‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 112 sur 232 · Histoire du Consulat et de l'Empire , t. V, p · texte numérisé non relu

Histoire du Consulat et de l'Empire , t. V, p

drait plus tard, et que mieux valait s’y résigner surle-champ, avant d’avoir contracté des liens plus étroits. Il appela ses deux enfants adoptifs, leur fit part de sa résolution et les jeta, par cette nouvelle, dans la plus profonde douleur. Hortense et Eugène de Beauharnais déclarèrent, avec une résolution calme et triste, qu’ils suivraient leur mère dans la retraite à laquelle on voulait la condamner. Joséphine, bien conseillée, montra une douleur résignée et soumise. Le contraste de son chagrin avec la satisfaction qui éclatait dans le reste de la famille impériale, déchira le cœur de Napoléon, et il ne put se décider à voir exilée et malheureuse, cette femme, compagne de sa jeunesse, exilés et malheureux avec elle, ces enfants devenus l’objet de sa tendresse paternelle. Il saisit Joséphine dans ses bras, lui dit, dans son effusion qu’il n’aurait jamais la force de se séparer d’elle, bien que sa politique le commandât peut-être; et puis il lui promit qu’elle serait couronnée avec lui, et recevrait à ses côtés, de la main du Pape, la consécration divine'. »

Mais une autre contestation suivit ces premiers débats. Dans le cérémonial, arrêté d’avance pour le jour du couronnement, il avait été décidé qu’à Notre- Dame, les frères de l’Empereur porteraient lesqpans de son manteau, et que ses sœurs rempliraieut le même

1. A son texte, M. Thiers a joint cette note : « Je rapporte ici le récit fidèle d’une personne respectable, témoin oculaire, attachée à la famille impériale, et qui a consacré ce souvenir dans scs Mémoires manuscrits. » (Sans doute Mme de Rémusat.)

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office auprès de l’Impératrice Joséphine. La résistance de celles-ci fut formelle. Fatigué, à la fin, de semblables discussions, l’Empereur s’expliqua en maître, et déclara qu’il ne voulait plus entendre parler de prétentions aussi exorbitantes. « En vérité, dit-il à la « plus animée de ses sœurs, à vous entendre, on « croirait que je vous ai frustrée de l’héritage du feu n roi notre père » Le cérémonial du Sacre fut adopté dans son entier, et la cour se transporta au château de Fontainebleau, complètement remeublé à neuf, pour y recevoir le Pape, qui, parti le 2 novembre de Rome, s’avancait lentement vers Paris, c’est lui qui l’a dit, « au milieu d'un peuple à genoux. » A Lyon surtout, il trouva réunis plus de deux cent mille fidèles, accourus de toutes les provinces voisines.

Le 25, vers midi, on annonça l’approche du Saint- Père. Napoléon partit à cheval au-devant de lui, et dès qu’il l’aperçut, il mit pied à terre; le Pape descendit aussi de sa voiture; ils s’embrassèrent, puis ils montèrent dans un carrosse d’apparat amené là exprès, et où l’Empereur eut l’attention de donner la droite à Sa Sainteté. En arrivant au palais, le Pape fut reçu sur le péristyle par l’Impératrice entourée des grands dignitaires et des chefs de l’armée : ceux-ci lui firent cortège jusqu’à son appartement où Napoléon le conduisit lui-même. A peine l’Empereur s’était-il retiré que Joséphine, suivie des dames de sa cour, vint présenter au Saint-Père ses hommages

1. Souvenir» de M. le baron de Menneval, t. III, p. 219. — M. Thiers, t- V, p. 251.

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empreints d’une vive émotion1 * * *. Pie VII avait été touché de l’accueil plein de grâce et de cordialité de Napoléon; il fut attendri du pieux et tendre respect que lui témoigna l’Impératrice, et, dès ce premier instant, il conçut pour elle un paternel intérêt, dont bientôt il lui donna des marques. Après avoir pris quelque repos, le Pape fit visite à Leurs Majestés; il leur remit les présents de bienvenue qu’il leur avait apportés de Rome, à Napoléon, deux magnifiques camées antiques, et à Joséphine pour sa galerie de la Malmaison, des vases également antiques, d’un travail admirable*. Il avait aussi apporté, pour les dames de la cour, qui se les disputèrent, une profusion de riches chapelets. Napoléon rendit sa visite au Saint- Père, et le laissa non pas rassuré mais charmé , et se félicitant hautement d’être venu en France.

11 se félicita bien davantage de n’avoir pas cru aux fâcheux pronostics dont on avait voulu l'effrayer, lorsque, cinq jours après, installé aux Tuileries au pavillon de Flore, il entendit le langage aussi respectueux pour sa personne que consolant pour sa foi , des divers corps de l’État, conviés pour lui rendre hommage; pendant que sur la place du Carrousel, sur les quais, dans le jardin du palais, le peuple de Paris, « ce peuple qui avait fait le 10 août et adoré la déesse Raison5, » l’appelait de ses acclamations, et

1 Mémoires de M. de Bausset, t. IV, p. 118. — M. de Mcnncval,

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