‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 58 sur 317 · Id. du · texte numérisé non relu

Id. du

Devant une telle menace, personne ne pouvait se promettre de coucher sous son toit. Mais Alexandre de Beauharnais se sentait encore protégé par Taffection véritable et Testime dont il jouissait dans son département. On en voit la preuve dans une lettre que nous trouvons parmi ses papiers, copiée de la main même de Joséphine, et qui lui avait été adressée par la Société populaire de Blois, en réponse à celle que le général avait écrite pour Tinformer de son arrivée àlaFertéy et lui annoncer sa prochaine visite ^ Dans la seconde quinzaine de septembre, Alexandre de Beauharnais se rendit à Blois, où il fut très-chaleureusement accueilli. Vers la fin de ce mois, les habitants de la Ferté voulant lui donner une marque d'estime, et peut-être protéger sa vie menacée en le couvrant du prestige puissant alors d'une fonction la plus populaire et la plus modeste, le choisirent pour maire de leur commune. Le général consacra à Tadministra-

1. Voici cette réponse : « Ta lettre a été accueillie parmi nous avec les transports de l'amitié ; nous t'est imons, nous te chérissons, nous regrettons que les circonstances t'aient forcé de t'arréter au milieu de ta carrière militaire; nous te louons d'avoir fait à l'opinion de tes concitoyens le sacriGce de la gloire que tu étais en chemin d'acquérir. Un homme assez grand pour refuser le ministère et se démettre du généralat est un sans-culotte.

c Tu nous donnes une bien douce espérance, celle de te voir résider au milieu de nous , et d'y discuter avec toi les grands intérêts de la République.

« Veille sur ta santé oomme sur un dépôt précieux à la patrie, et puisque les délassements de l'amitié sont le baume de la vie, hâtetoi de venir au sein de tes amis.

€ Le comité de correspondance , c Signé : Rochejean , Bergeb , Doublot. « Blois, le 2 septembre 17S|3* »

tion de cette humble bourgade toutes les facultés d*un esprit actif et ardent, mais dont aucune préoccupation d'avenir ne pouvait troubler la sérénité. C'est ce qu'il dit à son père dans cette lettre en date du 1 1 octobre : « Non jamais je n'aurais cru qu'en quittant une vie aussi active que celle de l'armée, le temps écoulé dans le calme d'une solitude eût été aussi rapide. La fin du jour arrive pour moi aussi promptement qu'avant ma retraite. Il est vrai que ma tête n'est point oisive ; elle se fatigue en combinaisons pour le salut de U République, comme mon cœur s'épuise en efforts et en vœux pour le bonheur de mes concitoyens. A la fin du mois dernier j'ai été nommé maire de cette commune, ce qui concilie avec le besoin que j'avais du repos et de ma solitude, le désir de n'être point étranger aux fonctions publiques. J'ai été parfaitement reçu à Blois, dans un petit voyage que j'y ai fait il y a quinze jours, et surtout bien accueilli par la Société populaire. »

Mme de Beauharnais, à qui le séjour de la capitale n'était point interdit, venait parfois, pour les intérêts communs, à Paris et à Fontainebleau où elle conduisait ses enfants. Par le moyen de ses deux tantes, elle cherchait auprès des influences du jour des appuis pour son mari, qui consentait bien à se faire oublier, mais ne voulait point fuir*. Tels étaient do reste les sentiments et la position de toute cette fa-

1. La comtesse Fanny jouissait surtout d'un utile crédit par son ancienne intimité avec le poëte Dorat-Cubières, secrétaire adjoint de la Commune de Paris. {Moniteur du 11 août 1793.)

mille. Le vieux marquis de Beauharnais résidait à Fontainebleau avec Mme de Renaudin ; Mme Fanny de Beaubamais restait en plein Paris avec sa fille, femme du frère aîné d'Alexandre, qui depuis plus d'un an avait rejoint Tarmée des princes, accroissant ainsi les dangers de tous les siens. Père, frère^ femme, belle-mère, belle-sœur d'émigréj c'était bien là, d'après la menaçante définition du décret du 17 septembre, une famille entière de suspects.

Nous en parlons bien à notre aise aujourd'hui que de telles situations sont loin, et qu'on n'en croit pas le retour possible; mais on conviendra qu'il fallait à toutes ces personnes compromises par leur seule qualité, leurs titres ou leur rôle politique, une rare fermeté et un patriotisme bien profond pour rester ainsi inébranlables en France, quand chaque jour le tribunal révolutionnaire retentissait des noms de leurs amis les plus intimes. Joséphine lia courageusement son sort à celui de son époux, ferme et décidée entre toutes, malgré sa faiblesse apparente, mais néanmoins plaçant humblement son espoir dans la Providence , qui seule aujourd'hui pouvait les sauver.

Un premier malheur vint avertir la famille de Beauharnais. Le 3 novembre, la femme du fils émigré fut arrêtée et conduite à la prison de Sainte- Pélagie*. Chacun de ses proches put craindre son arrestation pour le lendemain. Cependant Joséphine

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