‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 89 sur 317 · Collection Didot, t. i^ p · texte numérisé non relu

Collection Didot, t. i^ p

Mon bonheur est d'être près de toi. Sans cesse je repasse dans ma mémoire tes baisers , les larmes, ton aimable jalousie ; et les charmes de T/ncomparable Joséphine allument sans cesse une flamme vive et brûlante dans mon cœur et dans mes sens. Quand, libre de toute inquiétude, de toute affaire, pourrai-je passer tous mes instants près de toi, n'avoir qu'à t'aimer, et ne penser qu'au bonheur de te le dire et de te le prouver? Je t'enverrai ton cheval; mais j'espère que tu pourras bientôt me rejoindre. Je croyais t'aimer il y a quelques jours, mais depuis que je t'ai vue, je sens que je t'aime mille fois plus encore. Depuis que je te connais, je t'adore tous les jours davantage : cela prouve combien la maxime de La Bruyère que l'amour vient tout d*un coup est fausse. Tout, dans la nature, a un cours et différents degrés d'accroissement. Ah! je t'en prie, laisse-moi voir quelques-uns de tes défauts ; sois moins belle, moins gracieuse, moins tendre, moins bonne surtout; surtout ne sois jamais jalouse; ne pleure jamais; tes larmes m'ôtent la raison , brûlent mon sang. Crois bien qu'il n'est plus en mon pouvoir d'avoir une pensée qui ne soit pas à toi, et une idée qui ne te soit pas soumise.

« Repose-toi bien. Rétablis vite ta santé. Viens me rejoindre, et, au moins, qu'avant de mourir nous puissions dire : Nous fûmes tant de jours heureux ! ! »

Chose surprenante et pleine de charme de voir ce jeune mari entre un ordre du jour qui est le programme d'une victoire adressé à Masséna et à

Augereau , et uoe de ces dépèches au Directoire dont rhistoire a fait de glorieuses pages y tracer toutes ces chaudes tendresses, ces mièvreries de passion conjugale , en courant de Lodi à Gastiglione, ayant sur son cœur 9 comme un talisman , les lettres et le portrait de sa femme !

Le lendemain, du même heu^ Bonaparte adresse à Joséphine cette seconde lettre où il est à la fois question, et dans un piquant désordre, du chantre de V Enéide f d'un sanglant combat, de son affection pour les enfants de sa femme, qu'il aime en père tendre, et surtout de sa brûlante tendresse pour son adorable, mais selon lui trop froide Joséphine* : (( J ai passé toute la nuit sous les armes. J'aurais eu Mantoue par un coup hardi et heureux, mais les eaux du lac ont promptement baissé , de sorte que ma colonne, qui était embarquée, n'a pas pu arriver.... Je reçois une lettre d'Eugène, que je t'envoie. Je te prie d'écrire de ma part à ces aimables enfants, et de leur envoyer quelques bijoux. Assure-les bien que je les aime comme mes enfants. Ce qui est à toi ou à moi se confond tellement dans mon cœur, qu'il n'y a aucune différence. Je suis fort inquiet de savoir comment tu te portes, ce que tu fais. J'ai été dans le village de Virgile, sur les bords du lac, au clair de la lune, et pas un instant sans songer à Joséphine ! L'ennemi a fait, le 28, une sortie générale ; il nous a tué ou blessé 200 hommes; il en a perdu 500,

Page 1