‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 114 sur 232 · Ibid. f · texte numérisé non relu

Ibid. f

solennité, c’est-à-dire au 1er décembre. Joséphine qui avait plu au Saint-Père, par une espèce de dévotjpn toute semblable à celle des femmes italiennes, Joséphine avait pénétré auprès de lui, pour faire un aveu dont elle espérait tirer grand parti. Elle lui avait déclaré qu’elle n’était mariée que civilement à Napoléon, car, à l’époque de son mariage, les cérémonies religieuses étaient interdites. C’était, sur le trône môme, un étrange témoignage des mœurs du temps. Napoléon avait fait cesser cet état pour sa sœur, la princesse Murat, en priant le cardinal Caprarade lui donner la bénédiction nuptiale; il n’avait pas voulu le faire cesser pour lui-même. Le Pape, scandalisé d’une situation qui, aux yeux de l’Eglise, était un concubinage, demanda sur-le-champ à entretenir Napoléon, et déclara dans cet entretien qu’il pouvait bien le sacrer lui, car l’état de conscience desEmpcreurs n’avait jamais été recherché par l’Église, quand il s’agissait de les couronner, mais qu’il ne pouvait, en couronnait Joséphine, donner la consécration divine à un état de concubinage. Napoléon irrité contre Joséphine de cette indiscrétion intéressée, craignant de violenter le Pape, qu'il savait invincible sur les affaires de foi, ne voulant pas, d’ailleurs, changer une cérémonie dont le programme était déjà publié, consentit à recevoir la bénédiction nuptiale. Joséphine vivement réprimandée par son époux, mais charmée de ce qu’elle avaitobtenu, reçut, la nuit même qui précéda le couronnement, le sacrement du mariage dans la chapelle des Tuileries. Ce fut le cardinal Fesch , ayant pour

témoins M. de Talleyrand et le maréchal Berlhier, qui, dans le plus profond secret, maria l’Empereur et l'Impératrice. Ce secret fut fidèlement gardé jusqu’au divorce. Le matin, on apercevait encore sur les yeux rougis de Joséphine, les traces des larmes que lui avaient coûté ces agitations intérieures »

Nous ne nions pas que l’Empereur n’ait tenu quelque compte de l’inconvénient de retirer du programme du Sacre, une partie aussi considérable que celle qui concernait le couronnement de son épouse. Mais il dut tenir compte aussi du sentiment pénible qu’éprouverait Paris, qui avait accueilli avec tant de faveur la victoire (on l’appelait ainsi) de sa populaire Impératrice; ou plutôt Napoléon, en donnant cette dernière satisfaction à Joséphine, n’obéissait qu’au penchant de son cœur. Depuis un an, en effet, il avait voulu qu’elle restât sa femme devant les hommes; il avait voulu qu’elle s’assît sur le trône; il avait voulu quelle fût sacrée avec lui; il voulait maintenant qu’elle devînt son épouse devant Dieu : triomphe véritable et complet pour Joséphine, plus fière, cependant, de l’amour de son époux que des honneurs dont il la comblait.

Le 2 décembre parut enfin, et, de bonne heure, tout Paris fut sur pied au bruit du canon qui annonçait ce grand jour. On a souvent décrit cette merveilleuse solennité du Sacre, et nous devrions peut-être nous en abstenir ici, renvoyant le lecteur aux mémoires du

1 . Devant des affirmations aussi précises, il faut renoncer à croire le Mémorial sur le mariage religieux de Napoléon en 1796.

temps et surtout à la grande histoire qui nous sert de guide. Mais le moyen de supprimer de tels détails dans ce livre? Joséphine a eu deux journées dans sa vie, le Sacre et le Divorce. Son histoire politique est dans ces deux mots. L’un est le triomphe, d'autre la défaite; ce sont deux tableaux qui font pendants; ils se complètent et s’expliquent l’un par l’autre. Nous allons donc essayer de cette journée du 2 décembre 1804, une description plus détaillée et plus précise que celles qui en ont été données, surtout en ce qui concerne l’Impératrice Joséphine '.

Malgré le temps froid et brumeux, dès le matin, le peuple envahit les rues par où devait passer le cortège, ainsi que les alentours de Notre-Dame, dout, à six heures, les portes avaient été ouvertes pour les personnes munies de billets, et la portion du public libre que les vastes dispositions prises avaient permis d’admettre. Quoique depuis plus de quinze jours on eût employé à la décoration de la vieille basilique un millier d’ouvriers, les préparatifs n’étaient point terminés, et l’on ne cessa d’y travailler que quelques moments avant l’arrivée du cortège.

Aux Tuileries, le mouvement était général chez le Saint-Père, chez l’Empereur et dans l’appartement de l’Impératrice. La cour pontificale fut la première prête. Il n’y avait là rien à innover. Le Pape, les cardinaux qui l’avaient suivi , ses officiers ecclésiastiques et civils, tous vêtus et rangés d’api ès le céré-

1. Nous indiquons à la fin du chapitre les principales sources ou nous avons puisé.

monial usité au Vatican, attendaient avant l’heure le moment désigné pour se rendre à la métropole, où le Souverain Pontife allait attendre Napoléon.

Ce ne fut pas une petite affaire que de revêtir l’Empereur des costumes éclatants, moitié anciens et moitié modernes que David avait dessinés pour lui. L’un, le petit, habillement , devait lui servir pour monter en voiture à l’aller et au retour de Notre-Dame. Il ne devait prendre le grand habillement, c’est-à-dire la robe et le manteau des Empereurs, qu’à l’archevêché, au moment d’entrer dans l’église. Voici la description du premier costume, faite avec une minutieuse exactitude et une science toute technique, par celui des serviteurs de Napoléon, chargé de l’habiller, et qui , dans cette matinée, exclusivement consacrée à la toilette impériale, se trouvait être le premier personnage de la cour1 : « Bas de soie brodés en or, avec la couronne impériale au dessus des coins; brodequins de velours blanc, lacés et brodés d’or; culotte de velours blanc, brodée en or sur les coutures, avec boutons et boucles en diamants aux jarretières; la veste aussi de velours blanc, brodée en or, boutons en diamants; l’habit de velours cramoisi , avec parements en velours blanc, brodé sur toutes les coutures, fermé par devant jusqu’au bas, éclatant d'or; le demimanteau aussi cramoisi, doublé de satin blanc, couvrant l’épaule gauche, et rattaché à droite sur la poitnue avec une double agrafe en diamants. On avait

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