Cullectiun Didot, t. 1", p
heureux qu’avec un peu de gloire, il ne faut pas tant en faire fi ! Joséphine, votre cœur est excellent et votre raison faible ; vous sentez à merveille, mais v»us raisonnez moins bien. Voilà assez de querelle; je veux que tu sois gaie, contente de ton sort, et que tu obéisses, non en grondant et en pleurant mais de gaîté de cœur, et avec un peu de bonheur. Adieu, mon amie; je pars cette nuit pour parcourir mes avant-postes »
Les textes qui précèdent n’ont pas besoin de longs commentaires. Ils nous font connaître d’une manière exacte et saisissante, le caractère et la situation morale de Napoléon et de Joséphine. Celle-ci est restée femme ; le rang suprême envahit l’Empereur. Livré à ses grands desseins, voyant se dérouler devant lui de plus vastes perspectives encore, il recommande ce qu’il pratique, la tenue, la dignité, la grandeur, la soumission du cœur aux devoirs, aux obligations et même aux simples convenances de la souveraineté. A celle à qui il n’avait demandé jusqu’ici que les plus douces et les plus féminines qualités d’intérieur, il demande maintenant, avant tout, du caractère et de la force dame. Il entend de plus que sa femme aime sa gloire plus que sa personne, et qu’elle ait, comme il l’a lui-même, une pleine confiance en sa destinée. Cependant, comme il y a dans son cœur ce fond d’affection qui ne passera point, il la veut, malgré ce qu’il .exige d’elle, heureuse, contente, gaie : il lui défend de pleurer, car lui qui ne sourcille pas sur les plus ter-