Lettre du 9 septembre 1778. (Archives de famille
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un aussi bon parti que celui qu'aura sa sœur ainée, et je promets à ma belle-sœur qu'elle me saura gré, un jour, de lui avoir procuré un tel fils. Elle pense trop bien pour ne pas être pénétrée de reconnaissance de la grâce que M. de Beauharnais a mise dans ses propositions; je défie de traiter avec autant de franchise, de désintéressement et d amitié. Je ne saurais vous exprimer Timpatience où il est de vous embrasser et sa future belle-fille. Hélas I que ne puis- je voler et vous aller chercher ! Adieu, mon cher frère, ménagez-vous bien; venez, venez , c'est votre chère sœur qui vous en conjure. Vous remettrez cette lettre à ma nièce, si vous le jugez convenable*. >»
Les parents des demoiselles de Tascher ne leur avaient évidemment dit de cette négociation que ce que des parents avisés et prudents peuvent dire sans inconvénient, sur un pareil chapitre, à de jeunes filles élevées dans la convenance et la réserve. Il n'était encore question, dans les conversations de la famille des Trois-Ilets, que d'un voyage en vue d'un établissement probable à faire en France, auprès d'une tante et dans la compagnie d'un père, voyage que Mme de La Pagerie redoutait pour le jeune âge de Manette, et que Joséphine, quoique aimant tout autant ses parents que sa jeune sœur, acceptait avec un certain empressement, comme la réalisation de ce rêve qui luit à toutes les imaginations créoles, sans cesse tournées vers la France et vers Paris.
1 Lettre du 9 septembre 1778. (Archives de bmille.)
Les lettres du marquis de Beauharnais et de Mme de Renaudin, en arrivant à la Martinique» causèrent une véritable satisfaction à la famille de Tascher, qui ne put voir sans une certaine vanité le procédé chevaleresque du père et Tempressement marqué du fils. M. de La Pagerie s'ouvrit enfin à sa fille aînée. Joséphine avait désiré ce voyage. Mais aujourd'hui qu'il était question de quitter bientôt, et peutêtre pour toujours, sa mère, son père, tous les siens, sa chère Martinique, elle hésitait à donner son consentement à la brillante union que la fortune venait décidément lui offrir. Sa mère et son aïeule ne pouvaient se décider aussi à cette séparation. M. de La Pagerie lui-même, dont Tassentiment à la demande de la famille Beauharnais était assuré, éprouvait de rhcsitation à partir, pour des motifs faciles à concevoir. Depuis le mois de mars 1778, la guerre sur mer se poursuivait avec des chances diverses. Une traversée, dans ces conditions, pouvait présenter de véritables dangers. Mme de La Pagerie refusait d'y exposer sa fille; le père n'osait en prendre sur lui la responsabilité : aussi, près d'une année s'écoula à attendre une occasion favorable, le retour d'une escadre ou le passage d'un bâtiment neutre. Mme de Renaudin, entre le désir et l'appréhension, n'ose plus conseiller son frère, mais elle se montre de plus en plus impatiente de le voir arriver : elle redoute, lui écrit-elle, les menées de la parenté des Beauharnais contre leurs projets , d'autres partis considérables étant proposés à la famille; elle craint
enfin que Tardeur du jeune homme ne vienne à se refroidir à force d'attendre*.
Cependant Mme de Renaudin reçut l'avis que son frère cherchait sincèrement un moyen de passer en France. Mais, en août 1779, il n était pas encore arrivé, et la guerre continuait toujours. Fatigué des galanteries de garnison et impatient d'un amour honnête, le chevalier de Beauharnais avait prié ses camarades de Brest de demander à tous les officiers arrivant des colonies d'Amérique, s'ils n'apportaient point des nouvelles de M. de La Pagerie. Lui-même, à la fin du mois d'août, était venu avec sa compagnie rejoindre son régiment dans ce port. En voyant l'embarquement d'un corps de troupes pour l'Ile de France, son âme s'exalte, et il écrit à sa marraine ces lignes, où l'on pressent cet amour de la renommée militaire qui fut sa passion la plus constante et la plus vraie : « Mon zèle, quoique bien grand, ne s'étend pas si loin. Je quitterais avec regret ma patrie s'il fallait s'en éloigner pour des siècles; c'est sur les côtes d'Angleterre que je voudrais me frayer un chemin vers la gloire, trop heureux si je pouvais un jour vous dater ma lettre de Portsmouth ou dePlymouth'!» Pendant tout le mois de septembre, pas un mot n'était venu de la Martinique. Le 5, le chevalier écrivait : « M. d'Orvilliers tient toujours la mer pour favoriser la rentrée de deux convois que Ton attend, l'un de la