Éloge de M. de Tascher, par M. Baudry dei
DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. t57
lettres destinées à jeter du jour sur cette période si peu connue de son existence :
c Le 20 novembre 1794 (sans désignation de lieu)*.
« Une personne qui part pour la Nouvelle-Angleterre se charge, ma chère maman, de vous faire parfenir cette lettre. Je serai bien heureuse qu'elle puisse TOUS apprendre que votre fille et vos petits-enfants se portent bien. Vous avez sans doute appris le malheur qui m'est arrivé. Je suis veuve depuis quatre mois! il ne me reste de consolation que mes enfants, et
(TOUS, ma chère maman, pour unique soutien. Mon TOBu le plus ardent est de nous voir réunis un jour, et fespère bien que les circonstances nous serviront wsez bien pour le voir réaliser.
« Adieu, ma chère maman; recevez mes tendres embrassements et ceux de vos petits-enfants : il ne se ptôse pas de jours que nous ne parlions de vous, et quenous n'aspirions au bonheur de vous voir. Adieu encore, ma chère maman.
w Votre fille qui vous aime de tout son cœur, « La Pagerie, veuve Beauharnais.
« Ne m'oubliez pas auprès des parents et amis. Bonjour à tous les nègres de l'habitation. Mille amitiés au citoyen Blanque. »
Toujours apparaît cette même bonté de cœur qui, â celte distance, s'inquiète non-seulement des amis, mais des serviteurs les plus infimes.
1. Archives de famille. — L'adresse porte : A la veuve La Paj^/ei SUT son habitation, aux Trois-lkU^ à la^MarUnique. 1 17
En faisant savoir à sa mère, au sortir de prison, la perte affreuse qui venait de la frapper, Joséphine lui avait appris également que les biens de son mari ayant été confisqués, elle se trouvait par là privée de toutes ressources avec ses deux enfants, sans possibilité de recourir à sa famille de France en proie aux mêmes embarras. Depuis longtemps, à cause des malheurs de Tépoque, elle avait été obligée de s'adresser à la bourse de quelques amis, mais qui ne sont pas, on le verra bientôt, ceux qu'on a désignés. Elle faisait donc appel à la tendresse si connue et tant éprouvée de sa mère , pour Taider à traverser cette crise difiicile et lui procurer, en même temps, les moyens de rembourser ce qu'elle devait déjà. Qu'on ' nous permette d'insister sur tous ces détails d'affaires; ils tiennent essentiellement à la biographie de Joséphine, dont la suprême fortune ressortira plus resplendissante par le contraste de cette dure époque de sa vie.
Quatre mois après le 9 thermidor, Mme de Beauharnais n'avait encore reçu aucune nouvelle de la Martinique. Les Anglais entravaient de tous leurs moyens les communications des Français d'outre-mer avec une métropole que ceux-ci regardaient toujours comme leur patrie, et surtout ils empêchaient tout envoi en France de marchandises, de numéraire ou de valeurs. Le 20 novembre, sans savoir si elle serait plus heureuse que les fois précédentes, Mme de Beauharnais écrivit à sa mère ce billet que nous trouvons dans la correspondance de sa famille, à côté de deux autres
DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. t57
lettres destinées à jeter du jour sur cette période si peu connue de son existence :
c Le 20 novembre 1794 (sans désigDation de lieu)*.
Œ Une personne qui part pour la Nouvelle-Angleterre se charge, ma chère maman, de vous faire parvenir cette lettre. Je serai bien heureuse qu'elle puisse vous apprendre que votre fille et vos petits-enfants se portent bien. Vous avez sans doute appris le malheur qui m'est arrivé. Je suis veuve depuis quatre mois! il ne me reste de consolation que mes enfants, et vous, ma chère maman, pour unique soutien. Mon vœu le plus ardent est de nous voir réunis un jour, et j'espère bien que les circonstances nous serviront assez bien pour le voir réaliser.
« Adieu, ma chère maman; recevez mes tendres embrassements et ceux de vos petits-enfants : il ne se passe pas de jours que nous ne parlions de vous, et que nous n'aspirions au bonheur de vous voir. Adieu encore, ma chère maman.
w Votre fille qui vous aime de tout son cœur, « La Pagerie, veuve Beauharnais.
(( Ne m'oubliez pas auprès des parents et amis. Bonjour à tous les nègres de l'habitation. Mille amitiés au citoyen Blanque. »
Toujours apparaît cette même bonté de cœur qui, à cette distance, s'inquiète non-seulement des amis, mais des serviteurs les plus infîmes.
1. Ar(hi\('s (le fHmille. — L'adresse porte : A la veuve La Pa» </er/e, sur so't habitation, aux Troi^-lkU, à la^MarUnique. I * 17
Ainsi que nous le verrons par les lettres qui vont suivre, déjà, depuis près de deux ans, Joséphine, comme tous ceux dont les revenus étaient assis sur des propriétés forcément négligées et parfois même entièrement abandonnées, s'était trouvée singulièrement gênée. En 1792 et en 1793, la présence continuelle de M. de Beauharnais aux armées avait réduit sa famille presque aux seuls émoluments de ses différents grades, alors irrégulièrement et peu rétribués. Pendant les six premiers mois de Tannée suivante, Temprisonnement des deux époux contribua encore à une ruine que vint achever la triste mort du général et la confiscation de ses biens, dont sa femme fat beaucoup plus longtemps qu'on ne Ta dit à pouvoir rien retirer. A cette époque de pénurie universelle, Mme de Beauharnais n'aurait su comment pourvoir à l'entretien de sa famille, si elle n'avait rencontré ud appui tout amical, une assistance empressée chez un honorable commerçant de Dunkerque, M. Emmery, banquier et armateur à la fois, et de plus consul de Suède ^ et chez l'associé de celui-ci, M. Vanhée.
Ce sont là des noms qui apparaissent pour la première fois dans la biographie de Joséphine , et qui doivent remplacer ceux de prétendus bienfaiteurs exclusivement nommés jusqu'ici. M. Emmery, celui des deux associés qui parait intimement lié avec Mme de Beauharnais, était sans doute aussi en rapport avec Mme de La Pagerie, et lui servait de com-