‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 78 sur 317 · Mémorial y Impartie, p · texte numérisé non relu

Mémorial y Impartie, p

DE L'IMPËRATRICE JOSÉPHINE. f85

Napoléon trouva un grand attrait dans ces relations de Mme de Beaubarnais, en attendant qu'il y puisât une influence politique et un moyen de popularité.

Chez un caractère comme celui du jeune général, l'amour fit des progrès rapides. Nous ne savons où l'on a pris que Napoléon n avait jamais aimé, que son génie avait effacé son cœur, et que chez lui Tambition avait tué le sentiment. Il a éprouvé pour Joséphine Tune des plus violentes passions que jamais homme ait ressenties.

Rien de plus vrai, de plus saisissant et de plus sincère : sa correspondance, écrite sans arrière-pensée , nous le prouvera tout à l'heure. On a gardé et Napoléon a consigné même, dans ses Mémoires^ le souvenir de quelques affections de sa première jeunesse qui indiquent que son cœur s'était éveillé de bonne heure ; mais aucune femme ne lui avait inspiré jusqu'ici ce sentiment profond, enthousiaste, dévoué, qui constitue l'amour.

En effet, dès qu'il eut rencontré Joséphine sur son chemin, il fut fasciné, le mot est juste, par ce charme souverain qui régnait sur toute la personne et les manières de la belle créole. Mme la vicomtesse de Beauharnais avait alors trente-deux ans, mais elle en paraissait au plus vingt«six, justifiant ainsi une galanterie de l'acte de son second mariage, perpétuée jusqu'en 1814 par l'Almanach impérial. Nous ne connaissons d'elle aucun portrait, buste ou dessin de cette époque. Quant aux auteurs de mémoires, ils l'ont

presque tous dépeinte vers le commencement du Consulat, telle qu'elle trônait déjà aux Tuileries avant d'y régner. C'est une fois parvenu à cette date que nous devrons réunir les principaux traits de sa physionomie et de son caractère, épars dans les écrits contemporains y .afin d'en former Timage fidèle de celle qui eût été remarquée lors même qu'elle n'eât point figuré sur un piédestal aussi élevé. Par Téloge qu'on fait de ses traits, de sa tournure, de son regard expressif, de son fin et doux sourire, du charme de sa conversation , de Tharmonie de sa voix , de sa grftce incomparable surtout, mélange d'élégance française et de laisser aller créole , il est aisé de se représenter ce qu'était Joséphine cinq ans auparavant, lorsque le général Bonaparte en devint amoureux. Ce n'était point une beauté, si l'on veut entendre par là cette perfection qu'offraient alors Mme Tallien , et plus tard , la princesse Pauline, sœur de Napoléon; mais Joséphine réalisait d'une manière complète le type de la jolie femme : comme nous dirions aujourd'hui, elle était un modèle achevé de distinction. C'est par là, c'est par cette supériorité de manières et de ton que Bonaparte lui reconnaissait sur lui , qu'elle le séduisit surtout. Cet homme de guerre, ce général républicain, vivant tantôt dans les camps et tantôt au milieu de mœurs qui affectaient la rudesse, avait reçu en naissant ce goût de la distinction qui se développa dans quelques hautes sociétés de sa première jeunesse, pour obtenir une entière satisfaction à sa double cour de Consul et d'Empereur.

Sans s'en rendre compte peut-être, il fut autant attiré par la position sociale de Mme de Beauharnais que par les charmes de sa personne. Un de ses anciens aides de camp qui détestait trop le fils pour aimer la mère, s'étonne que Bonaparte se soit cru flatté d'épouser Mme de Beauharnais ^ Gela se comprend cependant, si Ton veut parler de ces choses comme en parle la société, et les j uger en tenant compte de la position respective des parties à Theure du mariage. Issue d'une famille aussi ancienne qu'honorable, veuve d'un brillant gentilhomme devenu général, qui avait marqué comme président de l'Assemblée constituante, et dont la République avait voulu faire un ministre, bien apparentée des deux côtés, relativement riche, ayant depuis son arrivée en France véeu et brillé dans le plus grand monde de Paris et de Versailles, qui reprenait le chemin de sa maison, Mme la vicomtesse de Beauharnais était évidemment ce qu'on appelle un bon parti pour le général de l'armée de Tintérieur, dont les comités et le gouvernement connaissaient, il est vrai, le mérite, mais dont le génie ne s'était point encore révélé, et qui pouvait comme tant d'autres rester ou périr à la guerre simple général.

Toutefois ce ne fut pas l'intérêt qui décida Bonaparte à épouser Joséphine. Il ne connaissait point, il ne foulut point connaître sa position de fortune. Quant à la carrière militaire du jeune général, elle ne dut

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