M. Thicrs, t. V, p
HISTOIKK
se fût agi d’un homme vulgaire, le costume de Napoléon imposait encore aux plus sceptiques, lorsqu'on reconnaissait sous ce satin et ce velours, le puissant soldat d'Italie et d'Égypte.
Au moment où les souverains entraient dans l’avant-chœur, le Pape était descendu de sa chaire, et, placé devant l'autel, avait entonné le Vcni Creator. En même temps l’Empereur et l’Impératrice prenaient leur place, ayant derrière eux les grands dignitaires, les princesses et ceux qui allaient participer à la cérémonie. Le reste du cortège était resté rangé dans la nef.
Pendant la durée de l’hymne à l'Esprit saint, Napoléon avait dépouillé ses insignes. Il remit à l’archichancelier sa main de justice, à l’architrésorier son sceptre; le prince Joseph lui ôta sa couronne; ses chambellans lui enlevèrent son manteau, son collier, sou anneau et les passèrent aux grands officiers qui devaient les tenir; le connétable s’approcha, l’Empereur lira son épée et la lui remit. Les dames de l’Impératrice détachèrent aussi son manteau, et tous ceux qui étaient chargés des ornements impériaux allèrent successivement les déposer sur l’autel, . la couronne de laurier formant le sommet de ce glorieux trophée, et revinrent prendre leurs places. Les trois maréchaux qui portaient les honneurs de Charlemagne, restèrent constamment avec ces insignes historiques à droite du petit trône.
Celte opération terminée, le Souverain Pontife se tournant vers l’Empereur, lui demanda en latin, s’il
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promettait d’employer tous ses efforts pour faire régner dans l’Église et parmi son peuple, la loi, la justice et la paix. Napoléon, en touchant des deux mains > le livre des Évangiles, répondit : Je le promets. Alors le Pape et tous les cardinaux, les archevêques et les évêques, mitre en tête et à genoux, commencèrent les litanies. Lorsqu’on fut arrivé aux trois versets qui ne se disent que pour le sacre des souverains, l’Empereur et l'Impératrice s’agenouillèrent aussi, pendant que le chef de l’Église demandait à Dieu « de bénir, d’élever au pouvoir souverain et de consacrer son serviteur, qui allait être couronné Empereur, ainsi que son épouse. »
Ces oraisons finies, le cardinal Fesch, grand aumônier, le cardinal du Belloy et deux évêques, vinrent prendre l’Empereur et l’Impératrice pour les conduire au pied de l’autel et y recevoir l’huile sainte. Us s’y rendirent sans suite, et se mirent à genoux sur des carreaux de velours bleu placés à la première marche. Le Pape fît à Napoléon une triple onction sur la tête et dans les deux mains, tout en disant la prière de la consécration : « Dieu puissant et éternel, qui avez établi Hazaël pour gouverner la Syrie, et Jéhu, roi d’Israël, en leur manifestant vos volontés par l’organe du prophète Élie; qui avez également répandu Ponction suinte des rois sur la tête de Saiil et de David, par le ministère du prophète Samuel, répandez par mes mains les trésors de vos grâces et de vos bénédictions sur votre serviteur Napoléon, que, malgré notre indignité perii 19
sonnelle, nous consacrons aujourd’hui Empereur en votre nom. »
Le Souverain Pontife fit à Joséphine les mêmes onctions, en récitant la prière suivante, si bien assortie à sa situation : « Que le Père de l’éternelle gloire soit ton aide, et que le Tout-Puissant te bénisse; qu’il exauce tes vœux ; qu’il remplisse ta vie de longs jours ; qu'il confirme sans cesse cette bénédiction et la maintienne à jamais avec tout le peuple; qu’il couvre de confusion tes ennemis; que la sanctification du Christ et Ponction de cette huile fleurissent sur toi , afin que celui qui t’a accordé sa bénédiction sur la terre, te donne dans le ciel le bonheur des anges , et que tu sois bénie et gardée pour la vie éternelle , par Jésus- Christ notre Seigneur, qui vit et règne dans les siècles des siècles. »
Après cette cérémonie du Sacre, l’Empereur et l’Impératrice furent reconduits à leur prie-Dieu, et l’office divin, célébré par le Souverain Pontife avec toute la majesté du rite romain, commença. Deux grands orchestres et quatre chœurs, composés des premiers artistes de Paris, exécutèrent, sous la direction de MM. Rey et Persuis, une messe dont les morceaux avaient été écrits pour la solennité par Paësiello , l’abbé Rose et Lesueur, maîtres de la chapelle impériale, et dont les solos étaient confiés à Lais, à Kreutzer et à Baillot.
Arrivé au Graduel, le Pape bénit l’un après l’autre les ornements impériaux, pendant que les cardinaux et les évêques, chargés de ce soin, allaient de nou-
veau prendre l'Empereur et l’Impératrice pour la cérémonie du couronnement. Napoléon arriva devant l’autel et en gravit les premières marches, suivi seulement de l’archichancelier, de l’architrésorier, du grand chambellan, du grand écuyer et de deux chambellans. L’Impératrice Joséphine était accompagnée de sa dame d’honneur, de sa dame d’atours, de son premier écuyer et de son premier chambellan. Elle se plaça à gauche de l’Empereur, et ils se tinrent debout l’un et l’autre, pour recevoir les insignes impériaux de la main du Saint-Père, qui tournait le dos à l’autel, assis sur son fadistoire, ou siège romain en or, en forme de pliant et sans dossier.
Pendant que l’orchestre et les chœurs exécutaient un motet de circonstance, le Pape, en accompagnant d’une prière spéciale la tradition de chaque insigne, remit à Napoléon, après les avoir reçus de ses servants, l’anneau que celui-ci passa à son doigt, l’épée qu’il replaça dans le fourreau, le manteau qui lui fut attaché par ses chambellans, le globe qu’il rendit aussitôt à l’un des grands officiers, enfin la main de justice et le sceptre qu’il conserva quelques instants en s’inclinant dans l’attitude de la prière. En même temps, le Pape faisait à l’Impératrice la tradition de son anneau et de son manteau, que ses dames remettaient sur ses épaules. Ensuite il étendit la main pour prendre la couronne de l’Empereur. Mais celui-ci , après avoir rendu à l'archichancelier sa main de justice, à l’architrésorier son sceptre, monte à l’autel, et saisissant avec une résolution
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pleine de calme et de dignité son diadème césarien, le place sur sa tête, en se retournant vers l’assistance vivement impressionnée par cét incident inattendu.
Napoléon voulut aussi procéder lui-même au couronnement de sa compagne, qui, attendrie et sanglotant presque, s’était agenouillée sur les marches de l’autel. Mais, pour bien représenter Joséphine à cette heure mémorable de sa vie, nous allons emprunter la narration du témoin le moins suspect en ce qui la concerne , en faisant observer toutefois , que dans ce récit, certaines circonstances secondaires ont été mêlées et ne se trouvent pas mentionnées dans l’ordro où elles se sont produites.
« Lorsqu’il fut temps pour elle , dit Mme la duchesse d’Abrantès', de paraître activement dans le grand drame, l’Impératrice descendit du trône et s’avança vers l’autel, où l’attendait l’Empereur, suivie de ses dames du palais et de tout son service d’honneur, et ayant son manteau porté par la princesse Caroline, la princesse Julie, la princesse Élisa et la princesse Louis. Une des beautés remarquables de l’Impératrice Joséphine, c’était non-seulement l’élégance de sa taille, mais le port de sa tête , la façon gracieuse et noble tout à la fois dont elle la tournait et dont elle marchait. J’ai eu l'honneur d’être présentée à beaucoup de vraies princesses, comme on le disait dans le faubourg Saint-Germain, et je dois dire, en toute vérité de conscience, que jamais je