Histoire de la Martinique, t. VI, p
l’Impératrice! dit-il. Elle est le modèle des vertus dans la colonie; la France lui doit toutes celles qui brillent sur le trône avec son auguste fille » Le plus grand enthousiasme accueillit ce double hommage rendu à la fille et à la mère. Un mois après, les mêmes démonstrations se renouvelèrent pour fêter le Couronnement que le ministre avait annoncé à l’amiral Villaret devoir être célébré le jour anniversaire de la révolution de brumaire, le 9 novembre, jour, en effet, primitivement fixé. Après avoir payé dans ces deux circonstances ce qu’elle devait à la position de sa fille et au gracieux empressement de ses compatriotes, venus de tous les points de la colonie pour lui faire honneur, Mme de La Pagerie, rapportant sur sou habitation ce nom d 'Impératrice- Mire que l’affectueux orgueil du peuple créole s’obstinait à lui donner, rentra à ses Trois-Ilets préférés, son empire à elle, où, dans sa patriarcale simplicité, elle régnait par les services et les bienfaits, adorée de tout un monde de serviteurs, et entourée de voisins qui ne l’aimaient pas plus depuis que sa fille était sur le trône.
Parvenue au sommet de la grandeur humaine , l’Impératrice Joséphine , plus que jamais , eût désiré posséder sa mère auprès d’elle. Celle-ci, qui n’avait pu se décider à partir pendant la courte durée de la paix d’Amiens , trouvait maintenant, dans la reprise de la guerre et le blocus dont la Martinique était
1. Histoire de la Martinique, t. VI, p. 103, et Moniteur du 22 janvier 1805.
l’objet, des motifs réels d’appréhension, partagés jusqu’à un certain point par sa famille et par sa fille elle-même. Mais comme Joséphine, avec l'agrément de l’Empereur, avait adressé un dernier et pressant appel à ceux de ses parents qui restaient encore à la Martinique, il fut convenu que son oncle, le baron de Tascher, qui, en sa qualité d’ancien marin, n’avait point à tenir compte des périls de la traversée, se rendrait d’abord à Paris, sauf à y être rejoint plus tard, lorsque la paix serait faite, par sa belle-sœur et par sa femme.
Ces nouvelles de la Martinique et les adresses nombreuses de ses habitants , trouvèrent l’Impératrice à la veille de partir pour Milan , où Napoléon allait se faire couronner seul Roi d'Italie. Cette première année de l’Empire devait compter parmi les plus heureuses de la vie de Joséphine. Avec sa modération elle ne pouvait se faire un chagrin de ne pas être couronnée de nouveau. Cet honneur de plus n’eût rien ajouté aux liens qui l’unissaient à son époux ; mais si son amour-propre avait éprouvé quelque froissement à cet égard , son cœur reçut un ample dédommagement dans la preuve particulière d’affection donnée à son fils par l’Empereur.
Content de son haut grade de colonel général, et ne demandant que des occasions de bien servir, Eugène était parti devant avec la garde impériale à qui Napoléon avait donné rendez-vous à Milan. Il était à peine arrivé à la moitié de son voyage que son beau-père, qui se plaisait à faire de ces surprises à ceux qu’il
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aimait , lui envoya un courrier qui le rejoignit à la descente de Tarare pour lui annoncer qu’il venait de le nommer prince de l’Empire et archichancelier d’État. La lettre de l’Empereur était ainsi conçue :
« Palais des Tuileries , 1" février 1805.
« Mon cousin ,
« Jp vous ai nommé prince et archichancelier d’État. Je ne puis rien ajouter aux sentiments exprimés dans le message que j’ai envoyé au Sénat à cette occasion, et dont copie vous sera adressée. Vous y verrez une preuve de la tendre amitié que je vous porte, et l’espoir où je suis que vous continuerez, dans la même direction , à mettre à profit les exemples et les leçons que je vous ai donnés. Ce changement n'apporte aucun obstacle à votre carrière militaire. Votre titre est le prince Eugène Beauharnais , archichancelier d’État; vous recevrez celui (ï Altesse Sérénissime. Vous n’êtes plus colonel général des chasseurs, vous restez général de brigade, commandant les chasseurs à cheval de ma garde. 11 n’y a rien de changé dans vos relations ordinaires, si ce n’est que vous signerez le prince Eugène. Vous n’ajouterez votre titre d’archichancelier d’État que dans les affaires qui ressortissent à votre dignité ou dans les affaires officielles. Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte et digne garde.
w Napoléon'. »
i. Mfnwire* du prince Eugène, t, I", p. 97.
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DE L’IMPÉRATRICE JOSÉPUINE. 307
Cette double décision avait été, en effet, annoncée le même jour au Sénat dans ce message spécial qui fut pour l'Impératrice Joséphine comme une seconde couronne posée sur sa tête par la main de son époux, et qui reste pour la famille du prince Eugène l’impérissable titre d’honneur de son chef :
« Sénateurs ' ,
« Nous avons nommé notre beau-fils, Eugène Beauharnais , archichancelier d’État de l’Empire. De tous les actes de notre pouvoir, il n’en est aucun qui soit plus doux à notre cœur. Élevé par nos soins et sous nos yeux depuis son enfance , il s’est rendu digne d’imiter et, avec l’aide de Dieu, de surpasser un jour les exemples et les leçons que nous lui avons donnés. Quoique jeune encore , nous le considérons dès aujourd’hui, par l’expérience que nous en avons faite dans les plus grandes circonstances, comme un des soutiens de notre trône et un des plus habiles défenseurs de la patrie.
« Au milieu des sollicitudes et des amertumes inséparables du haut rang où nous sommes placé, notre cœur a eu besoin de trouver des affections douces dans la tendresse et la constante amitié de cet enfant de notre adoption; consolation nécessaire, sans aucun doute , à tous les hommes , mais plus éminemment à nous dont les instants sont dévoués aux affaires des peuples. Notre bénédiction paternelle accompa-