‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 28 sur 317 · Lettre du 6 Doveiubre. (Ardi. de famille · texte numérisé non relu

Lettre du 6 Doveiubre. (Ardi. de famille

une tendresse qui fut constamment respectueuse et vive.

Le chevalier de Beauhamais demanda que l'on pressât son union, et Mme de Renaudin, qui craignait toujours que quelque chose ne vînt déranger son ùor vrage, fut aussi d'avis de ne plus différer. Tont, ea effet, avait été convenu d'avance, à condition que les futurs se conviendraient. Un coup d'œil avait paru sufiQre. On choisit Noisy pour la célébration du mariage, afin d'éviter les lenteurs et Tapparat qu'aurait entraînés une noce à Paris. Mme de Renaudin fournit à sa nièce un fort beau trousseau, que nous voyons figurer dans ses comptes pour le chiffre de 20 872 livres. Quelques jours avant la cérémonie, fixée au 13décembre, M. Tascher de La Pagerie s'étant trouvé, par suite d'une rechute, dans un état qui lui faisait craindre de ne pouvoir y être présent, donna procuration pour le remplacer à son parent issu de la branche restée en France, l'abbé Louis-Samuel de Tascher, désigné dans l'acte comme « docteur de Sorbonne, prieur de Sainte-Gauburge et aumônier de S. A. R. Mgr le duc de Penthièvre. » La célébration eut donc lieu dans Téglise de Noisy-le-Grand, en l'absence de M. de La Pagerie , mais avec l'assistance de Mme de Renaudin, qui servait de mère à sa nièce, et en présence du marquis de Beauharnais, du comte Qaude, son frère, de M. Begon, intendant de la marine, parent d'Alexandre, et de MM. l'abbé de Tascher, de Courpon de La Yernade et Louis de Yillars, indiqués comme coustm de Vépouse dans Tacte qui

donne bien à Mlle de La Pagerie ses véritables noms et son âge sincère. Alexandre y prend le titre de vicomte de Beauharnais, sous lequel nous le désignerons désormais ^

Telle est Thistoire simple et vraie, quoique cependant extraordinaire encore, du premier mariage de rimpcratriee Joséphine. Nous avons accepté comme une bonne fortune la faculté de pouvoir tirer au clair cette époque de sa vie, et nous avons sans scrupule reproduit presque en entier la précieuse correspondance qui faisait disparaître, par un pur exposé des faits , les ridicules inventions qu'a propagées une plume plus ridicule encore. On connaît toutes les circonstances de l'arrivée en France de Mlle de La Pagerie : ce point nous paraît maintenant fixé , et nous espérons que le lec* teur sera de notre avis, d'une manière définitive*.

1 . Cet acte de mariage est conservé au greffe du tribunal civil dé Pon toise. Nous le reproduisons à la ûq du second volume.

2. Nous avons déjà signalé le roman banal imaginé sur l'adolescence de Joséphine. Les circonstances de son premier mariage ont aussi excité le génie inventif de sa prétondue annaliste. Le lecteur est parfaitement à même de juger du mérite des assertions suivantes, pour ne noter que les erreurs matérielles :

D'abord, Mlle Lenormand prétend que Joséphine vint au monde le 2^ Juin 1763, le jour méme^ dit-elle, où fut signé le traité qui restituait la Martinique à la France : or ce traité est du 12 février; — plus loin elle dit que Mme (fe Renaudin vint en France en 1761, avec le marquis de Beauharnais qui n'y est arrivé qu'un an après, et qu'elle voulut amener avec elle l'aînée de ses nièces venue au monde seulement deux ans plus tard; — elle ajoute que le père de Joséphine la confia à des amis et ne l'accompagna pas en Europe;

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elle la fait de plus débarquer à Marseille : nous avons wn M. de La

Pagerie débdrquer avec sa fille à Brest. — Une fois Joséphine arrivée

en France, c'est tout un nouveau roman qui commence : on la

met au couvent de Panthémont pour compléter son éducation et

la soustraire à la vue et à l'amour de cet éternel Williams qu'elle a

retrouvé à Paris et qu'elle aime toujours; ce n'est qu'alors que

Mme de Renandin fait part de ses projets an marquis de Beaobar-

nais qui les repousse, car il destinait Alexandre à la fillo de soi

frère Claude ; le vicomte se montre aussi opposé à cette union ; mais

l'habileté de Mme de Renaudin finit par lever les obstacles pendant

que de son côté Tabbesse de Panthémont décide la jeune créole— *et

c'est après tous ces préliminaires et ces longs débats qu'a lien,

presque contre la volonté d'Alexandre qui s'est ravisé, et avec le

consentement forcé de Joséphine , ce mariage que nous venons de

voir arrêté au moins un an à l'avance, publié à la Martinique depuis

huit mois , et célébré évidemment trop tôt du plein gré des deux

époux, c'est-à-dire un mois seulement après l'arrivée de Mlle de

La Pagerie à Paris.

Avant la publication de Ces prétendus Mémoirtê^ la sibylle de la rue de Toumon avait édité elle-même , car son industrie était fort achalandée , les deox ouvrages suivants dans lesquels elle prenait la qualité de confidente de l'Impératrice : 1* Soui>enirs d'um Sibylle sur les causes de son arrestation^ le II décembre 1809. (Paris, ISik ; chez l'auteur, rue de Tournon, n* 5 ; et à son magasin de librairie, rue du Pelit-Bourbon-Sainl-Sulpice, n* l'y)2rles Oracles sibyllins ou la Suite des souvenirs prophétiques. Paris, 1817. Elle explique son arrestation par la prédiction indiscrète qu'elle aurait faite à Joséphine de son divorce, dès 1807.

Le lecteur trouvera peut-être que c^est faire trop 'd'honneur à de pareilles inventions que de les relever; mais, nous le répétons, on les retrouve partout, dans toutes les notices, biographies, mémoires qui parlent de l'Impératrice Joséphine. C'a même été une des singularités de sa destinée, soit de son vivant, soit après sa mort, que pendant qu'elle conquérait dans la plus grande partie de la nation, Vun des noms les plus populaires et les plus aimés, elle était en même temps l'objet des histoires les plus incroyables, tantôt puériles , souvent odieuses. Il est du devoir d'un écrivain d'édifier le lecteur sur la valeur des matériaux oi^ les autres ont si complaisammcnt puisé.

Pour ne citer qu'une notice bien peu sérieuse prise dans un recueil sérieux, le rédacteur de l'article Joséphine de la Biographie unwer^ seUe de Michaad a cru devoir reproduire avec un soin religieux

DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. iOi

toutes les assertions de Mlle Lenormand, bien étonnée, comme le personnage de la comédie, d'avoir ainsi fait non de la prose mais de l'histoire sans le savoir. Seulement le biographe a enjolivé ce thème de quelques détails qui ne le déparent nullement. Ainsi entre autres choses il nous apprend que c'est le père de Tlmpératrice qui transplanta sa famille à la Martinique. Il y vint poussé par la misère : c Le manque de fortune, dit-il , obligea le père de Joséphine à solliciter la place de gérant dans une habitation de la Martinique, v Plus loin il le fait capitaine de port et le confond ainsi avec son frère. On se doute facilement de l'esprit dans lequel a été écrit cette notice. Il est difficile de rencontrer plus d'âcreté et plus de Gel. Mais de telles passions ne sont plus de notre temps. Le public repousse ce système de hardiesses et de violences historiques. Et où en serionsnous? où en seraient la convenance et la justice, si chaque parti s'attachait ainsi à mettre au pilori les princesses, les femmes du parti opposé ; si Ton ramassait sans en rien laisser perdre tout ce que la l^èreté, la méchanceté, la sottise et surtout l'envie peuvent avoir accumulé contre elles? Tous les partis y perdraient à coup sûr, et nous ne voyons pas ce que la France y gagnerait.

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