‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 116 sur 232 · Souvenirs de M. le baron de Menneval, 1. 1", p · texte numérisé non relu

Souvenirs de M. le baron de Menneval, 1. 1", p

nés à figurer dans la solennité, accompagnaient celle de l’Empereur, aux portières de laquelle se tenaient les colonels-généraux de la garde, lin innombrable état-major fermait ce cortège qui cheminait par la rue Saint-Honoré, la place du Châtelet, le pont au Change et les quais jusqu a la rue du Parvis- Notre-Dame. Toutes les maisons étaient ornées de drapeaux, de tapisseries, d’étoffes aux couleurs nationales, et de guirlandes de fleurs et de feuillages imités. De chaque côté du parcours, la haie était bordée par ces invincibles troupes qui acclamaient leur propre triomphe dans celui de leur général. Derrière, aux fenêtres, sur des gradins, des amphithéâtres, sur les toits, une population immense, qui, malgré le froid, attendait depuis des heures entières le passage du cortège impérial, le saluait de ses vivats auxquels répondaient le bruit du canon et les fanfares militaires. Elle admirait cette voiture du Sacre, qui a gardé son nom et dont la magnificence est restée dans le souvenir du peuple de Paris , traînée par huit superbes chevaux de couleur Isabelle, caparaçonnés avec une richesse inouïe.

Conception originale et réussie de l’architecte impérial M. Fontaine, cette voiture n’avait pas de panneaux pleins. La caisse seule , en forme de bateau , était en bois peint et doré. Le corps supérieur, c’està-dire les (juatre côtés de la cloison, étaient formés par de grandes glaces sans tain, encadrées dans de minces montants ciselés et dorés, ce qui permettait de voir aussi distinctement l’Empereur et l’Impéra-

trice, ainsi que les princes Joseph et Louis qui les accompagnaient, que si la voiture eût été découverte. Au-dessus s’élevait une espèce de dôme tout en or soutenu par quatre aigles, les ailes déployées, et surmonté d’une énorme couronne reluisant au soleil , qui venait précisément de chasser la brume, depuis le matin amoncelée sur Paris.

La construction toute particulière de cette voiture fut cause qu’en y montant, au pavillon de l’Horloge, l’Empereur et l’Impératrice se trompèrent de côté, et s’assirent d’abord sur le devant, on le comprend, en tout semblable au fond. Joséphine s’étant aperçue lu première de cette méprise, en fit, en riant, l’observation à l’Empereur, et ils se remirent sur les coussins du fond, sans attacher de signification superstitieuse à ce faux pas d’étiquette. Mais en descendant dans la cour de l’archevêché, une autre circonstance vint impressionner plus vivement l’Impératrice Joséphine. Embarrassée par sa robe, elle laissa tomber l’anneau impérial, présent du Saint-Père, que celui-ci devait bénir avant le Couronnement et lui placer au doigt comme gage et souvenir de sa consécration. Pendant quelques instants ne sut ce qu’il était devenu, car il avait roulé fort loin de la voiture; mais heureusement il fut retrouvé par Eugène Beauharnais, à la grande joie de sa mère dont cet incident commençait à éveiller les faciles pressentiments.

Après avoir complété leur toilette dans les salons de l’archevêché, l’Empereur, l’Impératrice, lesprin-

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ces, les princesses et les personnages qui formaient le cortège du Sacre, au bruit d’une nouvelle salve d’artillerie, se mirent en marche dans l’ordre convenu par la galerie qui aboutissait au portique élevé devant les portes de l’église.

Entré dans la nef, le cortège s’achemina vers le chœur, étalant une profusion incroyable d’or, d’argent et de pierreries , de velours, de soie brodée, de dentelles et de plumes, au milieu de laquelle brillaient aussi les plus éclatants uniformes. Il était précédé par les hérauts d'armes, les pages et les maîtres des cérémonies. Après venaient, marchant devant l’Impératrice et placés chacun entre deux officiçrs de sa cour, le maréchal Serrurier, qui tenait son anneau; le maréchal Moncey, portant une corbeille d’or, qui devait recevoir son manteau pour être placé sur l’autel ; et le maréchal Murat, ayant sur un coussin de velours sa petite couronne à six branches fermée par une boule et une croix d’or, et enrichie de perles et de pierres de couleur.

Le cardinal Cambacérès attendait à la porte l’Impératrice pour lui offrir l’eau bénite et la complimenter. Après quelques mots seulement, elle prit place sous un dais porté par les chanoines du chapitre métropolitain, et elle continua sa marche vers le sanctuaire, accompagnée par son introducteur. Sa tète était déjà ornée d’un diadème formé de quatre rangées de perles de la plus belle eau, entrelacées par un feuillage en diamant qui réunissait sur son front quatre magnifiques brillants. Son long manteau, en

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velours rouge semé d’abeilles d’or et entièrement doublé d’hermine, était porté par les princesses Joseph, Louis, Élisa, Pauline et Caroline, également eu manteau de cour et couvertes de parures étincelantes. Venaient ensuite, en un seul groupe, la dame d’honneur, la dame d’atours et les dames du palais.

Un intervalle séparait le cortège de l’Impératrice du cortège de l’Empereur, disposé de la sorte : d’abord les trois maréchaux Kellermann, Pérignon et Lefebvre, marchant, chacun accompagné de deux dignitaires de la cour impériale, et portant sur des petits coussins de velours bleu ornés d’abeilles d’or, les honneurs de Charlemagne, ainsi désignés par la tradition, c’est-à-dire la couronne, le sceptre et l’épée, que l’on voit aujourd'hui exposés au Louvre , dans la salle du Musée des Souverains : l’épée, large et courte, avec sa fruste poignée d’or; le sceptre, terminé par la boule du monde, sur laquélle Charlemagne est assis, et la couronne à six branches s’élevant presque en ogives et ornées, ainsi que le cercle de la tète, par les plus précieux camées. Ces insignes, très-anciens, quoique cependant ils n’aient point appartenu à Charlemagne, ne devaient pas servir au couronnement et ne figuraient là qu’à titre de souvenir et aussi de pressentiment. Ensuite marchaient, chacun entre un fonctionnaire delà cour et un aide de camp, et portant pareillement de petits coussins de velours, le maréchal Bernadotte, qui devait recevoir le collier de l’Empereur; le colonel-général

Eugène de Beauharnais, chargé de l’anneau; le maréchal Berthier, qui portait le globe impérial; et M. de Tallevrand, grand chambellan, muni d’une seconde corbeille en émail bleu et or, destinée à recevoir le manteau. Enfin venait l’Empereur. Le cardinal du Belloy l’attendait aussi pour lui présenter l’eau bénite, lui adresser une courte harangue et le conduire sous le dais.

Lorsque Napoléon parut, une immense acclamation remplit l’antique métropole, étonnée de ce cri nouveau de Vive l’ Empereur ! Une puissante musique militaire, sous la direction de Lesueur, commença la grande marche héroïque composée par ce maître pour l’armée de Boulogne, et l’Empereur s’avança vers l’autel.

A l’archevêché , il avait complètement changé de costume. Il était maintenant vêtu d’une étroite robe de satin blanc, brodée d’or sur toutes les tailles, et garnie en bas d’une riche torsade de même. Il avait attaché sur ses épaules le manteau des souverains, en velours cramoisi , cette pourpre de nos temps. Ce lourd et magnifique manteau , entièrement semé d’abeilles d’or , présentait tout autour un large dessin de branches d’olivier, de laurier et de chêne enlaçant des N couronnées; la doublure, la bordure et l’épitoge ou palatine étaient en hermine : il recouvrait l’epaule droite, laissant toutefois passer le bras, et retombait par devant jusqu’au-dessous du genou. Au côté gauche, entièrement à découvert, pendait, suspendu par une écharpe de soie blanche frangée

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et formant ceinture, un glaive à forte poignée d’or, sans garde et sans pierreries, dans son fourreau en émail bleu, présentant en relief des aigles et des abeilles en or ciselé. Napoléon avait mis son anneau, le grand collier de l’ordre de la Légion d’honneur; il avait ceint son front d'un diadème romain, formé d’une double branche de laurier d’or, et adopté par lui pour sa couronne impériale, n’osant peut-être pas, en face de l’Europe, mettre sur sa tête celle de Charlemagne qu’on portait devant lui , et ne voulant point, en présence de la révolution, prendre celle des derniers Bourbons. Ainsi ornée du diadème des Césars, « on admirait sa tête, dit son historien, belle sous le laurier d’or, comme une médaille antique » 11 marchait, tenant d’une main sa main de justice, et de l’autre son sceptre d’argent surmonté d’un aigle et entouré d’un serpent d’or. Son manteau était porté par ses deux frères , vêtus d’un costume semblable à celui qu’il avait au sortir des Tuileries, et par l’archichancelier Cambacérès et l’architrésorier Lebrun, ses deux collègues du Consulat. Les autres maréchaux et les ministres, sur quatre de front, fermaient la marche du cortège. A voir Joséphine et Napoléon s’avancer ainsi vers le sanctuaire, apportant à leur insu, dans leur démarche et leur physionomie les nuances propres à leur nature et à leur caractère, on sentait chez l’une la reine française et chez l’autre l’empereur romain. Trop théâtral s’il

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