Collection Didoi, t. ï", p
précipitamment Brescia pour marcher à sa rencontre, et manœuvrer de façon à couper les divers corps ennemis, et, suivant sa tactique , les battre en détail Tun après l'autre. Ici nous donnons la parole au Mémorial de Sainte-Hélhief c'est-à-dire à Napoléon luimême qui nous a fait connaître, en ce qui concerne Joséphine, les péripéties de cette courte et glorieuse campagne dont elle vit les premiers actes , on peut le dire, sous la tente de son époux ^
En faisant venir sa femme à Brescia, Bonaparte croyait avoir plus de temps devant lui. Mais Wurmser, instruit de la prise du camp retranché de Hantoue et du péril de cette place , avait précipité son mouvement de huit à dix jours , ce qui força le général français de hâter aussi le sien. Arrivé à Peschiera avec sa fenrnie, il apprit que Montebaido était attaqué par des forces considérables ; il redoubla de vitesse, et le lendemain il vint à Vérone. Déjà les troupes légères de l'ennemi couronnaient les hauteurs qui séparent Vérone des chaînes du Tyrol. Là, Mme Bonaparte fut témoin des premières fusillades j spectacle bien nouveau pour une femme mêlée ainsi brusquement aux évolutions de cette grande et terrible guerre. Le général en chef rétrograda alors, et porta son quartier général à Castel-Novo, entre TAdige et le Mincio, pour être au centre de ses troupes et voir clair enfin dans les opérations encore hésitantes de l'ennemi. A chaque instant, Joséphine
1. Voy. pour les détails qui suivent le Mémorial^ !•• partie, p. 174, et 2* partie, p. 220.
rencontrait des soldats blessés dans les diverses actions de détail qui préludaient aux sérieuses batailles devenues à chaque instant plus imminentes. Malgré son désir de la garder avec lui, son mari, voyant la gravité de la situation, voulut la soustraire à de tels spectacles et à de tels dangers. Il se sépara d'elle et lui fit reprendre la route de Brescia. Mais Mme Bonaparte se trouva bientôt arrêtée par une division ennemie déjà parvenue à Ponte-Marco et se dirigeant vers Lonato. Elle fut forcée de revenir au quartier général. C'est alors que, voyant toutes les issues fermées^ dans V agitation du moment et sous Timpression des périls qui la menaçaient ainsi que son mari, elle se trouva prise d'un saisissement bien naturel pour une femme, et se mit à pleurer : u Wurmser, lui dit son époux en l'embrassant avec un élan prophétique, va me payer cher les pleurs qu'il te cause I » Au même instant, Éonaparte apprit qu'un corps autrichien était entré dans Brescia, et qu'ainsi ses communications avec Milan étaient coupées. Gêné par les soins que réclamait la sécurité de sa femme, voulant la mettre à couvert, mais ne pouvant plus risquer de la diriger sur la haute Lombardie, il se décida à l'envoyer dans une des villes de l'Italie centrale. Il la fit passer par Mantoue, que les Français, qui allaient bientôt quitter leurs lignes par une résolution hardie, tenaient encore assiégée, w Elle fut obligée, raconte le Mémorial, de longer en voiture et de trèsprès le siège de Mantoue ; on tira sur elle de la place, et quelqu'un de sa suite fut même atteint. » Ces bou-
lets durent rappeler à Mme Bonaparte ceux du fort Bourbon qui, dix ans auparavant, avaient salué le départ de la frégate la Sensibley la ramenant avec sa fille de la Martinique en France. « Joséphine (ajoute Napoléon, qui nous a tracé la suite de cet itinéraire), traversa le Pô, Bologne, Ferrare, et gagna Lucques, poursuivie par la crainte et les mauvais bruits qui volaient d'ordinaire autour de nos armées patriotes, mais soutenue intérieurement par son extrême confiance en Tétoile de son mari. Telle était pourtant déjà Topinion de Tltalie, et les sentiments inspirés par le général français» qu'en dépit de la crise du moment et de tous les faux bruits qui raccompagnaient, sa femme fut reçue à Lucques par le sénat et traitée par lui comme Teût été la plus grande princesse : il vint la complimenter et lui présenter les huiles d'honneur. Il eut lieu de s'en applaudir. Peu de temps après, les courriers' annoncèrent les prodiges de son mari et Tanéautissement de Wurmser. » Merveille, en effet, que cette campagne si bien nommée par les soldats la campagne des cinq joursl
(( Seule contre toutes ces forces, a dit Napoléon en parlant des troupes de Wurmser, Tarmée française ne pouvait rien; on n'était pas un contre trois. Mais seule contre chacun des corps ennemis , il y avait égalité. » Jamais le général Bonaparte ne mit mieux en usage ce système formulé par lui, et auquel il dut, dans le cours de ses étonnantes conquêtes, ses succès les plus grands et les plus imprévus.
Lorsqu'il vit Wurmser à sa portée, on sait com-
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ment, par une détermination qui était du génie, mais qu'en cas d'échec on aurait traitée de folle imprudence, il se décida à abandonner le siège de Mantoue, sacrifiant même son artillerie, qu'il fit enclouer, et ses équipages de siège livrés au feu , pour avoir toute la liberté de ses mouvements et la disposition de toutes ses forces. Coup sur coup , avec son armée de 30 000 hommes , il écrase les trois divisions isolées dans lesquelles Wurmser avait imprudemment distribué ses forces : le 3 août, à Lonato; le surlendemain, à Gastiglione, Tune des plus brillantes et des plus complètes victoires de ce grand capitaine qui devait en compter de si fameuses.
Le 10 août, Bonaparte était rentré vainqueur à Brescia, où son bonheur avait été si brusquement interrompu, et de là il recommence à écrire à sa femme qui, de Florence, à la faveur des succès de son mari, avait pu facilement regagner Milan. Ce victorieux, couvert de gloire, oublie ses triomphes pour son amour : a J'arrive, mou adorable amie, écrit-il le même jour^; ma première pensée est de t'écrire. Ta santé et ton image ne sont pas sorties un instant de ma mémoire pendant toute la route. Je ne serai tranquille que lorsque j'aurai reçu des lettres de toi. J'en attends avec impatience. Il n'est pas possible que tu te peignes mon inquiétude. Je t'ai laissée triste, chagrine et demi-malade. Si Tamour le plus profond et le plus tendre pouvait te rendre