‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 60 sur 317 · Voy . ces relevés officiels dans le Moniteur · texte numérisé non relu

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roy, l'amiral d'Eslaing, Tancien ministre de la guerre comte daLa Tour-du-Pin, le comte de Béthune-Charost, le premier président de Nicolaï. Le 22, ce fut le tour de d'Épréménil, de Chapelier et de Thouret, exécutés avec leur titre de membres de TAssemblée constituante, et uniquement à cause de cette qualité. Dans la même charrette on apercevait le vénérable Malesherbes, sa sœur, veuve, depuis le 20, du président Le Pelletier-Rosambo , le marquis de Châteaubriant et sa femme, les duchesses du Châtelet et de Grammont. On le voit, ce n'était plus seulement aujourd'hui la tête des généraux soupçonnés de trahison qui tombait; on choisissait les victimes parmi ceux dont tout le crime était de rappeler les souvenirs de la France monarchique, et ce n'étaient plus les honunes seuls, mais les femmes, qui venaient à présent expier sur Téchafaud la tache de leur nom ou de leur parenté!

Mme la vicomtesse de Beauharnais se faisait trop voir pour ne pas se compromettre. Son tour arriva enfin. Elle fut arrêtée vers le 20 avril, dans la même journée où elle s'était présentée à la Section pour retirer son passe-port, afin d'obéir à la loi qui donnait dix jours à tous les ex-nobles pour sortir de Paris. Sa plus grande préoccupation, à ce moment, fut de se voir séparée de ses enfants sans savoir ce qu'ils allaient devenir. Elle fut renfermée dans lancien couvent des Carmes, depuis deux ans converti en prison, et se sentit prise d'un frisson bien naturel en franchissant ce seuil teint encore du sang de Septembre.

Le général obtint d'être enfermé dans la même maison que sa femme^ quoique dans un quartier différent, ainsi que le prouvent ces trois billets authentiques publiés par la fille des prisonniers.

a De la prison des Carmes, le 9 floréal an ii (28 avril 1794) •.

c Ma chère petite Hortense , il m'en coûte d*être

séparée de toi et de mon cher Eugène ; je pense sans

cesse à mes chers petits enfants que j'aime et que

j*embrasse de tout mon cœur.

*< Joséphine. »

« Ma chère petite Hortense, tu partages donc mes regrets de ne pas te voir, mon amie; tu m'aimes et je ne peux t'embrasser. Pense à moi, mon enfant, pense à ta mère ; donne des sujets de satisfaction aux personnes qui prennent soin de toi, et travaille bien : c'est par ce moyen, c'est en nous donnant l'assurance que tu emploies bien ton temps, que nous aurons plus de confiance encore dans tes regrets et dans tes souvenirs. Bonjour, mon amie; ta mère et moi sommes malheureux de ne point te voir. L'espérance de te caresser bientôt nous soutient, et le plaisir d'en

parler nous console.

(c Alex. Beauhariiais. »

« De la prison des Carmes, an ii (1794).

w Ma chère petite Hortense, dis à la citoyenne La-

1. Lettres de Napoléon à Joséphine, de Joséphine à Napoléon, et de la même à sa fille, Paris, 1833, chez Firmin Didot, t. U, p. 202.

noy que je ne verrai ton papa que dans trois heures d'ici, et que je lui enverrai ce qu'elle m'a demandé hier. Je suis bien aise, ma chère fille, d'avoir une petite lettre de toi ce matin et une de mon cher Eugène; elles me font beaucoup de bien. Je t'embrasse de tout cœur , je t'aime de même, mon cher enfant. Embrasse bien tendrement pour moi la citoyenne

Lanoy.

<c Joséphine BEÀuaARNAis. »

Parmi les compagnes de captivité de Joséphine se trouvait Mme la duchesse d'Aiguillon, depuis comtesse Louis de Girardin , qui partageait avec elle et deux autres prisonnières l'une des cellules des anciens religieux de la maison. Là aussi, Mme de Beauharnais rencontra pour la première fois une femme déjà célèbre par sa beauté , en attendant le moment prochain où elle allait demander à l'amour de Tallien sa délivrance en même temps que laffranchissement de son pays. C'est dans cette sombre prison des Cannes que triomphe surtout ce caractère sympathique et doux de Joséphine, qui sut se faire aimer dans toutes les phases les plus diverses de la fortune. Mme Ducrest nous la montre ennemie de toute discussion, étrangère à tout parti extrême, détestant les conversations politiques, et vivant en bonne intelligence avec tous ces cercles divisés d'opinions, qui disputaient encore sous les verroux avec une aigreur souvent calmée par ses soins conciliants*, a Bienveillaote

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