Collection Didot, 1. 1", p
charmant : «J'ai reçu, dit-il , un courrier de Paris. Il y avait deux lettres pour toi; je les ai lues. Cependant, bien que celte action me paraisse toute simple, et que tu m'en aies donné la permission l'autre jour^ cela m'afflige bien. J'aurais voulu les recacheter : fi ! ce serait une horreur* Si je suis coupable^ je te demande grâce ; je te jure que ce n'est pas par jalousie; non certes : j'ai de mon adorable amie une trop grande opinion pour cela. Je voudrais que tu me donnasses permission entière de lire tes lettres : avec cela il n'y aurait plus de remords ni de crainte, v
Malgré la justice que Bonaparte rend à sa femme, et ses protestations qu'il n'est point jaloux, on sent que la jalousie, cette ardeur des natures méridionales, est dans son sang, et Ton aura bien peu de peine plus tard à la surexciter en lui. Ce jour, Joséphine n'avait sans doute pu lui écrire. Il s'en plaint dans cette même lettre avec une humeur enfantine et tendre : « Achille arrive en courrier de Milan; pas de lettre de mon adorable amie! Adieu, mon unique bien; quand pourras-tu venir me rejoindre? Je viendrai te prendre moi-même à Milan. Mille baisers aussi brûlants que mon cœur, aussi purs que toi. Je fais appeler le courrier; il me dit qu'il est passé chez toi, et que tu lui as dit que tu n'avais rien à lui ordonner. Fi! méchante, laide, cruelle, tyranne, petit joli monstre ! Tu te ris de mes menaces, de mes sottises ; ah I si je pouvais, tu sais bien, t'enfermer dans mon cœur, je t'y mettrais en prison. Apprends-moi que tu es gaie, bien portante et bien tendre. » Mais à la pre-
mière lettre de sa femme^ toutes ces gronderies se changent en douceurs, pour reparaître, au premier retard, avec un emportement croissant.
Deux jours après il est heureux, il a reçu une lettre; mais, à Tinstant, il en demande une autre : « J'espère, lui dit-il,*, qu'en arrivant ce soir, je recevrai une de tes lettres. Tu sais, ma chère Joséphine, le plaisir qu'elles me font, et je suis sûr que tu te plais à les écrire. Je partirai cette nuit pour Peschiera , pour Vérone, et de là j'irai à Mantoue, et peut-être à Milan, recevoir un baiser, puisque tu m'assures qu'ils ne sont pas glacés; j'espère que tu seras parfaitement rétablie alors, et que tu pourras m'accomps^ner à mon quartier général pour ne plus me quitter. N'es-tu pas l'âme de ma vie et le sentiment de mon cœur?.... Adieu, belle et bonne, toute non pareille, toute divine. Mille baisers amoureux. »
Mais Bonaparte apprend que le maréchal Wurmser approche. Il semble ne pas s'en inquiéter; cependant il renonce à sa pointe sur Milan, s'occupe de concentrer son armée pour l'avoir toute sous sa main et la diriger avec sa rapidité accoutumée où son génie lui dira, lorsque Tennemi aura développé son plan et manifesté ses desseins.
Toutefois, sur le point de marcher contre les Autrichiens , le général Bonaparte ne voulut point laisser sa femme dans Milan, dont peut-être l'abandon pouvait être entraîné par les nécessités de cette nou-