yoniteur, du
les circonstances de rarrestation du Roi , de la Reine, du Dauphin et des personnes de leur suite.
L'Assemblée tout entière gardait le silence recommandé par son président. M. de Toulongeon fut le premier à prendre la parole : « La royauté, dit-il, appartient à la nation, elle ne doit pas être avilie. Je demande donc que Ion ajoute au décret que votre comité doit vous présenter, que Ton rendra au caractère du Roi le respect qui lui est dû. » On décret est rédigé à Tinstant même et voté à l'unanimité, pour ordonner à toutes les autorités civiles et militaires « de protéger le retour du Roi , de repousser par la force, saisir et arrêter tous ceux qui oseraient porter atteinte au respect dû à la dignité royale. »
Singulier mélange d'idées et de sentiments contraires; situation bizarre d'une assemblée que le courant démocratique emporte et qui se sent retenue encore par le respect traditionnel de la royauté. De même en religion , elle innove jusqu'à changer le culte, pendant qu'elle se montre scrupuleuse observatrice des anciennes et plus démonstratives pratiques de l'Église. Après ce vote, en effet, en faveur de la royauté , le président, suivi de deux cents membres de l'Assemblée, quitte la salle afin de se rendre à la procession de la Fête-Dieu de la paroisse Saint-Gerniain-l'Auxerrois. A midi, cette députation rentre, précédée par la musique de la garde nationale jouant l'air du Ça ira^ et accompagnée de nombreux détachements qui se rangent en haie dans la salle. Le président ayant demandé pour eux la fa-
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veur d'être admis à prêter dans le sein de rAsseniblée le serment militaire rédigé la veille et exigé par elle, et celle-ci y ayant consenti, tous les gardes nationaux, dans un seul cri, jurent fidélité à la nation, au bruit des applaudissements réitérés de la salle et des tribunes. La musique reprend Tair du Ça ira! et les détachements sortent au milieu des marques du plus vif enthousiasme ^ La séance du soir, comme celle du lendemain matin, se passa à recevoir des députations de la garde nationale de Paris auxquelles le président était obligé de répondre , et à lire les adresses sans nombre que les provinces commençaient à envoyer à TAssemblée pour la féliciter de sa décision et lui promettre leur concours.
Alexandre de Beauharnais, qui était resté à son poste les nuits précédentes, dormant le jour, pendant l'interruption des délibérations, y passa encore toute la nuit du vendredi au samedi , avec la plus grande partie des membres de l'Assemblée; car, d'après les dépêches des commissaires envoyés sur la route de Varennes, on pouvait penser que le Roi arriverait d'un moment à l'autre. A minuit, en effet, un courrier descendit aux portes de la salle et fit passer au président une dernière lettre , par laquelle les commissaires lui annonçaient qu'ils espéraient être rendus à Paris avec la famille royale , ce samedi même dans la matinée. L'Assemblée rendit un décret portant l'établissement d'une garde civique pour faire le