‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 115 sur 232 · Conslaut, t. Il, p · texte numérisé non relu

Conslaut, t. Il, p

adapté à la chemise des manchettes d’une superbe dentelle ; la cravate était de mousseline la plus parfaite, et la collerette aussi en dentelle ; la toque, en velours noir, était surmontée de deux aigrettes, la ganse en diamants , et pour bouton, le Régent. » Sur les dessins on voit un chapeau à plumes et non une toque.

L’Impératrice avait revêtu une magnifique robe traînante de brocart d’argent semé d’abeilles d’or, ornée par devant des plus riches feuillages brodés en or, et de plus, garnie au bas d’une large frange et d’une crépine de même; les épaules seules étaient découvertes; de longues manches à broderies d’or et dont le haut était enrichi de diamants , enserraient les bras et couvraient la moitié de la main. Il fallait à Joséphine tout son art et une grâce indélébile pour ne rien perdre de son élégante dignité avec ce vêtement façonné dans le goût de l'époque, san3 ampleur et sans taille, et, de plus, rehaussé de la fraise des Médicis, en dentelle lamée d’or, qui lui avait été imposée afin d’assortir par quelque détail historique sa toilette au costume renaissance de Napoléon. Un ruban d’or, enrichi de trente-neuf pierres roses, attachait sous son sein cette robe tunique. Son goût pour les parures antiques se trahissait par les précieuses pierres gravées qui composaient ses bracelets , ses boucles d’oreilles et son collier. Enfin , sa belle et riche chevelure était enserrée et retenue par un superbe diadème, oeuvre de M. Marguerite, qui avait aussi fourni la couronne que l’Impératrice allait recevoir à Notre-Dame, où, comme Napoléon, elle de-

vait compléter sa toilette, en attachant sur ses épaules, par une torsade d’or et une agrafe en diamants, le manteau impérial.

Pendant cjue tout s’apprêtait ainsi aux Tuileries, les corps et les personnages invités s’étaient rendus successivement à Notre-Dame.

L’antique cathédrale de Paris, sous l’habile direction de MM. Fontaine et Percier, avait été disposée d’une manière digne de la solennité inouïe dont elle allait être témoin. Devant les trois portes de la façade, mutilée alors par les ravages révolutionnaires, s’élevait une décoration en charpente peinte, figurant un vaste porche gothique à quatre arcs qui soutenaient les statues des trente-six bonnes villes dont les maires étaient députés au couronnement. A droite et à gauche on voyait assis Clovis et Charlemagne, le sceptre eu main; au-dessus, entre deux aigles d’or, brillaient les armes de l’Empire. Ce portail, uniquement affecté à l’entrée des cortèges du Pape et de l’Empereur, communiquait avec les salons voisins de l’archevêché, au moyen d’une grande galerie couverte, en bois, ornée à l’intérieur des plus belles tapisseries des Gobelins.

Le vaisseau de la cathédrale avait été entièrement tendu d'étoffes de drap, de velours et de soie cramoisies, ornées de franges d'or, et portant brodées à tous les coins, les armoiries de l’Empereur. De chaque côté de la grande nef et dans tout le pourtour du chœur, réguaient trois rangs de tribunes également décorées de tentures de soie et de velours frangées d’or,

avec des trophées de drapeaux à chaque pilier, et au-dessus des victoires ailées et dorées portant des girandoles garnies d’une profusion de bougies. Vingtquatre lustres suspendus à la voûte éclairaient encore l’église dont toutes ces dispositions avaient complètement assombri le jour.

Le chœur, fermé par une balustrade à hauteur d’appui et distribué en plusieurs rangs de gradins, était réservé pour le clergé. C’était là qu’allaient" se passer les cérémonies du Sacre. A droite de l’autel était placé le trône pontifical, élevé de onze marches et surmonté d’un dôme doré, et de plus décoré des armoiries del Église. Vis-à-vis et de chaque côté de la chaire du Pape, des banquettes à dossier attendaient le collège des cardinaux et les prélats. Plus rapproché delà nef, en face de l’autel, sur une estrade de quatre marches, on voyait le petit trône, c'est-à-dire les deux fauteuils à la romaine où l’Empereur et l’Impératrice devaient s’asseoir pendant la première partie de la cérémonie, ayant devant eux chacun un prie-Dieu recouvert de velours. Le grand trône impérial, exhaussé sur une vaste estrade en demi-cercle, à laquelle on arrivait par un large escalier de vingtquatre marches, se trouvait au bout de la nef, adossé à la grande porte du milieu qu’on avait condamnée, et, par conséquent, faisant face au maître autel. Il était placé sous un baldaquin en forme d’arc de triomphe, soutenu par huit colonnes dorées et orné de bas reliefs également dorés, de rideaux de velours et de drapeaux aux armes de l’Empire. Ainsi situé ,

ce trône splendide dominait toute l’église et était vu de tous. Le pourtour et les marches du trône, la nef, le sanctuaire et le chœur étaient en outre couverts, dans toute leur étendue, de tapis bleus à abeilles.

Sur les deux côtés de l’estrade impériale avaient été disposés des sièges et des banquettes pour les principaux personnages. Près du trône, à droite, dans le premier arceau de la nef, était la tribune impériale; en face, celle du corps diplomatique et des princes étrangers. Plus bas , de chaque côté de la grande nef, on avait établi des gradins richement décorés, destinés aux corps et aux principales députations, en laissant au milieu un espace suffisant pour les évolutions du cortège. Venaient d’abord, en partant du trône, le conseil d'État divisé en deux groupes, l’un à droite, l’autre à gauche; les membres du Sénat, du Corps législatif, du Tribunat et des autres corps parisiens également moitié d’un côté moitié de l’autre; puis les députations civiles, judiciaires et militaires de toute la France et de l ltalie, jusqu’à l’entrée du chœur. Les deux premiers rangs de tribunes établies dans la nef et autour du chœur, étaient occupés par les femmes de tous les grands officiers , ministres, fonctionnaires supérieurs, membres des assemblées, généraux, etc., et par les dames étrangères invitées. Les tribunes supérieures étaient affectées à l’armée et à la garde nationale. Dans les transsepts, ou avait construit deux vastes amphithéâtres à l’extrémité desquels se tenaient deux orchestres, et qui contenaient, en outre, une masse de spectateurs

ainsi étagés de chaque côté du sanctuaire. D’autres gradins, tout aussi surchargés de monde, s’élevaient enfin dans les bas côtés , sans compter la foule debout dans les autres parties de l’église. Aussi l’on peut évaluer (c’est le chiffre donné par les témoins qui en ont écrit) à plus de vingt mille le nombre des assistants.

A neuf heures, suivant le cérémonial convenu, Pie VH, vêtu de blanc, quitta les Tuileries pour se rendre à la cathédrale , dans une voiture attelée de huit chevaux gris-pommelé, et surmontée de la tiare et des autres attributs de la papauté, en bronze doré. L’un des camériers, monté sur une mule, blanche, portait une grande croix de vermeil devant le Souverain Pontife, lequel, en suivant les quais, arriva lentement à l’archevêché, au milieu des vivats de la foule qui s’agenouillait et qu’il bénissait. Neuf voitures accompagnaient la sienne, contenant les cardinaux, les prélats et les officiers italiens arrivés de Rome avec lui. Des détachements de cavalerie précédaient et suivaient ce premier cortège.

Sa Sainteté fut reçue à l’entrée de l’archevêché par le cardinal du Belloy, métropolitain de Paris, qui l’introduisit dans la grande salle du palais où l’attendaient tous les cardinaux, archevêques et évêques français , ainsi que le nombreux clergé appelé à fonctionner dans la cérémonie. Pendant que le Pape se revêtait de ses ornements, l’archevêque de Paris s’était rendu dans sa cathédrale pour le recevoir. Bientôt on vit entrer le cortège pontifical par les

deux portes latérales de la façade. Les deux files, après avoir contourné le trône impérial, se rejoignaient dans la nef. En tête s’avançait la croix apostolique, suivie de sept acolytes portant les sept chandeliers d'or; après marchaient deux à deux, en chape et en mitre, plus de cent évêques, archevêques ou cardinaux; venait enfin le Saint-Père, qui fermait la marche, la tiare sur la tête, et placé entre deux cardinaux, qui, de chaque côté, soutenaient les bords de sa chape d’or. Il était, en outre, entouré par une garde d’honneur nombreuse et brillante.

Après avoir pris de l’archevêque de Paris l’eau bénite, le Souverain Pontife, pendant que tout le clergé chantait l’hymne Tu es Petrus , fut conduit sous un dais jusque devant le maîtro autel , où il s’agenouilla quelques instants, puis il alla s’asseoir dans sa chaire pontificale qu’entourèrent ses grands olficiers. Les cardinaux, les évêques et le clergé prirent leurs places, et tous, en attendant, commencèrent l’office de Tierce. A son entrée et en se rendant au sanctuaire, Pie ATI reçut plus d’une marque de cet affectueux respect qu’il avait déjà su inspirer à toutes les classes de la population.

Pendant ce temps, ceux qui devaient accompagner l’Empereur: sa famille, les grands dignitaires, les grands officiers, sa maison militaire et civile, s’étaient réunis au palais des Tuileries. Malgré tous les soins et les ordres les plus précis, il- y eut quelque retard dans les préparatifs, et le cortège ne put partir qu’une demi-heure après i’heure fixée, au grand

déplaisir de Napoléon, très-fâché de faire attendre le Saint-Père. Lorsque toute cette heureuse famille, parée de son luxe et de ses attributs princiers, se trouva rassemblée dans l’appartement de son glorieux chef, ce fut chez elle, tous débats fâcheux oubliés, un élan de reconnaissance qui commençait pour Napoléon d’une manière bien douce à son cœur, cette journée réservée aux plus enivrantes émotions. On lui a prêté, â celte occasion, des mots d’orgueil, permis peut-être s’il comparait sa grandeur présente à ses modestes débuts. Mais non, il en faut croire le simple et fidèle confident de sa vie privée. « Ce retour à des temps plus obscurs (dit M. de Menneval, en parlant de la matinée du Couronnement , se décela seulement par celte apostrophe au plus cher et au plus intime de ses frères. En considérant les attributs de la puissance dont ils étaient revêtus, il lui échappa de dire : « Joseph , si notre père nous voyait ! » réflexion inspirée moins par l’orgueil que par un sentiment de famille qui survivait, dans le cœur de Napoléon, à l’enivrement de la gloire et aux éblouissements du rang suprême »

A dix heures et demie, au bruit d’une salve générale de l’artillerie placée dans le jardin des Tuileries, le cortège impérial se mit en marche. 11 était précédé par vingt escadrons de cavalerie de toutes armes, ayant en tête le maréchal Murat. Dix-huit voitures à six chevaux, contenant tous les personnages desti-

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