Moniteur du 22 août
ce Un VŒU s'est manifesté dans quelques sociétés populaires, que ceux qui faisaient partie d'une classe ci-devant privilégiée fussent éloignés des armées. Quoique cette mesure me paraisse injuste, en ce qu'elle enveloppe, avec les détracteurs de la Republique, quelques-uns des plus chauds amis de la liberté; quoiqu'elle me paraisse impolitique, en ^ qu'elle tend à désorganiser les armées, il me suffit pour moi, qui suis membre des sociétés populaires, et qui toujours y ai montré la plus entière abnégation de mes intérêts, pour moi qui ne me suis vu porté que malgré moi aux premières fonctions de la République, il me suffit qu'une inquiétude atteigne une classe éteinte, mais dont j'ai fait partie, pour oublier moi-même mes titres nombreux à la confiance publique, et pour demander ma propre exclusion. C'est ce que j'ai fait par ma lettre à la Convention, que je joins ici. S'il avait été question de vous quitter, mes braves camarades, je n'en aurais jamais eu le courage, et ma conduite eût contrarié la vœu des sociétés populaires, jusqu'à ce qu'un décret de la Convention nationale eût prononcé sur cette question ; mais je ne sacrifie que Thonneur du commandement, et ce sacrifice est permis à qui se réserve l'honneur de mourir à vos côtés, en combattant pour vos droits....
« Ne nous laissons intimider, frères et amis, ni par les dangers intérieurs ni par les menaces extérieures; faisons notre devoir qui est tracé dans ces mots : La liberté ou la mort, et fermons les yeux à tout ce qui est étranger aux combats. Nos magistrats veillent
pour nous; ils assurent l'exercice de nos droits : défendons les frontières avec le même courage, sans nous mêler de la politique. C'est au jour heureux d'une paix établie sur notre indépendance reconnue, que nous nous occuperons, dans nos sections respectives, à émettre nos vœux sur les lois et le gouvernement. Alors, si l'opinion publique qui, dans un temps de révolution, est comme un torrent qui creuse son lit au milieu des obstacles, a suivi quelquefois des directions opposées, et entraîné dans quelques erreurs, redevenus citoyens délibérants, nous concourrons alors à les rectifier, ces erreurs, s'il en existe, et nous ajouterons notre part au faisceau des lumières qu'une révolution heureuse a recueillies, dans son cours, en faveur de la justice et de l'humanité. Jusqu'à cette époque, soyons soldats républicains, amis de l'ordre, unis ensemble, autant par une discipline exacte que par nos communes affections ; combattons avec courage, et mourons, s'il le faut, avec joie.
« Alexandre Beauharnais. »
Cependant, quoiqu'il eût donné sa démission, et précisément à cause de son parti bien pris de quitter le commandement en chef de l'armée du Rhin, le général Beauharnais redoubla d'activité et de soins pour maintenir à ses troupes la position respectable dans laquelle il les avait rétablies dès le 27 juillet.
Mais la Convention ne répondait point à sa demande. Se sentant de plus en plus impuissant à faire le bien à la tête d'une armée dont tout ce qui se pas-
sait à Paris diminuait journellement la discipline et le respect pour Tautorité du chef, le général renouvela ses instances au risque de tous les périls, aimant mieux partager le sort de ses collègues que de compromettrCy lors même que sa conscience n'eût rien à se reprocher, les intérêts de la patrie sur Timportante frontière du Rhin. Le 17 août, on lut à la Convention une nouvelle lettre de lui, dans laquelle il rendait compte que, le 12 du mois, il avait enlevé quelques postes aux ennemis et fait entrer un convoi dans Landau ^ Son rapport se terminait ainsi : (c Je vons ai écrit, le 3 de ce mois, une lettre où je vous conjurais de nommer un autre officier au commandement de l'armée du Rhin; mais cette lettre ne vous sera sans doute pas parvenue, car Je n'ai vu aucune feuille publique qui en fit mention. Le temps n'a point changé ma résolution; elle est inébranlable. J'ai le malheur de faire partie d'une classe ci-devant privilégiée, et quand l'opinion publique a élevé sur toute une caste une méfiance légitimée par un si grand nombre de ceux qui en faisaient partie, je dois provoquer moimême l'ostracisme, et vous solliciter de me permettre de prendre rang comme soldat parmi les braves républicains de cette armée. Je suis si résolu dans ce parti, que je ne cesserai de vous adresser journellement mes sollicitations. Elles ont été vaines auprès des représentants du peuple députés aux armées du Rhin et de la Moselle ; mais vous connaissez toutes les raisons «