‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 69 sur 317 · Voy. Moniteur du 13 mars · texte numérisé non relu

Voy. Moniteur du 13 mars

missionnaire pour le transport et la vente de ses sucres dans le port de Dunkerque, qui entretenait des relations fructueuses et suivies avec la Martinique avant la grande fortune du port rival du Havre. MM. Emmery et Yanhée en avançant à Joséphine des sommes assez importantes, à titre de prêt, savaient bien par leur connaissance de la position de sa mère, que tôt ou tard ils seraient remboursés. Mais ceci n'ôte rien au mérite de leur conduite et au prix de leurs bons sentiments, dont Mme de Beauharnais s'est louée avec reconnaissance et effusion.

Nous n'avons pas les lettres de Mme de La Pagerie pendant la Révolution, et de celles de sa fille, nous n'en trouvons que deux appartenant à cette année 1795, si décisive dans son existence. Nous y voyons qu'elles avaient formé le projet de vivre ensemble en France, projet longtemps caressé par Joséphine, et dont Mme de La Pagerie , attirée par les malheurs de sa fille, et dégoûtée de la Martinique depuis la conquête des Anglais, annonçait la réalisation prochaine. Mais en attendant, Mme de Beauharnais, d'après les conseils de ses amis, indiquait à sa mère les moyens à prendre pour l'accomplissement de leur vœu et leur tranquillité commune, dans cette lettre où Ton va trouver des indications toutes nouvelles sur sa véritable situation pendant Tannée qui précéda son second mariage.

c Le 1" janvier 1795 (sans désignation de lieu).

a C'est notre bon ami Emmery qui me procure l'occasion de causer avec vous, ma chère maman ; je

n'en manque aucune; depuis un mois eu voilà trois que je saisis avec empressement. J'espère que les tendres expressions de votre pauvre Yeyette et de ses enfants vous parviendront; elle a bien besoin d'en recevoir de vous; son cœur souffre d'en être si longtemps privée.

« M. Emmery vous écrit en même temps que moi pour vous dire combien il est avantageux pour vous et pour moi de faire passer des fonds à Hambourg i MM. Mathiesen et Sissen pour être renvoyés à MM. Emmery et Wanhée, et à moi une procuration pour en faire le placement.

fc Vous avez sans doute appris les malheurs qui me sont arrivés et qui ne me laissent avec mes enfants d'autres moyens d'existence que vos seules bontés. Je suis veuve et privée de la fortune de mon mari ainsi que ses enfants. Vous voyez, ma chère maman, combien j'ai besoin d'avoir recours à vous. Sans les soins de mon bon ami Emmery et de son associé, je ne sais ce que je serais devenue. Je connais trop votre tendresse pour avoir le plus petit doute sur l'empressement que vous mettrez à me procurer les moyens de vivre et de reconnaître, en m'acquittant, ce que je suis redevable à M. Emmery. Le moyen sûr que je vous indique peut nous servir toujours, ou ceux que M. Emmery vous indiquera. Vous pouvez vous fier à lui et suivre la route cpi'ii vow tracera. D'après cela je compte sur vos bontés pour ne pas me laisser plus longtemps dans le besoin, et me faire, tous les trois ou quatre mois, un envoi.

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ce Mes enfants se portent bien ; ils vous aiment et vous embrassent bien tendrement; j*en fais autant, ma chère maman. Que j'aspire après Tinstant qui nous réunira pour ne plus nous quitter I C'est le vœu le plus ardent de votre pauvre Teyette.

« Après que ma lettre a été finie, M. TVanhée, associé de la maison d'Emmery et Wanhée, de Dunkerque, arrivé de cette ville, me conseille de vous engager à faire passer , soit à Londres ou à Hambourg, les fonds que je vous demande ; et comme ils ont ma con* fiance sans bornes, je vous prie, ma chère maman , de faire tout ce qu'ils vous conseilleront de faire pour le plus grand avantage de vos intérêts et des miens.

o Adieu , je vous embrasse encore de tout mon cœur, a La Pàgbriê, veuve BEÀUHÀRIfAls^ »

Mais, au sortir de la guerre civile qui avait désolé la Martinique, la mère de Joséphine avait vu aussi, malgré son administration habile, ses propriétés négligées et ses revenus diminués. Elle s'empressa de faire passer à sa fille quelques légères sommes que leurs amis refusèrent évidemment de retenir, et qui servirent à celle-ci à subsister, en attendant que des envois plus considérables lui permissent de s'acquitter, et Joséphine resta près d'un an encore dans cette position de jour en jour plus précaire. Bientôt, en effet, survint la disette de 1795, qui réduisit les habitants de Paris à la dernière nécessité. Comme tant d'autres alors, Mme de Beauharnais, malgré l'assis-

1. Cette lettre ne porte pas d'adresse, ayant été (expédiée sous enveloppe.

tance de ses amis de Dunkerque qui partageaient la gène commune^ fut souvent embarrassée de trouver un morceau de pain'.

Aux prises avec de tels besoins, Tarriéré de Joséphine s'accroissait encore, et des sommes plus fortes lui devenaient nécessaires. Comme les envois d'argent étaient toujours très-difTiciles entre la Martinique et la France, Mme de BeauharnaiSi pressée par sa position et par la nécessité de pourvoir à Téducation de ses enfants, se décida, d'après les conseils de M. Emmery, à se rendre à Hambourg pour y trouver des moyens plus sûrs de faire tenir ses lettres à sa mère, et afin de s'entendre avec les correspondants choisis par son ami pour recevoir les fonds que Mme de La Pagerie voudrait faire passer à sa fille. Ce voyage dans le centre le plus fréquenté derÉmigratioo française, n'a été connu d'aucun des biographes de l'Impératrice Joséphine. On ne saurait y voir une tentative, une velléité quelconque d'émigrer. Ce fut un

l. C'est à cette année que se rapporte le souvenir consigné parsoo annaliste et que Joséphine aimait à redire aux jours de sa puissance: t L'Impératrice, dit Mme Ducrest (chap. xxxvi), parlait souvent du temps où elle avait connu la misère; elle se souvenait toujours avec reconnaissance des services qu'elle avait reçus à cette époque. Celoi qui l'avait touchée le plus, et sur lequel elle revenait avec un sensible plaisir, lui avait été rendu par Mme Dumoulin, femme fort riche et très-obligeante. Lors de la disette, Mme de Beauharnais dînait tous les jours chez cette excellente personne qui réunissait cbei elle un petit nombre d'amis dont la fortune était peu considérable; chacun apportait son pain , qui alors était un objet de luie. Mme Dumoulin sachant que Mme de Beauharnais était plus pauvre encore que les autres , la dispensa de cet usage, ce qui fit dire i celle-ci, qu'elle recevait positivement son pain gtiotidien. i

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pur voyage d'affaires^ une rapide expédition de véritable mère de famille.

La maison de banque Mathiessen et Sissen, qui figure dans la précédente lettre de Mme de Beauharnais, et avec laquelle M. Emmery l'avait mise en rapport, comptait parmi les plus considérables et les plus estimées de la ville de Hambourg. M. Mathiessen était presque Français, ayant épousé, cette même année, Mlle Henriette de Sercey, nièce de Mme de Genlis, et cousine de Mme Ducrest, qui a consacré le souvenir de ce parent dans ses Mémoires sur Tlmpératrice. Elle en parle ainsi' : « M. Mathiessen, très-riche banquier, excellent honune, fort laid, mais rachetant les défauts de sa figure par toutes les qualités de Tâme : sa maison était ouverte à tous les Français et sa bourse à tous les malheureux. » Mme de Genlis confirme cette bonne renommée de Tépoux de sa nièce et rappelle « Tun des négociants de Hambourg les plus distingués par son mérite, sa fortune et la considération dont il jouissait*. »

Mme la vicomtesse de Beauharnais se rendit donc à Hambourg dans la seconde quinzaine d'octobre 1795, et elle y fut reçue d'une façon distinguée par M. Mathiessen, qui la guida avec son obligeance accoutumée et son expérience de banquier, dans la rédaction et renvoi des lettres de change qu'on lui avait conseillé de tirer sur sa mère, comme le moyen le plus simple

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