jours, la paix sera faite. Je désire apprendre que tu es arrivée à Munich en bonne santé. Les Russes s'en vont ; ils ont fait une perte immense : plus de vingt mille morts, et trente mille pris. Leur armée est réduite des trois quarts. Buxhowden, leur général en chef, est tué. J'ai trois mille blessés et sept à huit cents morts.
« J'ai un peu mal aux yeux; c'est une maladie courante et très-peu de chose. Adieu, mon amie; je désire bien te revoir*. »
Mais, quoique Joséphine fût plus exacte à écrire que lors de la campagne d'Italie, soit par suite d'une indisposition qu'elle éprouva en arrivant à Munich, ou plutôt par la diOiculté de joindre l'Empereur dans ses brusques évolutions militaires , celui-ci était resté plus de vingt jours sans recevoir de lettres de sa femme. Les irritations d'Italie le reprennent, et voici de quel style il lui écrit de Brunn, où il attendait la conclusion de la paix retardée par la répugnance de l'Autriche à reconnaître aux Electeurs de Bavière et de Wurtemberg la qualité de roi que Napoléon exigeait pour ses alliés : « Il y a fort longtemps que je n'ai reçu de tes nouvelles : les belles fêtes de Bade, de Stuttgart et de Munich font-elles oublier les pauvres soldats qui vivent couverts de boue, de pluie et de sang?