Lettre du 25 août 1813.— Co?/cc//on Didut, t. II, p
Sis HrSTOIHE
mettre le baume sur la blessure, el lui enToy» pvm page la lettre suivante que nous voulons d'utMl moina omettre, que c'est la dernière que coatieooe V précieux recueil de la reine Horlense, et qu'ellf prouve, par un langage toujours identique, DDeaStrtioD qui se soutient jusqu'au bout.
( Vendredi, huit heures du matin— 1113 n J'envoie savoir comment tu ti? portes, car llortenee m'a dit que lu étais au lit hier. J'aî éli fâdié contre toi pour tes dettes ; je ne veuï pas que 1q m aies; au contraire, j'espère que lu mettras ijd miUit'ii de côté tous les ans, pour donner à tes petiteâ>filiti lorsqu'elles se marieront.
n Toutefois, ne doute jamais de mon amitié poD toi, et ne te fais aucun cbagrin lù-dessus.
o Adieu, mon amie ; annonce-iuoî que tu es lun portante. Un dit que tu engraisses comme une boûn* fermière de Normandie.
u NapolCok'. ■
Vaines recommandations : Joséphine ne se conif» point et sa successtoD fut loin d'oEtrîr ces milliom, dont la gratifie si géuéreusemeot le docteur O'Véïra.
Dans les trois premières années qui suifirait It
I. ColUciion Didot, t. II, p. 194.— A ceUe date, en effet, lliftratrice Joséphine avait pris un embonpoint qui cooUibuait ucot à faire illusion sur »on âge.
Ces deui lettres sont précédées de deui billeta insignî&uU dtt> de 1S12 : c'est tout ce qu'off^ le recueil évidemment incoaplct* la rorrespondance conjugale de Napoléon , depuis sa lettre du* ^ quelle il annoDC« à Joséphine la naissance de son Gl*.
divorce, Tlmpératrice renouvela presque entièrement l'aspect du château et de la terre de Navarre, et mit la dernière main à tous les travaux de la Malmaison. C'est alors qu'elle y créa une bergerie-modèle, dans le genre de celle de Rambouillet, où Ton entretenait des variétés rares de mérinos, destinées au perfectionnement de notre industrie des châles. Sur les bords de Tétang du Bu tard, on établit une élégante vacherie, peuplée de belles espèces , tirées également des pays étrangers, et soignées par une famille que Joséphine avait amenée avec elle de la Suisse, et qui, vêtue de son costume national, habitait un joli chalet où, presque chaque jour, Tlmpératrice allaita pied prendre du lait. La galerie, la serre, le jardin botanique, la ménagerie de la Malmaison, reçurent tout leur développement. Avide de distractions , de celles surtout où la portaient ses anciens goûts, Joséphine entretenait de quotidiennes relations avec M. Lenoir, le conservateur de ses objets d'art, avec Redouté, son peintre de fleurs, Isabey, à qui elle faisait dessiner tous les alentours, et M. Aimé Bonpland, rendu célèbre par son voyage d'Amérique en société avec M. de Humboldt, et qu'elle avait fait intendant de ses jardins. Elle chargea ce dernier et Redouté d achever la publication du grand ouvrage commencé par M. Ventenat, et consacré aux fleurs exotiques de la Malmai- 8on\ Elle voulut aussi qu'Alexandre Lenoir publiât le dessin et la description de ses plus beaux antiques,
1. Le complément de ce magnifique travail parut, nous Tavons dit, en 1813.
I principalemeQi de sa collection de vases étrusques a
I unique. Le dessinateur antiquaire prépara , avec
^ lèle et sa science connus, les matériaux de cette pi
\ cation qui n'a pas eu le temps de voir jour. La musi
1| lormait aussi Tune des distractions assidues de 1
I pératrice Joséf^ne. Elle avait auprès d'elle de jei
I personnes auxquelles elle faisait donner des lef os
^ chant, de piano et de harpe par les pruniers mai
; et qui, chaque soir, lui traduisaient les chefs^^'œi
f qu*eUe préférait Mais les chants les plus aimés
j le comprend , étaient ceux de sa fille qui, avec
f succès où le rang n*était pour rien, se livrait à
goût, devenu alors un 4alent pour la composition f La aocîélé de la Malmaison comprenait, outr
maison de rimpératrice et ses parents que le lec HT ooniiail, un certain nombre d'habitués , attirés
tstte affection qui ne faiblissait point. Parmi eu: comptait quelques-uns des premiers personnage lilaU tels que rarchichancelier Cambacérès qui a combattu le divorce , et Masséna qui avait achel fait T^êparer i son usage Taile encore debout château voisin de Richelieu. Le reste de la cour Tuileries paraissait aussi de fois i autre à Malmai IVpuis la naissance du roi de Rome , la jalousie Marie-Louise s^êlail calmée» et Napoléon en affect )^arfoi<s de demander aux courtisans des nouvi de rim(^ratrice Joséphine, avait sufBsammenl i que cVtait lui plaire que de la visiter, quoique
morne eut crut devoir cesser ses visites. La r Hortense avait sa maison à Paris, mais elle vi
DB L'IMPKAATRIGE JOSÉPHINE. 531
presque avec sa mère, à laquelle elle amenait pour des semaines entières ses deux jeunes enfants^ dont les premières années se sont ainsi écoulées auprès d'une aïeule qui les adorait. La reine augmentait par Tagrément de son commerce ^ les ressources de cet intérieur de souveraine retirée mais non déchue, où les plaisirs pleins de mesure et de bon goût avaient une teinte de mélancolie qui n'était pas sans charme.
Joséphine avait, il est vrai , accepté son sort; mais elle demeurait en face de ses souvenirs, et vivait toujours en esprit avec celui qui devait être jusqu'à la fin l'objet de sa tendresse et de ses regrets*. Elle voulut voir le roi de Rome. Après avoir longtemps résisté, Napoléon le lui amena à Bagatelle, dans le bois de Boulogne. Elle
1. c L'Impératrice, ayant conservé pour l'Empereur un attache-* ment qui tenait du culte, n'avait point permis qae Ton dérangeât une chaise du logement occupé par lui ; et, au lieu de Thabiter, elle» avait préféré être fort mal logée au premier. Tout était resté exactement dans le même état que lorsque TEmpereur avait quitté son cabinet; un livre d'histoire, posé sur son bureau, marqué à la page où il s'était arrêté; la plume dont il se servait conservait Teiicre qui, une minute plus tard , pouvait dicter des lois à l'Europe; une mappemonde sur laquelle il montrait aux conBdents de ses projets les pays qu'il voulait conquérir, portait les marques de quelques mouvements d'impatience occasionnés peut-être par une légère contradiction. Joséphine seule s'était chargée du soin d'ôter la poussière qui souillait ce qu'elle appelait ses reliques , et rarement elle donnait la permission d'entrer dans ce sanctuaire. Le lit romam de Napoléon était sans rideaux; des armes étaient suspendues aux murailles, et quelques pièces de rhabillemcnt d'un homme éparses sur les meubles. Il semblait qu'il fût prêt à entrer dans cette cham<» bre, d'où il s'était banni pour toujours. > (Mémoires sur llmpéra^ trice Joséphine , par Mme Ducrest; éd. Barba, p. 66.)
53i HISTOIRE
Tembrassa, et oe pouvant reteoir ses larmes : «Ali cher enfant, lui dit-elle, tu sauras peut-être un jot tout ce que tu m'as coûté ! » L'Empereur abrégea cet scène où Joséphine avait trop présumé de sa rés gnation. Il se montra pour elle affectueux, presqi tendre. Ce fut leur dernière entrevue. Il partait po la Russie, et, à dater de ce moment, il se trouva ei porté par ce courant de grandes fatalités où il d pensa encore tant de ressources et de génie, et qi en moins de deux ans, aboutit à la catastrophe de nière.
Nous ne racontons plus. Cette gigantesque retra de TEmpire qui commence au mois d'octobre 1 81 sous les murs patriotiquement incendiés de Hosco pour se terminer au mois de mars 1814, sous 1 murs mal défendus de Paris, appartient à Thistoi de Napoléon, victime de ses trop grands projets, e celle de la France qui Tabandonne et s*abandooi mais ne tient à la biographie de Joséphine que par douleur des désastres de la patrie, des malheurs sou époux et des périls de son fils, mêlé à toutes péripéties de cette lutte suprême.
L'historien de nos grandeurs et de nos revers a quelle fut la part du prince Eugène dans Texpéditi de Russie, où, après le départ de l'Empereur et du de Naples, il fut chaîné de rei^ueillir et de ramei en lieu sûr nos tristes mais glorieux débris. M. Thv a aussi rendu justice à la promptitude énergique ai laquelle, au retour de Moscou, le vice-roi sut réor; niser en Italie une nouvelle armée, à la tète de
quelle il contribua, pour une honorable part, aux succès de Lutzen et de Bautzen • Revenu à Milan au mois d'octobre 1813, avec ordre de disputer le royaume italien à TAutriche, dont Talliance trompeuse s'était évanouie aux premiers coups de notre mauvaise fortune, Eugène reconstitua une troisième fois son armée, maintint Tennemi, le battit, et la chute de TEmpire le trouva les armes à la main , ayant aussi bien résisté aux avances qu'aux attaques des adversaires de celui qu'il avait servi avec un redoublement de dévoûment et de zèle depuis qu'il en avait reçu de moindres bienfaits. En refusant des mains de nos ennemis ce trône d'Italie que son père adoptif auni(r voulu maintenant lui donner, le prince Eugène ne faisait et ne prétendait faire que son devoir; mais, à cette heure des grandes trahisons, la fidélité n'était pas un mérite vulgaire, et on en a peu vu repousser avec indignation une couronne depuis longtemps promise : « Dans quel temps vivons-nous (ainsi parle le vice-roi à sa femme sous le coup des oiTres de la coalition), et comme on dégrade l'éclat du trône en exigeant pour y monter lâcheté, ingratitude et . trahison. Va, je ne serai jamais roi*. »
La vice-reine d'Italie, devenue française par le cœur , était faite pour entendre le langage de son époux, elle qui, en apprenant la défection du roi de Bavière, lui avait écrit, acceptant déjà les plus tristes
1. Lettre publiée par M. Planât de La Paye, ancien officier d'ordonnance de l'Empereur, dans sa brochure intitulée Le prince Eugène en 181^. Paris, 1857.
^31, IIISTOIKE
éventualiléa : u Mon bon père, Eugène Tient dé] communiquer l'aniigeanle nouvelle que root I contre nous'. Vous devez comprendre ce que i cœur éprouve! Avoir d'autre» intérêts que ies vftm» c'est affreux pour votre ûlle, qui tous a prouvé à qntJ point allaient sa tendresse, Basoumisâîoa pour vâui, Pput-élre l'avez-YOU» oublié ; mais dana quelque atuation que je me trouve, je ne regretterai juui* ce que j'ai fait; ma conscience est sans reproehn...' Eugène, le meilleur des époux, ne s'adligc qu'à cause de vous.... Sa tendresse fait mon uniqH bonheur; jamais il no perdra la mienne. Je le saînii partout, bien sûro qu'il ne s'écartera jamais du d» min de la vertu et de l'honneur. •> Et de celte mên» plume qui a dit en terminant û son père : n Voici k dernière lettre que vous recevrez da votre filk-; laot devoir m'impose le silence, » elle écrit à l'Emp^-n'ur: H Je croirais manquer à mes deviun u, dana eetti circonstance, je ne renouvelais à Votre Majesté Y»- Buraaco de mon tendre attachement. Croyez que rieo au monde ne me fera oublier mon devoir, et q» vous pouvez compter sur mon entier dévonemeot comme sur celui d'Eugène. U défendra le royaume jusqu'au dernier moment; de mon c6té, je tàcfaeni de ranimer les esprits faibles qui se laîaseot abattre ii» qu'ils entendent parier de dangers. Si nous buccob* bons, nous aurons au moins la oonsoUtion d'avoir toujours rempli notre devoir. ' v Joséphine était fièrc
I . Lettres citées daos le Comftt rend» du procto d«» b^tien di prince BugèBO conire l'éditeur des Mémoint rfit marMttt à
des sentiments et de la conduite de ses enfants :.«< Je suis conyaincue, mande-t-elie à la reine Hortense, que TEmpereur cédera Tltalie; mais n'importe ce qui ar>* rivera, notre cher Eugène se sera fait une belle repu* tation : c'est au-dessus de tout ^ »
Napoléon, au mois de février 1814, voyant la France envahie de toutes parts, eut un instant Tidéd d'appeler à lui le vice-roi et son armée. Il lui fit écrire par Tlmpératrice Joséphine, et il faut voir avec quel accent patriotique et maternel à la fois celle-ci traduit cet appel du défenseur de la France :
f MalmaisoD , 9 février.
«Ne perds pas un instant, mon cher Eugène; quels que soient les obstacles, redouble d'efforts pour remplir Tordre que l'Empereur t^a donné. Il vient de m'écrire à ce sujet. Son intention est que tu te portes sur les Alpes, en laissant dans Mantoue et les places d'Italie seulement les troupes d'Italie. Sa lettre finit par ces mots : « La France avant tout; la France « a besoin de tous ses enfants! d
a Viens donc, mon cher fils, accours ; jamais ton zèle n'aura mieux servi l'Empereur. Je puis t'assurer que chaque instant est précieux.
« Je sais que ta femme se disposait à quitter Milan; dis-moi si je puis lui être utile? Adieu, mon cher Bu* gène, je n'ai que le temps de t'embrasser et de te répéter d'arriver bien vite.
« Joséphine*. »