Séance du 13 juin. (Moniteur du
ne tarderait pas à atteindre même les plus patriotes. Il crut nécessaire de répondre à cette attaque contre une classe entière, se la rendant ainsi trop personDelle, et il adressa à la Commune une longue lettre, en date du 20 juin, où il s'élevait contre la dénonciation de Varlet, et cette manie de créer des catégories entre les serviteurs de la même cause, et de vouloir exclure du service de l'État toute une classe de citoyens non responsables, disait-il, du malheur de leur naissance \
Mais comme il trouvait encore dans la Convention appui et confiance, Alexandre Beauharnais s'adonna tout entier à la grave entreprise dont il était chargé, la délivrance de Mayence, où vingt mille Français étaient assiégés par deux armées commandées par Brunswick, Wurmser et le roi de Prusse en personne. La France et l'Europe avaient les yeux sur lui, carde cette affaire dépendait le sort de la guerre. Un succès pouvait faire d'Alexandre de Beauharnais Tune des belles réputations et peut être un des grands généraux de son temps. Mais l'œuvre était singulièrement difficile.
Les défenseurs de Mayence, sous le commandement des généraux Dubayet et Doyré , étaient vigoureusement poussés. Depuis le 1 5 juin, la tranchée avait été ouverte devant cette place, et, pendant quinze jours, elle eut à essuyer le feu le plus terrible de la part des assiégeants; mais la garnison, pleine de résolution, supportait ces attaques avec un véritable héroïsme,
1. Cette lettre ne fut insérée que dans le Moniteur do 1^ juillet.
et, non contente de se défendre, exécutait, ainsi que rayait annoncé Beauharnais, des sorties vigoureuses qui faisaient grand mal à Tennemi .
Le général Beauharnais avait de son côté bien employé ce mois de juin qui lui était indispensable afin d'exercer, de connaître les corps nombreux placés sous ses ordres, d'en être bien connu et d'obtenir leur confiance. Pour débloquer Mayence, il Fallait aussi préalablement s'entendre avec Bouchard, commandant en chef l'armée de la Moselle, dont les manœuvres devaient converger vers le même but. Dans les derniers jours du mois, une conférence entre Beauharnais, ce général et les représentants du peuple près les deux armées, eut lieu à Bitcbe, et Ton y convint d*un plan d'opérations décisives pour le milieu du mois suivant, ce délai paraissant à tous nécessaire encore pour assurer le succès de l'entreprise.
Sur le point de prendre l'offensive, le général en chef de l'armée du Rhin adressa à ses soldats une proclamation longue et parfois diffuse comme tout ce qu'il écrivait, mais pleine de raison et de patriotisme, où il leur recommandait d'abord de bien traiter les habitants du pays situé entre Wissembourg et Mayence, et leur montrait une grande confiance dans le succès ': w Bientôt, leur disait-il, il faut l'espérer, nous pourrons revoir cette ville célèbre d'où nos frères nous tendent les bras. » Cherchant ensuite à les prémunir contre ces paniques trop fréquentes alors : « Il est superflu,
l. Voy. le Moniteur du 12 juillet.
je le sais, ajoutait-il, de parler à votre courage, mais votre esprit, que quelquefois on cherche à égarer, a besoin qu'une sollicitude fraternelle vous tienne en garde contre les plus dangereuses de toutes les menées. Les ennemis intérieurs et extérieurs savent que la guerre est un art qui veut une union de toutes les volontés, un concert entre tous les agents, une subordination qui, de grade en grade, assure celui qui commande qu'il règne un accord entre toutes les opérations militaires résultantes de ses dispositions générales. Ils connaissent toute Timportance de cette discipline qui, en combinant les forces individuelles, les multiplie. Ces ennemis, dans leur perfidie, cherchent à nous priver de toutes ces ressources, et pour nous les enlever, ils sèment quelquefois parmi nous répouvante et le désordre. Un traître répand artifi* cieusement que c'est la trahison qui conduit ce détachement au feu, que l'armée vient de faire retraite, qu'on est seul, qu'on est abandonné; alors de longues méfiances, si souvent légitimées, reprennent toute leur Force; le soldat qui se croit trahi par une disposition générale, quand il ne l'est que par le traître qui, à ses côtés, provoque la fuite, cesse un instant d'être ce citoyen courageux qui donne sa vie pour la défense de sa patrie, il devient un homme surpris qui se croit livré entre les mains de ses ennemis....
« Ouvrez donc les yeux, soldats de la patrie, livrei à la vengeance des lois, sans aucun ménagement, ceux qui jettent l'épouvante; restez inébranlables à votre poste; fermez Toreille aux traîtres comme aux
DE LlMPÊRATRICE JOSÉPHINE. 20i
lâches ; défendez-TOUs surtout de cette précipitation dangereuse qui vous expose à être quelquefois les meurtriers de vos caoïarades; et puisque enfin nous avons tous fait le serment de vivre libres ou mourir y attendons la mort au poste de l^honneur^ avec ce calme d*un républicain qui voit dans sa fin , avec jouissance, le principe d'un bien pour sa patrie; vendons enfin notre vie bien cher, et surtout ne laissons profaner la terre de la liberté par les satellites de la tyrannie, qu'après que tout notre sang, versé sur le champ de bataille, aura tracé ces mots qui feront renaître d'autres défenseurs, ces mots dictés par le dévouement du courage et du civisme , ces mots : — et Fidèles à leurs serments et dignes du nom français, u ils sont morts tous jusqu'au dernier ! »
C'est un style abondant, solennel, patriotique, mais qui n'entraîne pas et appelle, comme contraste, le souvenir de ces harangues énergiques et brèves qui précipiteront nos soldats d'Italie «ur les champs de bataille de Rivoli et d'Arcole. On y reconnaît ce penchant à la déclamation, cette recherche de l'éloquence particuliers au caractère d'Alexandre de Beauharnais et au goût de cette époque; et peut-être que ce ton était de mise et même nécessaire avec l'armée du Rhin composée en grande partie de volontaires nationaux chez lesquels le citoyen l'emportait sur le soldat. Toutefois il faut remarquer dans la proclamation du général Beauharnais, cette théorie frappante et si vraie de la trahison et des paniques militaires, qui peut expliquer bien des désastres d'alors.
Beauhnrnais prescrivit^ le 2 juillet, à toute larmée de se tenir prête, et le lendemain il fit lever les camps de Wissembourg et de Lauterbourg, et ordonna de se porter à quatre lieues de marche en avant, c'est-à-dire à une lieue des postes autrichiens; ce qai fut exécuté du 3 au 6 malgré la résistance des ennemis*. Parvenu à Herst, le général Beauharnais, menacé par les forces supérieures des armées combinées, s'y retrancha attendant les mouvements convenus de Tarmée de la Moselle, qui tardait à s'ébranler, et craignant d'être tourné si, avant la manœuvre d*Houchard, il continuait à s'engager vers Mayence.
Cette marche en avant était d'un bon augure. La Convention en rapprenant fit paraître une entière confiance dans Beauharnais. Mais on apprit aussi en même temps que les armées ennemies , se voyant menacées de deux côtés à la fois, faisaient tous leurs efforts pour emporter Mayence avant que cette ville fût secourue, et la bombardaient à outrance depuis huit jours. Cependant Beauharnais, par une voie sûre, avait reçu, jusqu'au 12 juillet, des avis de Mayence portant que la garnison tenait bon et que son moral était excellent, malgré les effets désastreux du bombardement et la pénurie de vivres et de munitions, alors à son plus haut point. L'armée du Rhin pou* vait donc arriver à temps, mais il fallait se hâter. I^ général prépara tout pour une action générale qui devait lui ouvrir le chemin de Mayence, et prit jour