‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 135 sur 232 · Collection Didot, t. II, p · texte numérisé non relu

Collection Didot, t. II, p

2. Un changement fut apporté, par cette paternité adoptive, dans le protocole de la correspondance impériale. Auparavant, Napoléon, en écrivant au prince Eugène, lui disait Mon cousin ; à partir de cet instant, il écrit toujours Mon /ils.

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la princesse de Bavière, comme la beauté l’est toujours en Italie, et le prince Eugène, comine un véritable souverain, déjà populaire. Le même jour l’Empereur et l’Impératrice s’acheminèrent vers la France, en passant par Stuttgart et Bade, et, le 26 janvier 1806, dans la nuit, ils arrivèrent à Paris « dont le peuple attendait Napoléon avec la plus vive impatience pour lui témoigner sa joie et son admiration1. »

L’Impératrice Joséphine, en rentrant à Paris, y trouva son oncle, le baron de Tascher, arrivé depuis peu de la Martinique. Elle montra à ce frère de son père une grande joie de le revoir après quinze années. L’Empereur accueillit avec distinction le vieux marin qui s’était si bien battu contre les Anglais, à notre époque de splendeur maritime. Il le logea dans l’hôtel de la rue. de la Victoire, que le prince Louis avait abandonné pour son palais de la rue Cerutti ’, et en attendant de nouvelles et prochaines faveurs, il le nomma commandant de l’une des cohortes de la Légion d’honneur.

Le baron de Tascher ne retrouva pas, à sou arrivée, son vieil ami, le marquis de Beauharnais, ainsi que sa sœur, devenue la femme de cet ancien gouverneur de la Martinique. Tous les deux étaient morts pendant le Consulat. Les exigences de notre récit ne nous ont pas permis de mentionner, à leur date, les vifs regrets que cette perte inspira à Joséphine et à ses enfants soigneux de consoler cette double vieil

l. Histoire ilu Consulat et île 1‘ Empile, t. VI, p. 371.

2 Aujourd’hui la rue Laffitte.

lesse. Le vénérable chef de la maison de Beauharnais qui , près d’un demi-siècle auparavant , avait heureusemept défendu la Martinique contre une flotte anglaise, en compagnie de son aide de camp et ami, le père de l’Impératrice Joséphine, vécut assez pour pouvoir pressentir dans la personne d’Eugène, son petit-fils, l’illustration réservée à son nom. La marquise de Beauharnais, que nous avons vue si souvent figurer dans les premiers chapitres de cette histoire , sous le nom de Mme de Renaudin , survécut de deux années à son époux, et put, de son côté, entrevoir l’avénement au trône de cette nièce dont elle avait, à son insu, procuré l’étonnante fortune, en la faisant venir en France, vingt-cinq ans auparavant, pour épouser l’infortuné Alexandre de Beauharnais.

Devenue toute-puissante, Joséphine ne se montra point oublieuse pour la famille de son premier époux. Elle rendait des soins assidus à cette autre tante qui avait aussi guidé ses premiers pas, et qui était, de plus, la marraine de sa fille. La comtesse Fanny de Beauharnais sortait peu de chez elle, et, entourée de la littérature contemporaine, passait sa vieillesse dans ce culte des Muses qui avait été la passion quelquefois heureuse de sa vie. Sa fille, on le sait, avait épousé son cousin-germain, le marquis François de Beauharnais, frère aîné d’Alexandre : la fille unique de ceux-ci fut choisie par l’Impératrice pour l’une des premières fonctions de sa cour. Au début de l’Empire , Joséphine fit nommer l’ancien député royaliste.

son beau-frère, ambassadeur d’abord à Florence, puis quelque temps après en Espagne.

Mais la comtesse Fanny avait aussi un fils, le comte Claude de Beauharnais, ancien officier aux gardes françaises, qui avait épousé la fille du marquis Lezay- Marnézia , député de la noblesse aux états généraux. De ce mariage était née une fille appelée Stéphanie, nom emprunté à un roman de son aïeule, que son père devenu veuf et ruiné par la Révolution faisait élever au fond de la province, à Montauban. Joséphine, après le Consulat à vie, voulut que cette enfant reçût une éducation plus conforme à la situation présente de sa famille, et à la destinée qui pouvait se lever pour elle; et le Premier Consul, toujours disposé à satisfaire sa femme dans les siens, demanda la jeune Stéphanie, en annonçant qu’il se chargeait de son éducation et de son sort. Elle fut mise chez MmeCampan où se trouvait déjà la filleule de Mme Bonaparte du même nom, Mlle Stéphanie de Tascher. Dès la première année de l’Empire , le comte Claude de Beauharnais fut placé par Napoléon au Sénat.

L’Impératrice Joséphine voulut aussi faire ressentir les effets de son affectueux pouvoir aux parents éloignés que son aïeul, en transportant son établissement aux colonies, avait laissés en France, et qui formaient la seconde branche de leur maison. Séparée de la tige commune dès le xv* siècle, cette branche cadette ne portait point le nom de La Pagerie, réservé aux aînés de la famille ; elle ajoutait dans les actes au nom de Tascher, celui de la seigneurie de Pouvray qui lui

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appartenait. En arrivant en France, le père de Joséphine avait renoué avec ces parents de son nom, et l’un d’eux l’abbé Samuel de Tascher, aumônier du duc de Penthièvre, le remplaça même à la célébration du mariage de sa fille, où la maladie l’avait empêché de figurer. Le frère de celui-ci, chef de sa branche, riche et estimé, après avoir bien servi, de 1759 à 1785, s’était retiré à Orléans, capitaine au régiment de Pentbièvre et chevalier de Saint-Louis. 11 y passa, sans s’émouvoir, tout le temps de la Révolution, et, au plus fort de la Terreur, il avait su, à la tête d’un corps de volontaires à cheval , protéger la haute Cour nationale, contre une émeute envoyée de Paris pour lui dicter ses arrêts *. Napoléon, qui aimait les preuves de courage, quelle que fût leur date, récompensa cette ferme conduite et la juste considération dont M. de Tascher jouissait dans une ville importante, en le nommant sénateur en octobre 1804, et, plus tard, comte de l’Empire.

L’Empereur, qui avait ainsi distingué un parent éloigné de Joséphine, allait, par quelque haute dignité, témoigner de ses sentiments personnels pour le propre oncle de l’Impératrice, qu’il avait, dans ce dessein, mandé lui-même à Paris. Mais l’influence d’un climat nouveau vint bientôt aggraver la goutte cruelle qui depuis si longtemps tourmentait le baron de Tascher. Après trois mois de souffrances ,

1. Généalogie de la Maison de Tascher dans l’ouvrage intitulé : Rueil, le château de Richelieu et la Malmaison; pièces justificatives, p. 199.

souvent consolées par la présence de l’Impératrice et de la princesse Louis, il mourut, le 25 février 1806, dans l’hôtel de la rue de la Victoire, entouré de sa fille et de ses fils, qui, après avoir terminé leurs études militaires, avaient tous été faits officiers dans les diverses armes qu’ils préféraient. A son lit de mort, il leur recommanda une inviolable fidélité envers l’Empereur et une reconnaissance éternelle pour leur généreuse parente. L’Impératrice Joséphine voulut qu’il fût inhumé dans l’église de Rueil qu’elle avait choisie elle-même pour sa propre sépulture; elle lui fit élever un tombeau en marbre qui se voit à côté du sien, et dont l’inscription atteste sa respectueuse tendresse pour ce frère de son père *.

Cette année, qui suivit la paix de Presbourg, fut • presque entièrement consacrée par Napoléon aux établissements de famille destinés à satisfaire en même temps son cœur et sa politique. Il avait commencé par le mariage d'Eugène. Arrivé à Paris, il s'occupa de remplir l’engagement pris par lui vis-à-vis du prince héréditaire de Bade, et il lui choisit pour femme, cette jeune parente de l’Impératrice qui, depuis trois ans, complétait chez Mme Campan une éducation jusque-là forcément négligée, Mlle Stéphanie de Beauharnais.

On peut suivre dans la correspondance de son institutrice la marche de ses progrès, et y prendre une idée de son caractère. « Je suis très-contente

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