‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 33 sur 317 · Archives de^amille · texte numérisé non relu

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son caractère excessif etbouillant, gouvernaient seules son esprit. 11 saisit le parlement de Paris d'une demande en séparation contre sa femme, basée sur les griefs les plus invraisemblables comme les plus injurieux.

On pense quelle douleur dut ressentir la malheureuse vicomtesse qui, sous le coup de cet orage venu à Timproviste de la Martinique, voyait ses souffrances de deux ans couronnées ainsi par un procès scandaleux destiné à jeter son nom en pâture aux oisifs et aux méchants de la capitale. Selon Tusageelle demanda à entrer dans un couvent, pendant Tinstruetion du procès, et Mme de Renaudin, Tâme navrée de voir ce triste résultat de ses longues combinaisons, reprit avec sa nièce ce chemin connu et lui tint véritablement lieu de mère en cette douloureuse circonstance. Joséphine resta près d'un an à Tabbaye de Panthemont, située rue de Grenellc-Saint-Germain, en attendant le jugement du parlement, qui fit durer cette affaire le plus longtemps possible aûn de donner aux époux la facilité de se rapprocher. Mais Alexandre s'entêta dans sa poursuite. Cette cour éminen te, obligée de juger, donna alors pleinement gain de cause à la femme, dont elle comprit rafiection méconnue et la dignité froissée; elle la justifia d*une manière éclatante de toutes les récriminations injustes dont elle avait été Tobjet, et rendit une décision par laquelle Mme la vicomtesse de Beauharnais fut autorisée à ne pas habiter avec son mari, et qui condamnait celui-ci à lui payer une pension suflisante pour elle et pour

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sa fille ^ : sans doute le jeune Eugène fut laissé à son père.

Dans cette fâcheuse affaire, l'opinion publique fut tout entière pour cette femme de vingt ans, victime d'un concours vraiment fatal de circonstances et de passions. Mais ce qui complète la justice rendue à Mme de Beauharnais, c'est que toute la famille de son époux prit son parti et ne cessa, avant comme après Tarrét du parlement, de l'entourer d'estime et d'affection. Le marquis de Beauhamais se déclara hautement pour sa belle-fille contre son fils ; et le frère aîné d'Alexandre devint dès lors pour Joséphine un ami dont la vive et solide tendresse fut pour elle un grand adoucissement de ses peines. La comtesse Fanny de Beauharnais, la marraine attentionnée d'Hortense, redoubla de soins pour sa nièce. Le résultat de cette affaire, qui avait navré, comme on le pense, la famille de Joséphine à la Martinique, y fut, quoique attendu, accueilli avec une véritable joie par ses parents et ses deux aïeules qui vécurent assez pour apprendre cette bonne nouvelle et moururent toutes les deux peu de temps après '•

1. Histoire de la Martinique ^ par M. Sidney-Daney , t. VI, p. 4.

2. Voici à cet égard quelques fragments de lettres venues de la Martinique et qui font partie de la correspondance qui nous sert de guide :

Le baron de Ta$cher à Mme de Renaudin,

« Fort-Royal , 28 avril 1784.

€ ....Vous voilà donc, avec notre chère nièce, réduite au couvent! Qui me l'eût dit, grand Dieu ! qui l'aurait prévu qu'un jeune homme qui a reçu Tédacation du vicomte aurait été capable d'un procédé

Furieux et honteux à la fois^ Alexandre retourna à son régiment pour reprendre sa carrière interrompue par ce malencontreux voyage de la Martinique. La vicomtesse de Beauharnais reprit aussi son existence auprès de sa tante et de son beau-père, livrée presque

aussi affreux 1 Tai peine à croire qu'il soit l'auteur de cette inttme histoire; il a été poussé et a été conduit dans tout ceci; le temps éclaircira la noirceur de cette trame. Je n'ai pas besoin de vous témoigner toute ma peine. Vous connaissez mon cœur et mon attachement pour ma chère nièce qui, malgré ce qu'en dira sota mari, sera, aux yeux des honnêtes gens, victime de la malignité. J'ai ofléri à mon frère et à ma belle-sœur mes services , en supposant qu'il fût nécessaire qu*il fût en France , mais que ses affaires ne lui permissent pas de faire ce voyage.... 0

Ls même à la même,

« Fort-Royal , Z août 17S&.

c ....Vous devez être un peu plus tranquille depuis l'arrangemeot des affaires de ma chère nièce. La voilà à la fin délivrée des poursuites de son écervelé. Sa mère voudrait bien qu'elle voulût passer ici; je lui ai cependant assuré que je ne croyais pas qu'elle prft ce parti.... >

La baronne de Tatcher à Mme de Benaudin.

« Fort-Royal , 19 décembre 1785.

c ....J'embrasse ma nièce et ses chers enfants. Mon beau-frère était ici quand H. de Percin (a) m'a remis les paquets. 11 nous a communiqué ce qui concerne sa fille : tout est à son avantage. Voici donc une fois dans la vie l'innocence justifiée , car , en ce monde , ce ne sont pas toujours ceux qui ont droit à qui on donne gain de cause. Mais , ma chère sœur, vous avez beaucoup fait pour elle; elle le mérite , et sûrement vous en aura toute sa vie obligation : car, que serait-elle devenue , seule et sans expérience , entre les mains d'mne troupe d'ennemis de son repos? Elle est heureuse de vous avoir eue et son respectable beau-père , à qui le Seigneur rendra ce qu'il a fait pour notre chère nièce. »

{a). L'héroïque Percin , si célèbre dans Thislotre de la guerre cîtUc de la MarUnique (1790) , el ami particulier de U CuniUe de l'impénurioe.

exclusivement aux soins de l'enfance de sa fille. Ils désirèrent vivre en famille à la campagne. Vers le mois d'août 1 785, le marquis quitta Thôtel qu'il habitait rue Thévenot, et loua une maison à Fontainebleau pour sa belle-fille et pour lui. Mme de Benaudin, dont toutes ces tribulations domestiques avaient dérangé la santé , vendit sa maison de Noisy et en prit une aussi dans le même pays , où se trouvait déjà établie la comtesse Fanny de Beauhamais. Joséphine passa là trois années entourée des soins de la famille de Beauharnais, qui désirait lui faire oublier la conduite d'Alexandre, en attendant que le repentir fût revenu à celui-ci avec son sang-froid et sa raison. La correspondance de famille où nous puisons nos renseignements fournit quelques détails sur cette époque de notre histoire. Elle nous montre à Fontainebleau ou dans les environs une société choisie et très-sympathique pour Mme de Beauharnais. Sans parler de la comtesse Fanny dont nous connaissons les afiTectueux sentiments, c'est le comte de Montmorin , gouverneur du château et de la ville, qui traite la petite colonie avec une véritable distinction ; M. et Mme de Chezac ; les demoiselles Ceconi, vieilles amies qui datent de Noisy; M. Huëet ses filles; le vicomte et la vicomtesse de Béthisy chez lesquels on soupe et qui soupent à leur tour (on est en carnaval) chez le marquis et la vicomtesse de Beauharnais; M. et Mme Jamain où Ton jouait la comédie ; et surtout M. d'Acy, le voisin le plus proche et le plus assidu, qui poursuit avec le vieux marin une orageuse mais ami-

cale partie de chaque jour. Joséphine faisait les honneurs de la maison de son beau-père qui était la sienne. Au sortir de l'agitation de cette crise conjugale qu'elle venait de traverser, son existence s'écoulait paisiblement entre la conduite de cet intérieur , ses soins pour sa fille et les modestes plaisirs que lui offrait le séjour de Fontainebleau. Le plus vif était la promenade dans cette magnifique forêt où Ton trouve tant d'ombre, de silence et de fraîcheur. Elle pouvait facilement y satisfaire son goût pour les courses à cheval, et nous la voyons même se risquer dans de grandes chasses qui n'étaient pas sans fatigues et même sans périls ^

Le marquis de Beauharnais avait encore à Fon* tainebleau une représentation conforme à son rang; mais ce njétait plus là le train de vie de la rue Thévenot. Il venait, en effet , depuis quelque temps, d'éprouver un grand changement dans sa fortune personnelle. De graves sinistres avaient frappé ses propriétés de Saint-Domingue et de la Martinique déjà fort

l. c....La vicomtesse, écrit le marquis de Beauharoais à Mme de Renaudin alors à Paris, court les champs dans ce moment i cheval. Ce soir le roi et vingt ou vingt-cinq chasseurs arrivent. Je ne suis point étonné de ce que le vicomte (a) est parti pour le Blaiâois ; c'est un véritable tourment que celui de vouloir aller chasser et de r n'être point admis. La vicomtesse y a été, il y a trois jours, à la chasse au sanglier. Elle en a vu un. Elle a été mouillée jusqu'à la peau ; elle ne s'en est pas vantée : elle a fait bonne contenance , après avoir changé de tout et mangé un morceau. De tout cela il n'est rien résulté, car elle se porte à merveille, votre serviteur et la petite également. » (Lettre du 5 novembre 1787. Archives do famille.)

(a) Son fils qui n'tf ail pai été iavité i la chatte royale.

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négligées. De plos, un arrêt du conseil d'État avait réduit des trois quarts la pension de 1 0 000 livres qu'il touchait comme ancien gouverneur général des Antilles ; « Et s'être vu avec 1 50 000 francs d appointements ! I) écrit-ily dans son amertune à Mme de Renaudin qui, de son côté , était retenue à Paris par un procès d'où dépendait le plus clair de son avoir^ c'est-à-dire le sort d'un placement d'argent pour lequd elle n^avait pas pris de suffisantes sûretés et dont elle perdit même une forte partie. Comme son ami elle avait aussi éprouvé des mécomptes dans ses revenus coloniaux. Quant à la vicomtesse de Beauharnais, elle se trouvait également réduite à l'économie par suite de sa séparation judiciaire. Peu désireuse de demander à son mari la pension que lui avait allouée le parlement de Paris j elle aimait mieux ne tenir sa subsistance et celle de sa fille que de l'obligeance de sa tante dont la bourse lui fut constamment ouverte pendant son procès , et des envois de sa propre famille qui très-souvent, depuis son mariage jusqu'au jour de sa grande fortune, lui fournit de véritables sommes soit à titre de pension ainsi que l'avait stipulé son contrat, soit à titre d'avances ou de dons purement gratuits. Indépendamment du désir de vivre plus tranquilles à la campagne, c'était donc, on le voit, le soin de mettre § leurs dépenses en harmonie avec leurs ressources qui avait décidé ces trois personnes à venir s'enfermer dans leur modeste retraite de Fontainebleau \

1. C'est ce que conûrme ce passage d'une lettre du baron de Tascherà sa sœur (Fort-Royal, le 16 mars 1786) : « Vous voilà à

Mais sur ce temps, nous avons d'autres renseignements qui nous sont donnés par Joséphine elle-même dans deux lettres parfaitement authentiques, et voici enfin les premières lignes de sa main qui apparaissent dans cette histoire où jusqu'ici il a été question d'elle sans qu'elle ait encore personnellement pris la parole. Ses lettres de cette première partie de sa vie sont trop rares pour que nous ne reproduisions pas en entier celles que nous avons eu la bonne fortune de rencontrer. Loin de nous en excuser, nous sommes persuadé que le lecteur nous en saura gré. Les deux que Ton va lire sont adressées par Mme de Beauhamais , à la Martinique, l'une à un voisin et ami de sa famille qui était venu la visiter et la consoler lors de son procès, Tautre à son père. Mieux que tout ce que nous pourrions dire, elles nous feront connaître sa position, Tétat de son esprit et de son cœur. Dans le style de la vicomtesse de Beauharnais , comme dans celui de rimpératrice Joséphine , il n'y a pas trace d'œuvre ni de prétention littéraires , mais c'est toujours simple, naturel , juste et senti comme le langage d'une femme de cœur qui écrit pour se satisfaire et non pour rechercher des succès.

Fontainebleau, ma chère amie, réunie à M. le marqois et ma nièce! Vous allez vivre éloignés d'un grand chaos. Vous seriez heureuse si c'était le choix du goût et non de la nécessité qui vous eût déterminée à ce changement, i

Le baron de Tascher annonce en même temps à Mme de Renâudin qu'il va retirer à Sainle-Lucic, au nom de son frère, 12 000 francs pour faire passer à Mme do Beauharnais, et il ajoute que c son frère fera , cette année, ses 70 000 livres de revenu. >

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A MaruieUr Marlet aux Trois-Ilets^

« Fontainebleau , ce 27 janvier 1787.

(c Je suis bien fâchée , Monsieur , de vous contrarier, en vous assurant que ce n'est point par dépit que je prends la plume pour vous écrire ; la reconnoissance dont je suis pénétrée des marques d'amitié que vous m'avez données pendant votre séjour en France et que vous continuez , doit vous être un sûr garant du plaisir que j'ai de recevoir de vos nouvelles, de vous demander des vôtres et vous couvaincre de rattachement bien sincère que je vous ai voué.

u J'espère à l'avenir n'avoir plus les mêmes raisons qui m'ont empêchée de vous répondre. Ma tante a été bien malade. ••• Sa santé est bonne dans ce moment-ci ; elle seroit encore meilleure si je recevois des nouvelles satisfaisantes de mon papa et de maman*. Vous ne sauriez vous imaginer, Monsieur, tout ce qu'éprouve ma sensibilité ; je voudrois être sûre d'une occasion pour vous ouvrir mou cœur , vous verriez combien il souffre : d'ailleurs vous connoissez déjà ma position ; elle n'est point changée, il s'en faut. La santé de ma sœur me chagrine

1. Cette lettre a déjà été publiée dans V Histoire de la Martinique (l. IV, p. 302) : « Gomme rien de ce qui concerne Joséphine, dit M. Sidney-Daney, ne peut être indifférent à ses compatriotes, nous reproduisons, dans toute la naïve sincérité de son texte , une lettre écrite en 1787, par Mme de Beauharnais à M. Marlet, son ami, et dont nous devons la communication à Tobligeance de M. H. Marlet , le petit-fils de celui à qui la lettre est adressée. «

2. Les enfants créoles, quel que fût leur âge, appelaient toujours ainsi leurs parents. C'était plus naïf, mais aussi plus tendre.

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beaucoup. Si lair de la France lui étoit favorable, mainau pourroit profiter de Toccasion de mon oncle pour renvoyer*; nous avons ici un médecin trèshabile , qui peut-être la guériroit.

« Il faut être bien sûre de votre indulgence, Monsieur, pour vous entretenir de tous mes chagrins. Je désire que vous n'en ayez jamais. Si par malheur vous vous trouviez dans ce cas, vous me rendrez assez de justice pour être persuadé que je les partagerai bien véritablement ; je vous prie d'en être convaincu comme des sentiments que vous savez si bien inspirer et avec lesquels j'ai Thonneur d'être, etc.

« La PaGERIE de BEAUHARNAn.

« Oserai-je vous prier , Monsieur, de me rappeler au souvenir de Mme Marlet. J'ai oublié de mander à mon papa, qu'il feroit grand plaisir à ma tante de lui envoyer du café des Ances-d'Arlets ; elle en fait une grande consommation chez elle, et mon papa* est jaloux d'avoir de bon café ; je vous serai bien obligée, Monsieur, de lui en parler. »

Lettre de la vicomtesse de Beauhamais à son père* ?

« Le 20 mai 1787.

a J'ai reçu , mon cher papa , la lettre de change

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