‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 133 sur 232 · Lettre du 19 décembre. Ibid , p · texte numérisé non relu

Lettre du 19 décembre. Ibid , p

Dans quelques jours je serai décidé. Adieu, mon amie, mille choses aimables et tendres.»

L’Impératrice Joséphine se trouvait traitée à Munich comme l'épouse du protecteur tout-puissant de la Bavière. Princes et princesses s’empressaient de lui plaire. Dans cette cour, elle distingua surtout l’une des filles de l’Électeur Maximilien, la princesse Auguste-Amélie , aussi remarquable par les qualités de son cœur et les dons de son esprit , que par sa rare beauté. L’opinion publique , pressentant sans doute la pensée de Napoléon, la donnait pour femme au prince Eugène, quoique promise au prince héréditaire Charles de Bade, son cousin. C’était dire, d’une part, qu’on pensait qu’Eugène pouvait tout attendre de la tendresse de son père adoptif ; et de l’autre, que par leurs qualités mutuelles, on trouvait le jeune vice-roi et la vertueuse princesse dignes l'un de l’autre. Ce mariage, ajoutait-on, devait être le gage d’une plus étroite alliance entre la France et la Bavière agrandie et élevée au rang de royaume par la volonté ohéie du vainqueur d’Ulm et d’Austerlitz.

Le 26 décembre , l’Empereur signa à Presbourg ce traité glorieux, par lequel l’Autriche abandonnait l’État de Venise et d’autres provinces destinées à faire partie du royaume d’Italie, qu’elle reconnaissait, etleTyrol, que Napoléon donnait à la Bavière, également reconnue comme royaume indépendant, de même que le Wurtemberg; et le 27, il se rendit à Munich , où l'attendaient la gratitude du nouveau roi et l’admiration de son peuple.

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L’Empereur avait, en effet, jeté les yeux sur la princesse Auguste pour son beau-fils, voulant rattacher par un lien de famille la Bavière à la France, et donner au prince Eugène une preuve de plus de ses sentiments, et, en même temps, une marque de sa satisfaction pour la manière dont il avait inauguré en Italie les fonctions si nouvelles pour lui de vice-roi. Actif, soigneux, doué de tact et de bonne volonté, plus sérieux déjà que ses vingt-quatre ans , Eugène acquérait rapidement une expérience et une maturité précoces, par sa docilité à suivre la direction qui lui était imprimée ; et cette docilité, il la puisait dans un cœur rempli de déférence et d’admiration convaincue, et non dans les calculs de l’intérêt, car jamais le désir de flatter ou la crainte de déplaire ne l’ont porté à déguiser la vérité. La joie de l’Impératrice Joséphine de revoir l’Empereur, si promptement sorti de cette grande guerre, fut bien doucement accrue par la confidence qu'il lui fit, à son arrivée, de ses desseins sur son fils.

Mais la princesse Auguste ayant été promise , et en quelque sorte fiancée au prince Charles de Bade, il fallait obtenir de la part des deux parties la renonciation à une parole donnée. Le duc régnant, aïeul du jeune prince dont le père était mort, renonça le premier à ce projet d’alliance, sur l’insistance de Napoléon, qui venait d’agrandir son territoire, et la promesse qu’il lui fil de dédommager son petit-fils en le mariant de sa main.

Le consentement de la jeune princesse fut plus

difficile à obtenir. Redoutant les émotions d’une explication verbale, son père, qui l’aimait tendrement , prit le parti de lui écrire. Dans sa lettre vraiment touchante, il lui fait ressortir tous les avantages de l’union désirée par l’Empereur, lequel promet d’assurer au prince Eugène la couronne d’Italie, il lui vante les bonnes qualités du jeune prince, qui, d’après sa conviction, la rendra sûrement heureuse; et pour lui prouver que le parti est bon, il lui révèle ce fait resté ignoré jusqu’à ce jour, qu’à Presbourg, les ministres autrichiens avaient offert à Napoléon , pour son beau-fils, la main d’une de leurs archiduchesses. « Songez, chère Auguste (dit en terminant le roi à sa fille) qu’un refus rendrait l’Empereur autant notre ennemi qu’il a été jusqu’ici l’ami de notre maison ; » et il fait un dernier appel à son dévouement patriotique pour la Bavière, qui doit tant à l’Empereur des Français, èt peut en obtenir de plus grands avantages*. Devant cette double insistance de son père et du bienfaiteur de son pays, la jeune et belle princesse, dégagée au reste de sa promesse, consentit à ce qu’on demandait d’elle. « Je remets, répondit-elle à son père, mon sort entre vos mains; aussi cruel qu’il pourra être, il me sera adouci, sachant que je me suis sacrifiée pour mon père, ma famille et ma patrie. C’est à genoux que votre enfant demande votre bénédiction; elle m’aidera à supporter avec résignation mon triste

l. Voy. cette lettre , publiée pour la première fois par M du Casse dans les Mémoires et Correspondance du prince Eugène, t. Il, p. 15.

sort', » Cette victime résignée, peu de mois après, se disait la plus heureuse des épouses. Napoléon , se portant garant des qualités et du cœur de son beau-fils, n’avait pas craint de lui en donner, ainsi qu’au roi Maximilien, la ferme assurance.

Dès que le mariage fut décidé, mais seulement alors, l’Empereur informa Eugène de ce qu’il avait fait pour lui. L’Impératrice annonce à la princesse Louis cet heureux résultat, dans une lettre où l’on voit tout son bonheur de l’affection que l’Emper^pr manifeste à son fils et aussi à elle-même : « Je ne veux pas perdre un moment, ma chère Horlense , écrit-elle à la date du 7 janvier 1806’, pour t'apprendre que le mariage d’Eugène avec la princesse Auguste, fille de l’Électeur de Bavière, vient d’être définitivement arrêté. Tu sentiras comme moi tout le prix de cette nouvelle preuve d’attachement que l’Empereur donne à ton frère. Rien au monde ne pouvait être plus agréable pour moi que cette alliance. La jeune princesse réunit, à une figure charmante, toutes les qualités qui rendent une femme intéressante et aimable. » Elle lui avait dit dans une précédente lettre : « Elle est charmante de caractère et belle comme un ange : elle réunit à une belle figure la plus belle taille que je connaisse". » Deux jours après Napoléon écrit, sur le même sujet, ce court billet à sa belle-sœur qu’il traite toujours en fille : « Ma fille ,

1. Voy. Mémoires ei correspondance du prince Eugène, t. II, p. 15.

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