‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 151 sur 232 · M. de Menneval, t. Ul, p · texte numérisé non relu

M. de Menneval, t. Ul, p

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des chemins de s’établir entièrement à Varsovie. Ne pouvant à cause de la saison, faire venir l’Impératrice auprès de lui et ignorant pour combien de temps il se trouvait dans la capitale de la Pologne, il insista alors sérieusement pour qu’elle retournât à Paris, où ses devoirs de souveraine la rappelaient dans ce palais des Tuileries depuis quatre mois veuf de ses maîtres.

Ce retour à Paris, lorsqu’elle s’était flattée de rejoindre dans peu de jours l’Empereur, fut pour Joséphine une douleur véritable. Nous n’avons pas ses lettres, mais elles devaient être vives, touchantes, éplorées, à en juger par les réponses de Napoléon au moyen desquelles il serait facile de reproduire la correspondance qui nous manque. La distance, les mauvais chemins, la saison rigoureuse, rien ne lui paraissait un obstacle ni même une fatigue. Elle semble aller au devant de toutes les objections , et elle sollicite, comme le seul bonheur enviable pour elle, de faire trois cents lieues dans les boues ou dans la neige, au mois de janvier, pour venir trouver au fond de la Pologne, celui qui aujourd’hui s’est emparé de toutes les facultés de son être. Non qu’elle ait la moindre inquiétude sur sa position, car à cette date, personne, pas même l’indiscret Fouché, n’a encore prononcé le mot de divorce : cette idée n’a pas effleuré l’esprit de Napoléon. Mais elle sent par instinct qu’il n’est pas bon que l’Empereur, même pour les plus légitimes préoccupations d’Etat, s'habitue à son absence; que son empire, son influence dépendent en partie de

cette vie intime et par ses soins charmée, qu’elle a fait jusqu’ici goûter à son époux.

Rapprochement naturel qui vient de nouveau au lecteur et que dût faire, comme en 1 805, l’Impératrice Joséphine. Dix ans auparavant, quand son jeune et ardent époux avec tant d’éloquence et si peu de ménagements, l’appelait en Italie, pour partager son amour et ses périls, c’est elle, et nous l’avons compris, qui hésitait à se lancer dans cette vie de glorieuses aventures. Maintenant, c’est Napoléon qui voit pour sa femme des difficultés, des fatigues et des dangers. C’estqu’alors , comme aujourd’hui, ils n’aimaient pas de la même ardeur. Ils se sont aimés autant l’un que l’autre, mais non dans le même instant. On comprend cependant que Napoléon refusât à {'Impératrice des Français, de venir, en quelque sorte, faire campagne à trois cents lieues de la capitale de l’Empire où l’appelaient les convenances de sa position et l’amour des Parisiens, bien plus, évidemment, que les nécessités de la politique. Telle était, en effet, l’admirable situation du gouvernement impérial, son autorité au dedans, son prestige au dehors , que , pendant cette absence qui dura près d’un an, des frontières de la Russie, de cette grange ouverte à tous les vents, assis sur son pliant de campagne, les pieds dans la boue, ou couché sur son lit de paille, Napoléon gouverne la France et l’Italie avec la même autorité incontestée, la même majesté obéie, qu’aux Tuileries, assis sur son trône et entouré des splendeurs de sa cour.

Cette double position de Napoléon et de Joséphine i> 24

ainsi constatée, nous pouvons, en une seule suite, reproduire quelques-unes des lettres de l’Empereur qui roulent uniquement sur le désir de sa femme d’aller le rejoindre, et sur ses motifs de refus : c’est ici , s’il en fut, de l’histoire de cet intérieur impérial , qui fait le principal objet de notre livre.

— « Varsovie, 7 janvier 1807. — Mon amie, je suis touché de tout ce que tu me dis; mais la saison froide, les chemins très-mauvais, peu sûrs , je ne puis donc consentir à t’exposer à tant de fatigues et de dangers. Rentre à Paris pour y passer l’hiver. Va aux Tuileries , reçois, et fais la même vie que tu as l’habitude de mener quand j’y suis; c’est là ma volonté. Peut-être ne tarderai-je pas à t’y rejoindre ; mais il est indispensable que tu renonces à faire trois cents lieues dans cette saison, à travers des pays ennemis, et sur les derrières de l’armée. Crois qu’il m’en coûte plus qu’à toi de retarder de quelques semaines le bonheur de te voir, mais ainsi l’ordonnent les événements et le bien des affaires. Adieu, ma bonne amie; sois gaie et montre du caractère. »

— « 8 janvier. — Je t’avais prié de rentrer à Paris. La saison est trop mauvaise, les chemins peu sûrs et détestables, les espaces trop considérables pour que je permette que tu viennes jusqu’ici où mes affaires me retiennent. 11 tefaudraitau moins un mois pour arriver. Tu y arriverais malade; il faudrait peut-être repartir alors; ce serait donc folie. Ton séjour à Mayence est trop triste; Paris te réclame; vas-y, c’est mon désir. Je suis plus contrarié que toi ; j’eusse aimé à partager les lon-

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gués nuits de cette saison avec toi ; mais il faut obéir aux circonstances. Adieu, mon amie, tout à toi. »

— « 16 janvier. — Ma bonne amie, j’ai reçu ta lettre du 5 janvier; tout ce que tu me dis de ta douleur me peine. Pourquoi des larmes, du chagrin? N’as-tu donc plus de courage? Je te verrai bientôt; ne doute jamais de mes sentiments; et si tu veux m'être plus chère encore, montre du caractère et de la force d’âme. Je suis humilié de penser que ma femme puisse se méfier de mes destinées. Adieu mon amie; je t’aime, je désire te voir, et veux te savoir contente et heureuse. »

— « 18 janvier. — Je crains que tu n’aies bien du chagrin de notre séparation qui doit encore se prolonger de quelques semaines, et de ton retour à Paris. J’exige que tu aies plus de force. L’on me dit que tu pleures toujours : fi! que cela est laid. Ta lettre du 7 janvier me fait de la peine. Sois digne de moi, et prends plus de caractère. Fais à Paris la représentation convenable, et surtout sois contente. Je me porte bien et je t’aime beaucoup; mais si tu pleures toujours, je te croirai sans courage et sans caractère : je n’aime pas les lâches; une Impératrice doit avoir du cœur. »

— « 23 janvier. — Je suis désespéré du ton de tes lettres et de ce qui me revient ? je te défends de pleurer, d’être chagrine et inquiète; je veux que tu sois gaie, aimable et heureuse.... J’ai ri de ce que tu médis que tu as pris un mari pour être avec lui : je pensais, dans mon ignorance, que la femme était faite pour le

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mari, le mari pour la patrie, la famille et la gloire; pardon de mon ignorance ; l’on apprend toujours avec nos belles dames. Adieu, mon amie; crois qu’il m’en coûte de ne pas te faire venir; dis-toi : C’est une preuve combien je lui suis précieuse. «

— «26 janvier. — Ma bonne amie, j’ai reçu ta lettre; je vois avec peine comme tu t’affliges.... Rentre donc à Paris. Je serais fâché et inquiet de te savoir si malheureuse et si isolée à Mayence. Tu comprends que je ne dois, que je ne puis consulter que le bien de mes affaires. Si je pouvais consulter mon cœur je serais avec toi, ou toi avec moi ; car tu serais bien injuste si tu doutais de mon amour et de tous mes sentiments »

Terminons cette série par la lettre suivante, l’une des plus remarquables, qui se trouve sans date dans la correspondance conjugale de Napoléon, mais qui est bien ici à sa place, c’est-à-dire de la fin de janvier ou des premiers jours de février de cette année :

« Mon amie, ta lettre du 20 janvier m’a fait de la peine; elle est trop triste. Voilà le mal de ne pas être un peu dévote ! Tu me dis que ton bonheur fait ta gloire : cela n’est pas généreux; il faut dire : Le bonheur des autres fait ma gloire : cela n’est pas conjugal; il faut dire : Le bonheur de mon mari fait ma gloire : cela n’est pas maternel ; il faudrait dire : Le bonheur de mes enfants fait ma gloire; or, comme les peuples, tou mari, tes enfants, ne peuvent être

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