Biographie Micl.aud, art. Eugène Beauiiamaiu
étaient Mmes d'Aiguillon, Récamier, de Château-Renard et de Fontenay. Joséphine avait dû à cette dernière sa prompte liberté; elle lui dut, au sortir des Carmes y consolation, assistance et protection, car bientôt devenue la femme du principal et du plus influent acteur de la révolution thermidorienne, Mme Tallien jouissait d'un crédit qui n'avait d'égal que la générosité de son cœur. Elle parvint à faire rendre à Mme de Beauharnais une partie des biens de son mari ; aussi à aucune époque Joséphine, qui a dit : Fax l'horreur de f ingratitude j ne dissimula sa reconnaissante amitié pour une femme qui, à la honte du cœur humain , fit presque autant d'ingrats que d'heureux*.
Chez Mme Tallien, qu'elle visitait souvent à Chaillot, Joséphine rencontra évidemment le représentant Barras que le 9 thermidor avait placé aussi sur le pre* mier plan. Nous ne savons si pour le succès de ses démarches auprès du gouvernement d'alors, Mme de Beauharnais eut occasion de s'adressera lui; quoi-
1. « On l'appelait, dit l'honnête Thibaudeau, Noire-Dame de Thermidor^ car elle rendait service aux malheureux de tous les partis. Cela n'empêcha pas les royalistes, par une injure gratuite et une ingratitude atroce, de la nommer Notre-Dame de Septembre, faisant allusion aux massacres des 2 et 3 septembre 1792, pendant lesquels Tallien était secrétaire de la Commune de Paris. Mme Tallien était recherchée et courtisée à la fois pour elle-même et pour l'influence de son mari dans les affaires ; elle était l'ornement de toutes les fêtes et l'âme de tous les plaisirs. Elle régnait sans avoir les embarras du trône : son empire sécha bien des larmes , et n'en coûta, que je sache, à personne, t (Mémoires sur la Convention et le Directoire, par A. C. Thibaudeau. Paris, 182^, t. I, p. 131.)
Mais tout le monde ne professait point cette ingratitude décidée,
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qu'il Boit permis de supposer qu'ayant à sa disposition Tallien et sa femmes c'est-à-dire les deux principaux personnages du moment, elle à dû se dispenser de recourir à d'autres. Mais lors même qu'il se serait établi entre le futur directeur et Mme la vicomtesse de Beauharnais des relations de société, c'est procéder comme le monde qui se contente de suppositions et de commérages, et non comme Thistoire, qui veut des preuves, des présomptions au moins, que d'affirmer une liaison peu honorable, et dont on a besoin, au reste, pourétayer le système dont on va bientôt reconnaître la fausseté, de la promotion du général Bonaparte à la tète de l'armée d'Italie par le crédit de Mme de Beauharnais et la gracieuseté de Barras. Quant à une intimité de cette nature à partir du 4 novembre, jour de l'intronisation du Directoire au Luxembourg, sous les yeux de Bonaparte bientôt si amoureux et toujours si jaloux, elle est non-seulement invraisemblable de la part d'une femme ayant le moindre respect d'ellemême, mais elle est de plus impossible.
C'est vers cette époque à peu près , que Mme de
el la conduite de Mme de Beauharnais trouva quelques imitateurs, c S'il est affligeant de citer de pareils traits, dit Mme Ducrest, qui rapporte un de ces faits d'oubli les plus caractéristiques, il est consolant d'avoir à leur opposer une conduite honorable. Mme de BouN flers eut à se louer de Mme Tallien ; elle fut chez elle assidûment, et contribuait par son esprit à l'agrément d'une conversation aimable. Elle était accompagnée de son mari et de son 61s, M. Eizéar de Sabran, dont J'ai déjà parlé. Ils refusaient les invitations se rencontrant avec les soirées de Mme Tallien.... La conduite de cette famille si généralement estimée fut approuvée de tout le monde. > (JHémoires 9ur l* Impératrice Joséphine^ chap. xxxvi.)
BeaubaroMs quitta son logement de la rue de TUniversité pour aller habiter, rue Cbantereine, la maison qu'elle venait d acheter à Talma et où celui-ci et sa femme avaient, durant toute la Révolution, reçu dan^ la plus gracieuse hospitalité les célébrités politiques, littéraires et artistiques du jour *. Joséphine arrivait alors à une meilleure fortune. En outre des ressources qu'elle avait rapportées de Hambourg, elle obtenait, grâce au crédit de Tallien, d'importantes restitutions, et sa mère, non contente de faire honneur à la signature de sa fille, avait recommencé ses envois réguliers de fonds que les derniers excès de la guerre civile avaient seuls interrompus. Mme la vicomtesse de Beauharnais put reprendre un certain état de maison, et l'on vit se reformer dans son salon quelques restes de cette bonne compagnie si longtemps dispersée, et au sein de laquelle sa vie s'était écoulée. C'est un souvenir que nous a transmis Napoléon luimême. (( A peine Teut^il connue, ajoute le Mémorial de Sainte-Hélène f qu'il passait chez elle toutes ses soirées. C'était la réunion la plus agréable de Paris. Lorsque la société courante se retirait, restaient alors d'ordinaire M. de Montesquieu, le père du grand chambellan, le duc de Nivernais, si connu par les grâces de son esprit, et quelques autres. On regardait si les portes étaient bien fermées, et l'on se disait : Causons de l'ancienne cour, faisons un tour à Versailles*.» Au lendemain de la Terreur et au sortir des camps,