Les pages qui vont Buivre t^renl un caractère plu irtW
Lareine HorteDse lui apprit Tentrée des coalisés dans la capitale, mais elle ne put rien lui dire de la situation de l'Empereur. Toutes les routes étant interceptées , elles demeurèrent trois jours sans nouvelles directes de Fontainebleau, de Paris ou de Blois. Elles étaient livrées à tous les bruits contradictoires qui, de proche en proche, arrivaient jusqu*à leur retraite, lorsque, la quatrième nuit, l'Impératrice Joséphine fut réveillée par un auditeur au conseil d*Élat, M. de Maussion, que le duc de Bassano lui envoyait de lapartdeTEmpereur pourlui donner les détails qu'elle attendait avec tant d'impatience. Son premier sentiment fut la joie de savoir Napoléon vivant : « L'Empereur vit, dit-elle en interrompant l'envoyé, répétez-le-moi ! n Elle jeta un manteau sur ses épaules et entraînant M. de Maussion, pendant que celui-ci lui parlait et lui faisait connaître, en quelques paroles, le projet d'abdication de l'Empereur et le dessein de renvoyer à l'île d'Elbe,. elle courut réveiller la reine : f< Ah ! Uortense , s'écria-t-elle se jetant en larmes sur son lit, ce pauvre Napoléon qu'on envoie à nie d'Elbe 1 Le voilà donc malheureux!... Sans sa femme j'irais m'enfermer avec lui ! » Tout son cœur se réveillait à la vue de cette grande
mais ne sunt pas moins élayées de preuves que les autres parties de ce livre. Nous avons écrit Thistoire des derniers mois de la vie de Joséphine, au moyen des récits de Mlle Cochelet, qui a eu à sa disposition les Mémoires inédits de la reine Horlense , et qui , nous assure-t-on, en a largement usé; des fragments de ces mêmes souvenirs publiés par la reine dans les Mémoires de touSy et des traditions de famille et d'amis pleinement conservées jusqu'à ce jour.
chute de celai qui, dan« l'inforlnDe. rvdi époux.
M. de Blaosaion doona alors à llmpéntrice H i fille les délaik de tout ce qui les ïnU'rcMail : !■ tentatives de Napoléon pour reprendre Parit, H h dérectioQ da duc de Racuse, et l'abaodoo do |Im grand nombre des eenlteurs, ei TboDonble de quelques-uns, et le retour di-s BnurboH, (>■ nécesaité où Napoléon se trouvait d'abdiqun", et kit desseins de la coalition à son égard. Joséphine il pensait qu'au malheur de l'Empereur. CouuiiilÉÉ son &mc et sachant ce qu'il devait souOnr, dkrf désolait à la pensée du sort qui lui était enviait à iUarie-Louise le droit qu'elle avait de s'oiM avec lui.
Quant à la reine Uorlense, sa douleur était pi«< fonde amti. Ce n'était pas une eonronne qd ae ft- Tait point rendue heuretne, qu'elle regrettait pont elle on pour ses enfants; sa pensée était toute également à l'infortane de celui qoi l'aTait appelée sa SSt, et anx revers de la patrie. Anssî prit-elle sorJe^Jianf le parti de fuir l'Europe , dès qa'elle en tronvenit le moyen. « J'ai un projet arrêté, dit-ette ce nrfme jow à Mlle Cochelet, sa lectrice et son amie, qnaed ell« furent seules. Ma position particulière nie reod isolée sur la terre; ma mère peut rester «iFrasce, pai»que le divorce la rend libre; mais je porte an noa qui ne peut plus y demeurer, puisque les Bourbooi reviennent. Je n'ai aucune ft^tnne qne mes diaDBJi4 je les vendrai et j'irai vivre à la Martinique, sur H»-
bitation qui appartient. à ma mère. J'ai été là fort jeune et j'en ai conservé un souvenir agréable. Ce sera sans cloute un grand sacrifice de quitter la France , ma mère, mes amis; mais là^ je serai tranquille, et il faut, dans les grands événements, avoir un grand courage. J'élèverai bien mes enfants, et ce sera ma consolation. » Mlle Gochelet partit le lendemain pour Paris avec M. de Maussion, afin d'aller voir sa famille et défaire ses préparatifs de départ, car elle ne voulait à aucun prix se séparer de la reine. Celle-ci et Tlmpé* ratrice Joséphine rendirent libres alors les personnes de leur maison d'honneur qui désiraient retourner à Paris. Beaucoup refusèrent de mettre à profit cette liberté.
Mlle Cochelet avait été particulièrement chargée par l'Impératrice de lui faire connaître tous les détails qu'elle pourrait recueillir à Paris, et sur la situation de Napoléon et sur celle du prince Eugène. Mais, durant plusieurs jours, les délaissées de Navarre furent réduites aux seules nouvelles que leur apportaient les journaux. Plusieurs d'entre eux étaient remplis d'un débordement d'outrages contre l'Empereur qui révoltait plus encore qu'il n'affligeait Joséphine. Elle concevait qu'on l'accusât d'avoir trop aimé le pouvoir ou la guerre, mais elle le justifiait, avec une animation en dehors de sa nature, de toutes les plates accusations, de tous les crimes niais que lui imputaient, aujourd'hui qu'il ne pouvait plus se défendre, non pas seulement ses ennemis, mais ceux qui l'avaient adulé.
Mlle Cochelet fut visitée à Paris par M. le con
de Nesselrode, qu'elle avait beaucoup conna dî
d'autres temps, et qui, alors, négociait avec le c
de Vicence le .traité qui devait fixer la position
Napoléon et de sa famille. Elle put transmettre
ch&teau de Navarre les nouvelles qui lui parvenai
par ces deux voies sûres. Le 1 3 avril , Tlmpérai
et la reine furent avisées de la conclusion du tm
signé deux jours auparavant à Fontainebleau, etd
lequel Napoléon renonçait atout droit de souveraii
tant sur la France que sur le royaume d'Italû
adoptait Tîle d'Elbe pour séjour. Il avait stipulé er
veur de tous les siens la conservation de leurs ti
princiers, et des dotations en domaines ou en re
de chiffres inégaux. La plus considérable était ]
rimpératric^Joséphine : l'Empereur avait voulu
son revenu fût fixé à la somme d'un million. Il a
voulu aussi que la reine Hortense conservât, ce à <
elle tenait plus qu'à tout, l'administration de la ]
sonne de ses enfants. Quant au prince Eugène, il fa
l'objet d'une stipulation à part : « 11 sera donne
prince Eugène, viceroi d'Italie, disait le traité, un
blissement convenable bors de France ; » souveni
cœur de l'Empereur, qui voulait assurer après I
celui qui restait toujours son fils , une souverai
qu'il n'avait pu que lui promettre.
Le 21 avril , Napoléon partit de Fontainebleai dirigeant vers Tile d'Elbe, où il avait donné ren vous à la femme qui ne put ou ne voulut pas y vc lorsqu'il n'avait qu'un mot à dire pour y voir accc
DE L'IMPËRATRICE JOSÉPHINE. 545
celle qui restait frappée au cœur par Tin fortune de rhomme qu'elle avait tant aimé. On dit qu'avant de quitter Fontainebleau, Napoléon , commençant à dou* ter de rattachement de Marie-Louise , et si tristement revenu des espérances fondées sur son divorce, s'écria, en pensant à la tendresse de sa première femme, et comme une réponse à un remords intérieur : « Elle avait raison, de Tavoir quittée m'a porté malheur \ »
Tandis que l'Empereur se dirigeait vers son lieu d'exil, l'Impératrice Joséphine , cédant aux vœux de tous ses amis, était retournée à la Malmaison. Elle y fut rejointe par la reine, qui avait d'abord cru de son devoir d'aller à Rambouillet offrir ses services à Marie-Louise, la croyant dans les intérêts de Napoléon. Mais froidement accueillie, et voyant qu'elle gênait, car cette princesse était évidemment en route pour l'Autriche, et n'avait qu'une crainte, celle d'être forcée d'aller à l'île d'Elbe, la reine Hortense jugea de nouveau que sa place était auprès de sa mère , dont l'afQiction causée par la chute de l'Empereur, était accrue du vif chagrin de voir ses enfants déchus de la haute fortune qu'elle avait rêvée pour eux, qu'elle ne regrettait point pour elle.
La reine, en arrivant à la Malmaison , trouva sa mère en compagnie de l'empereur de Russie, qui,
1. Mémoires de Mlle Cochekt^ t. I, p. 289. ^ Ces mots trouvent leur confirmation dans cette phrase de M Thibaudeau : « Bonaparte était persuadé que sa femme lui portait bonheur; elle le croyait aussi. > (Mémoires sur le Com^ulatj p. 19.)
dès qu'il eut connu le retour de Tlmpératrice Joséphine, Tavait fait prier de le recevoir, afin de lui apporter lui-même des assurances de respect et de protection, et de Tentretenir du sort de ses en&nts. Depuis quelques jours déjà, Alexandre avait témoignera plusieurs reprises , aux amis de Tlmpératrice et de la reine, et notamment au duc de Yicence, un vif désirde les voir et de leur être utile. La reine Hortense j avait une grande répugnance, et elle avait même nettement refusé de revenir de Navarre à cet effet. Mais Alexandre, qui affichait toutes les prétentions d'un ennemi courtois, tenait à prodiguer à la femme et à la fille de Napoléon, ces égards dont celui-ci ne s^était jamaii départi vis-à-vis des femmes ou des filles des so^T^ rains qu'il avait vaincus. Joséphine ensuite, il n ja pas d*exagération à le dire, jouissait au dehors comme en France de cette popularité et de cette estime qui faisaient désirer, même à un ennemi, de lui rendre hommage.
L'empereur de Russie se montra plein d'empressement et de délicatesse, et ne se laissa point décourager par la réserve et la fierté qui, dans cette pivmière visite, accueillirent l'expression de son vœu d'être utile aux enfants de Joséphine, dont le sort définitif n'était point encore fixé, et avait été réservé \*^t le traité. Llmpcratrice entretint surtout Alexandre du malheur de celui qu'il avait appelé son ami, invoquant en sa faveur le souvenir des anciens sentiments, tout en lui sachant gré de Tinsistance que Ion disait qu'il avait employée pour procurer à Napoléon
et aux siens, une position meilleure que ne le voulaient leurs autres ennemis. L'empereur Alexandre revint à la Malmaison, et déclara à Tlmpératrice qu'avec ou sans son agrément il voulait s'occuper de l'avenir de ses enfants, et Joséphine, dont c'était là maintenant l'unique préoccupation, finit, dans la facile bonté de son cœur, par lui témoigner quelque reconnaissance pour des sentiments qu'elle devait croire sincères. En même temps elle fit promettre à la reine Hortense, dont elle avait appris les projets, de ne pas la quitter, sous peine d'abréger sa vie.
Sur ces entrefaites arriva le prince Eugène. Ce fut une grande consolation pour l'Impératrice et la reine qui, depuis leurs malheurs, étaient restées sans nou« ▼elles de lui. Il leur fit connaître les derniers événements de son séjour en Italie, où il avait bravement tenu jusqu'à la fin. En apprenant l'abdication de l'Empereur, le 1 7 avril, le prince Eugène s'était démis a son tour de la vice-royauté d'Italie, après avoir sauvegardé, dans un traité, les intérêts de l'armée française, dont les chefs, avant de partir, voulurent lui exprimer publiquement leur attachement et leur estime \
1. Voici la réponse des chefs de corps à la proclamation dans laquelle le vice-roi faisait à Tannée ses adieux :
c MoKSEiGNEUB , l'aroiée française , avant de se mettre en marche pour rentrer au sein de sa patrie, se fait un devoir de mettre aux pieds de Votre Altesse Impériale les sentiments de recon naissance et de respect dont elle est pénétrée envers votre auguste personne. L'armée d'Italie sera toujours fière de son chef; c'est pour elle un titre d'honneur que d'avoir servi sous Votre Altesse Impériale; puissiezvous jouir de Thonneur et de la gloire que vous ont acquis vos belles qualités t Tel est le vœu de toute l'armée, qui a connu ces
HISTOIHE
La conduite du\ice-roi lui avaitvalu l'approbatioii iverselle. Personne ne songea à l'empècher de ver eu France joindre sa douleur à celte de sa mcfi le sa so?ur. Il y recul l'accueil qu'oblient loujoun uté , même de la part de ceux qui ont vain»-
I I dans lanl d'occasions, el en conservera éiemellaiOTi 11
^J. € Le lieulenanl général comte Ghekieb ; les gôurfO
^^V d6 division ramtc Verdie» ; comte Vig-xciili : tant
W^^ Hahcoonst; conile d'Anthouard; baron Faoïimr,
bsrOD Ques^el; baron Meiiwbt; baroD de 54rn4il<
bemt; le général du génie baron Ddde.
■ Manlonvje 17 avril isit. k
On remarquera parmi ces noms, celai du généiat d'Aollnaii. . ancien premier aide de camp du prince Eugî'ne. Le leudesuio >li lenchériËSBQt encore sur les seolimenla esprïmês ôen» celle ltU)l collective, ce général écrivaîl en ces termes à son ancien cbof
< Honseigneur, c'est les yeux baignés de larmes que j'écml Votre Allesso Impériale; il est déchirant pour moi d'élre nàiAt demander i la quitter après avoir, depuis longtemps , rèv* roW nuellement le bonheur de vivre auprès d'elle. Qaolte tarAlt catoslrophe change tous nos projets! Malheureuse Francel Qad nrti* est réseriAI Au moinaje croij que celui de Votre Altesse Imfiiriah sera assuré lel qu'elle le mérite, et qu'elle jouira tn psii df fotimequ'eUa atMmmandée, ttde lacondmle superbe qu'elU m's mm de tenir, rt qui «m dam tout tes tetnpi un liODkLB mtx lOMtmsi, aux grands et aux particutieri. i
Nous avons souligné ces mots, qui nous paraiseeat la dcraièn limite de l'éloge humain , pan» qu'ils sont dns an même pajcmp qui, treiie ans plus tard , pour des motifs bien peu avouables, i,l* premier, accusé le prince Evgéne d'avoir trabî l'Emperenr, <■ n'encuant pas l'Italie conrorroément i l'ordre que lu^mteie hi «ni apporté, ce qui a été reconnu n'être pas, et aaiu tenir «npie à contre-ordre formel de Napoléon.
C'est une triste chose que l'homme! (à)
(«i Voir laot» lei piicci di erlie iflaire d«u le mmfU rmJm im ^ttn M en le» pir tel hérilitridii prince EoièM t l'Milcurdn llimmimàa^* Rigiiie, qui, dari m* iiiiiiuri d'ouirt4ooibe, > adopU, Inugiiiépir l'andcn aide de camp du Tire-rot,
méat cherché à rentamer. L'empereur Alexandre vint le voir à la Malmaison, et lui renouvela les offres de service qu'il avait déjà faites à l'Impératrice Joséphine et à la reine Hortense. Le duc d*Orléans, en lui rappelant qu'il avait été l'ami de son père, lui montra de semblables dispositions. Le prince Eugène se trouvait dans une position particulière et qui ue ressemblait en rien à celle des autres membres de la famille de l'Empereur; Il avait plu à celui-ci, comme récompense de toute une vie d'affectueux dévouement et marque dernière de satisfaction pour une fidélité qu'il connaissait bien, il avait plu à Napoléon de stipuler dans le traité de Fontainebleau l'obligation, de la part des puissances coalisées et du nouveau gouvernement de la France, de constituer à son fils adoptif une souveraineté indépendante. Cette clause donnait au prince Eugène un droit que sa qualité de père de famille lui imposait l'obligation de faire valoir. Il était pleinement autorisé à traiter personnellement cette importante affaire avec les souverains présents à Paris et le roi de France lui-même. En effet, en insérant au traité du 1 1 avril le principe favorable au prince Eugène et à ses enfants. Napoléon n'avait pas prétendu y inscrire une lettre morte; il avait nécessairement dévolu au vice-roi le soin, sa dignité sauve, de le faire aboutir, et ce n'est certes pas lui qui se fût plaint de voir son fils adoptif obtenir, non pas seulement la principauté qu'il avait exigée pour lui , mais encore ce royaume d'Italie qu'il avait aussi réservé en sa faveur à Châ-
tillon. Le prince Eugène, comme chef de sa feinilW, avait ensuite à réclamer^ pour sa mère et pour sa sœur^ Texécution des clauses imposées aussi par . Napoléon, et qu'on se montrait déjà disposé à ne pas respecter. Il vit donc les souverains alliés ^ et Louis XYin lui-même, non en solliciteur qui ssbaisse , mais en fils adoptif de TEmpereur » chargé par lui de poursuivre la réalisation d'un traité portant les conditions de son abdication*
Mais, autour des souverains et à la cour do Louis XYIIIy la haine contre toute la famille de Napoléon montait sans cesse« On demandait hautement que le traité de Fontainebleau, maintenant que TEoi* pereur était à Tile d'Elbe , fût regardé comme non avenu. L*empereur Alexandre insistait avec vivaeiié et, Ton doit le croire, de bonne foi| pour que Tétabli»* sèment du prince Eugène fût constitué , pour que k terre de Saint-Leu, qui appartenait à la reine Hortense, fût érigée en duché, ce qui assurait sa résidence en France tant souhaitée par sa mère, et pour que le million stipulé en faveur de Tlmpératrice Joséphine lui fût payé. Privée de son revenu, celle-ci s'affligeait, s'effrayait de la perspective de ses engagements, de ses générosités qu'elle ne pourrait plus satisfaire. Mais son plus grand chagrin était son incertitude sur le sort de ses enfants. On parlait aussi de la faire sortir elle-même de France. Chaque jour lui apportait quelque rumeur fâcheuse, qui accroissait la souffrance dans laquelle elle semblait vivre depuis la chute de l'Kmj^ereur dont elle parlait sans cesse.
Le 1 5 mai, Tlmpératrice fut passer deux jours au château de Saint-Leu avec la reine Horlense. L'empereur Alexandre y vint. On alla visiter les bois de Montmorency. Au retour, Joséphine se sentit fatiguée et rentra dans son appartement pendant que sa fille se promenait dans le jardin avec le reste de la société. La lectrice de la reine Tavait suivie. En entrant dans sa chambre, elle se laissa tomber sur une chaise longue, avec tous les signes d'un douloureux abattement.
« Mademoiselle Cochelet, dit Tlmpératrice après un instant, je ne puis vaincre une tristesse affreuse qui s'empare de moi; je fais tous mes efforts pour la cacher à mes enfants, mais j'en souffre davantage. Je commence à perdre courage. L'empereur de Russie est certainement rempli d'égards et d'affection pour nous, mais tout cela ce sont des paroles. Que décide-t-il pour mon fils, pour ma fille et ses enfants? N'est-il pas en position de vouloir quelque chose pour eux? Savezvous ce qui arrivera, lorsqu'il sera parti ? On ne fera rien de ce qu'on lui promettra ; je verrai mes enfants malheureux , et je ne puis supporter cette idée, elle me fait un mal affreux. Je souffre déjà assez du sort de l'Empereur Napoléon, qui se trouve déchu de tant de grandeurs, relégué dans une île loin de la France qui l'abandonne ; faut-il encore voir mes enfants errants, sans fortune ! Je sens que cette idée me tue. — Mais, madame, lui répondit la lectrice de la reine, voyez au contraire toute l'amitié de l'empereur de Russie. 11 vous vénère; il est rempli de soins pour
tTOus, il cherche à assurer le sort de vo» < même en tlépild'eux ; car vous savez combien la reine -* mis de difiicultéa à lui avoir des obligation!. — 'ttai , tam oontredit, il m pour dmw ém ■■§ r qu'on était loin d'attendre , mais , malgré (oDta ces démonstrations, je ne vois rien de positif. Vaut êtes liée avec M. de Nesselrode, sachez de lui t'Aji lieu d'espérer. Est-ce l'Autriche qui a'oppose an wrt de mon (ils? Cela ue peut être. Sont-ce les BourboMÎ Ils m'ont pourtant assez d'obligations pour les neeonaîlre dans mes enfants. IN'ai-je pas été assez bow pour tous les malheureux de leur parti? Certes,}i n'imaginais pas qu'ils rentreraient jamais en Franeei mais il m'était doux d'être utile à leurs amt:
►c'étaient des Français qui avaient souffert; c'éUiml de mes anciennes connaissances, et la position drocf princes, que j'avais vus jeunes, me touchait. Enfin, n'ai-je pas denuuidé viogt fois à Bonaparte de bin rentrer ta duchesse d'Orléans, la duchesse de BoB^ bon? C'est par moi qu'il a secouru leur détrene, qu'il leur a accordé une pension qu'elles receTÙcat en pays étrangers. Je ne doute pas qu'elles ne Tiennent me voir, celles-là, et je suis étoDuée de n'avoir encore reçu que la visite de M. de Rivière; car M. de Polignac me doit bien la vie , et il n'a pas mton paru à la Malmaison. »
La reine Hortense, inquiète de la disparition de >a mère, vint bientôt la retrouver. L'Impératrice sa len et retourna au salon. La reine demanda à sa loctrice quel avait été l'objet de leur conTersatioD. Mlle O-
DE L*11IPËRATRICB JOSÉPHINE. 553
chelet crut devoir la rassurer, et ne lui fit qu*une réponse vague. « Je vois toujours, lui dit la reine, ma mère courageuse et aimable avec tous ceux qu'elle reçoit; mais je m^perçois qu'aussitôt qu'elle est seule j elle se livre à une tristesse qui me désespère. J'ai peur qu'elle ne s'affecte trop de tous les événements qui nous ont frappés , et que sa santé ne s'en ressente. » En effet, Joséphine était atteinte au cœur. Le chagrin la minait, les nuits sans sommeil avaient échauffé son sang; elle ne proférait aucune plainte, elle affectait même le calme; mais autour d'elle les yeux clairvoyants de son fils , de sa fille et des dames qui composaient encore sa cour de souveraine maintenant bien déchue, ne s'y trompaient pas, et on semblait sous l'impression d'un pénible pressentiment. Une semaine se passa ainsi.
Le lundi, 23 mai, le roi de Prusse vint avec ses deux jeunes fils faire une visite à la Malmaison , et y resta à dîner. L'Impératrice Joséphine , qui, depuis quelques jours, paraissait visiblement souffrante, réussit tellement à prendre sur elle, pour faire à ses hôtes les honneurs de sa résidence, qu'on la crut entièrement rétablie. Le lendemain (tous ces princes étaient jaloux de lui rendre hommage) elle fut encore obligée de recevoir les deux grands-ducs de Russie, Nicolas et Michel. Dans le jour, ceux-ci allèrent visiter les environs avec le prince Eugène. La reine resta auprès de sa mère , qui disait avoir un peu de rhume. Elle voulait que l'Impératrice gardât la chambre; mais celle-ci répondit qu'elle ne soignait
jamais un rhume, et elle descendit pour le dîner. Le soir elle se seotit fatiguée ; à plusieurs reprises elle se retira dans une pièce* voisine et se reposa sor m chaise longuci laissant la reine fiortense faire aoi princes russes les honneurs du salon.
Le 24, MUeCochelets^empressa de venir demander des nouvelles de Tlmpératrice. Elle la trouva foDdant en larmes et tenant à la main un joarml, qu'elle lui tendit, a Ma fille lit*elle ce journal? lai dit-elle ; tâchez qu'elle ne le voie pas. Lisez Tartiele qu'on met sur le cercueil de son pauvre enfant. Geli est-il croyable ? Voyez dans quels termes méprisanti on dit qu'il doit être ôté de Féglise Notre*Dame pour être porté dans un cimetière ordinaire. On ose toucher aux tombeaux! C'est comme du temps deURé* volution. Ah ! qui m'eût dit que cela me viendrait de gens que j'ai tant obligés ! » Cette émotion n'était pas faite pour diminuer la mélancolie qui chaque jour la minait davantage. Elle s'étendit encore sur son chagrin de ne pas voir ûxer la position de ses enfants et sur ses craintes à cet égard.
La reine Hortense et le prince Eugène s^inquiétèreot de l'état de santé et d'esprit de leur mère. Le lend^ main 25, en pénétrant dans sa chambre avant qu elle fût éveillée, la reine la trouva respirant avec quelque difficulté. Elle témoigna son inquiétude au médecin ordinaire de rimpératrice qui, partageant ropinion de celle-ci, pensa que ce n'était là qu'un rhume qui céderait aux remèdes usités en pareil cas. Le jeudi 26, la toux devint plus sèche et plus forte. L'Impera-
DE L*1MPËRATRICE JOSÉPHINE. 555
trice, pour complaire à ses enfants, garda le lit, mais de crainte de faire de la peine à son médecin, elle B^opposa à ce qu'on en appelât un autre, disant qu'elle se sentait mieux ; et, en effet, son teint, légèrement animé, faisait croire à une complète guérison. Afin de ne point Taffliger, la reine crut devoir lui cacher que son frère, par suite d'une forte fièvre, venait aussi d'être obligé de s aliter. Le 27, un abattement de mauvais augure succéda à l'animation de la veille. Au moment où la reine se décidait à envoyer chercher un antre médecin à Paris, le premier médecin de l'empereur de Russie se présenta de la part de son maître, pour avoir des nouvelles de l'Impératrice, et lui annoncer qu'Alexandre viendrait le lendemain lui demander à dîner. Joséphine le chargea de remercier l'empereur et de lui dire qu'elle l'attendait, et immédiatement elle occupa son esprit de tous les détails de la réception à faire le samedi au souverain de la Russie ; elle se proposa même de se lever pour le recevoir. Mais, en sortant, et questionné par la reine Hortense , le médecin russe ne lui cacha pas qu'il trouvait sa mère sérieusement malade , et qu'à son avis il fallait, sans perdre de temps, la couvrir de vésicatoires. La reine et son frère effrayés se décidèrent à envoyer chercher les meilleurs médecins de Paris, afin de connaître au juste l'état de l'Impé* ratrice, qui continuait à ne pas se plaindre, mais qui éprouvait une oppression croissante. Une consultation eut lieu le même jour, à laquelle prit part le médecin ordinaire de la Malmaison. Les médecins re-
îlSe iUSTOIRE ^H
connurent alors tous les symptômes d'un» esqni de la plus dangereuse eapèce; ils prescrivîralfîl ques remèdes énergiques, mais, h Ieura^îi,3^i trop tard pour combattre le mal. Ils ne cnirenl pM devoir faire part de leurs craintes à b reine c( ■ prince, ils se contentèrent de leur dire que la malaAl de leur mère était sérieuse et serait longUR.
La reine organisa un service par lequel les duNi présentes à la Malmaison se partageraient les saios» donner à l'Impératrice, et veilleraient deux par Am dans sa chambre jKndant la durée de la maladie. Qb voulut veiller la première nuit, et la passa allinti chaque instant du lit de sa mère au eheT.el de m , Êrte«, dont U fièm «rHtredoaUé aa ^omUéti» - ner dea inquétadw. LtapértCriee JoiéplûaB mi ifue aen fib éttit malade; n'ayant p^nt b eamémm de sa propre Bituation, elle le faisait prier de se mgner et de ne point quitter sa chambre, et elle Tooliit aussi exiger de sa fille qu'elle allât se reposer. Ode nuit, l'état de la malade parut ne pas empirer. 1/ matin du 28, la médication suivie avec ùle et habileté par son médecin ordinaire , semblut l'iroir sonlagée; mais, vers le milieu du jour, elle falpràt d'un grand abattement. La reine se décida i ennjtf auprès de l'empereur Alexandre pour le prier de i«mettre sa visite. Le courrier allait partir, torsqw l'empereur qui, d'aprèa ce que lui avait dit M médecin, s'inquiétait fort de l'état de l'Impéntrier, arriva quelques heures avant le dîner. La rcioe.q* cependant était loin de deviner la réalité, lai filM^
naître ses propres appréhensions et le conduisit chez son frère, où ils décidèrent que Ton cacherait àrimpératrice que Tempereur fût à la Malmaison, dans la crainte qu'elle ne voulût descendre pour le recevoir. Sa fille lui dit que Tempereur s'était fait excuser et qu'il viendrait un autre jour. L'empereur de Russie passa le reste de la journée dans la chambre du prince Eugène, et n'en descendit que pour le dîner, où la reine Hortense vint lui tenir compagnie. Après le dîner, la reine dit à l'empereur qu'elle agissait avec lui sans cérémonie, et qu'elle le laissait avec ses dames pour remonter auprès de sa mère. L'empereur ne voulut se retirer, bien avant dans la soirée^ que quaùd il eut appris que l'Impératrice était plus calme. Quoique accablée de fatigue, la reine Hortense se disposait à passer cette nuit encore auprès de sa mère que ni elle ni son frère ne croyaient cependant dangereusement malade, car elle n'accusait aucune souffrance, et, tout en parlant peu, elle avait toute la liberté de sa conversation. L'Impératrice la supplia d'aller se reposer, lui recommandant aussi de tranquilliser son frère. Mme la duchesse d'Arberg joignit ses instances à celles de l'Impératrice, et s'établit pour la nuit près du lit de la malade. La reine Hortense ne se retira que fort tard^, sur la promesse qui lui fut faite ainsi qu'à son frère de les prévenir au moindre symptôme alarmant. Mais la reine, inquiétée par un pressentiment qu'elle ne s'expliquait pas, se releva plusieurs fois pour venir voir si sa mère reposait. Il lui fut répondu qu'elle ne se plaignait pas et paraissait ne pas
as» • iiisTuine
soutTi'ir, maie qu'elle se réveillaïf souvent, parisnl î voix basse avec elle-même, el répélanl par inliTViBt ces mois : « Bonaparte!... L'île d'Elbe!... Jbrir- Louisel... »
De bonne beare, le 29, jour de la Penlecftie, \i reine, alarmée ile eps discours sans suite, entra rbti son frère qu'elle trouva un peu mieux, el ijtii s*» alarma comme elle. Le prince Eugène »e Ict» atit efTort. Ils entrèrent dans la cbambre de niD[M^ntnc«. En apercevant ses enfants, ses yeux se rempUitntie larmes; elle leur tendit les bras sans pouvoirMlMlever et pouvant à peine parler, car sa langue s'on* barrassait. Ci!ux-ci l'embrassèrent avec (eadmat, mais en réprimant leur émotion, car le mal a*ailbH des progrès rapides, et l'altération sensible des traCi de leur mère les avait frappés en entrant. La reîa^ trop émue, futoblifiée de se retirer. Le prince EiijèM Toulnt Bavoir des deax médecins qui n'aTaienl p» quitté ta malade, eelni de l'Impératrice et celui de la reine Bortense, s'ils conservaient encore de l'espoir pour sa mère et s'ils pensaient qiie l'on dût lui ipjiorter les sacrements. Ils répondirent qu'ils n'anieil pas perdu tout espoir, mais qull était prudeat de K ' pas renvoyer à plus tard l'accomplissement de» ievoira religieux. Le prince, arec les ménagemeoli d'un fils tenére et courageux, disposa sa mèreîctl acte suprême si conforme à sa foi ; t'abbé Bertrudi aumftoter de la reine de Hollande, entra pour la pnparer i recevoir le viatique. Le prince Bagineeifi sœur laissèrent llmp^vtrioe a:T«e aon oonfeeseiir, d
descendirent dans la chapelle du château afin d'entendre la messe et prier pour cette vie qui leur était si précieuse. Comme eux , tous les assistants avaient les larmes aux yeux. Après vingt minutes, ils remontèrent auprès de leur mère. En les voyant, elle leur tendit encore les bras. Pendant ce peu de temps, sa figure s'était entièrement décomposée; elle voulait parler, mais elle ne put articuler un seul mot. A cette vue, la reine s'évanouit; on l'emporta sans connaissance dans sa chambre. Le prince Eugène s'agenouilla auprès du lit de sa mère pendant que l'abbé Bertrand l'administrait et qu'elle recevait la communion avec toute sa connaissance et sa douce résignation. Elle ne vécut que peu d'instants encore, et, après quelques efforts, elle expira, consolation dernière, entre les bras de son fils bien -aimé.
Le prince Eugène pensa alors à l'état de sa sœur; il se précipita dans sa chambre et lui annonça leur malheur, et ils confondirent leurs larmes. Toutes les personnes de la maison de l'Impératrice qui venaient delà voir mourir, entrèrent aussi dans la chambre de la reine, afin de mêler leur douleur à celle des enfants de leur maîtresse. « Je restai avec Mme d'Arberg, ajoute Mlle Cochelet, près de celle qui n'existait plus; je pensai procurer encore une faible consolation à ses enfants, auxquels le sort ravissait tout à la fois, et j'osai approcher de cette tète, qui paraissait dormir avec calme et espérance. le coupai ses beaux cheveux que je gardai comme un trésor à remettre à la reine. Le prince Eugène emmena sa
soeur â Saint-Leu, où je les suivis bientôt après. Aaciinp expression ne saurait peindre la douleur <)u prince et de la reine; ceux qui OBt connu U inw adorable qu'ils pleuraient pourront seuls w l'iniaginer. »
Lîi désolation éprouvée par tous -les sCTTilmn grands el pelits de la Malroaison , se répandît avec h funeale nouvelle à Rueil et dans tous les lieux d'ikntuur, où Joséphine était aimée comme une proTÎdftxt et une mère.
Le corps de l'Impératrice, après avoir élé embaume et placé dans un double cercueil de plomb el d'acajou, fut, pendant trois jours, exposé sur un cataliJqiJf dressé au milieu du grand vestibule du château. Pfn* ào vingt mille personnes se présentèrent pour toi jfW l'eau bénite. Cultivateurs, ouvriers, bonrgeoù, oa > venait de plusieurs lieues, comme à un pèlerinaçr. A Paris, oij d'autres intérêts entratnaleot les eqtritt, cette mort produisit aussi une générale et pénible iapreasion. Les souverains et les princes étrauffin, li famille royale elle-même, s'empressèrent de fiin parvenir aux enfants de l'Impératrice Joséphine l'upression de la part qu'ils prenaient à leur doulnr- L'empereur Alexandre»' était proposé d'assister 101 fioérailles, mais apprenant que l'état de santé dn pow Eugène ne lui permettait pas de conduire le dsrï de sa mère, il t'y fit représenter par le général Sackm.
Les obsèques eurent lieu le jeudi, 2 juin, dau l'église de Rueil, réparée par les soins de Josépbiix qui avait témoigné le désir d'y être inhumée. Le cor-
tége sortit par la grande grille de la Malmaison, et suivit la route de Paris jusqu'à Rueil. Les deux jeunes enfants de la reine Hortense menaient le deuil* Les coins du drap mortuaire étaient portés par le grand-duc de Bade, époux de la princesse Stéphanie, par le marquis de Beauharnais, beau-frère de Tlmpératrice, le comte de Tascher, ei-sénateur, et le père de la princesse de Bade , le comte de Beauharnais. Venaient ensuite tous les officiers et les dames attachés à Tlmpératrice , au prince Eugène et à la reine Hortense ; puis plusieurs personnages importants qu'avait amenés de Paris la reconnaissance envers la souveraine qui avait été si parfaite pour tous. Mais ce qui communiqua à ces funérailles du cœur leur caractère le plus désintéressé et le plus touchant, ce fut Taffluence et la tristesse du peuple qui, de tous les environs, s'était réuni à Rueil, afin de rendre un dernier hommage à celle à qui il donnait ce nom de la bonne Joséphine, qui lui est resté.
A un an de là, l'Empereur, revenu de Tîle d'Elbe où il avait vainement attendu sa Louise^ préférée, voulut, avant de partir pour sa dernière campagne, aller se recueillir à la Malmaison. En l'absence du prince Eugène, retenu de force en Allemagne, la reine Hortense, restée fidèle à la fortune impériale, vint lui en&ireles honneurs. L'Empereur arriva accompagné de MM. Mole et Denon, et du colonel Labédoyère. A son entrée dans le vestibule du château, il parut