‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 156 sur 232 · M. de Menneval, l. III, p · texte numérisé non relu

M. de Menneval, l. III, p

distraire ses ennuis, elle se rendait , sans faste et sans étiquette, dans quelques-unes des petites scènes qui avaient alors le privilège de la gaieté.

L’Empereur, qui au milieu des combinaisons de ses vastes campagnes s’occupait encore de tous les plus minces détails, lui en exprima son mécontentement : « Mon amie, lui dit-il ', il ne faut pas aller en petite loge aux petits spectacles ; cela ne convient point à votre rang : vous ne devez aller qu’aux quatre grands théâtres, et toujours en grande loge. Vivez comme vous le faisiez quand j’étais à Paris. » C'est la première et la seule fois, dans ces deux volumes de lettres, que Napoléon dit vous à sa femme. Mais son mécontentement ne va pas au-delà de quelques lignes, et ce court billet se termine par Tout d toi. Non content de cet adoucissement, et sûr du chagrin que va causer à Joséphine ce langage de froide étiquette, le même jour, à dix heures du soir, il lui écrit, avant de se coucher, une seconde lettre de son style habituel, qu’il termine par mille et mille amitiés. Mais, malgré ces palliatifs, le ton inusité du reproche, plus encore que le reproche même, avait- produit chez l’Impératrice un serrement de cœur qui était immanquable. Napoléon est au regret de l’avoir affligée, et il met aussitôt le baume sur la blessure : « J’ai reçu, lui dit-il ’, ta lettre du 5 avril ; j’y vois avec peine que tu as du chagrin de ce que je t'ai dit. Comme à l’ordinaire, sur-le-champ, ta petite tête créole se monte

et s’afflige. N’en parlons donc plus. »> Et, désireux de lui plaire, il ordonnance toutes les sommes que Joséphine lui avait demandées pour terminer ses embellissements de la Malmaison où elle allait souvent chercher le repos de ses grandeurs et le calme de ses soupçons jaloux.

En effet, sa jalousie instinctive avait seulement devancé de quelques mois la réalité. « L’Empereur, dit son secrétaire, ne fut pas insensible aux charmes d’une dame polonaise, dont la tendresse et le dévouement ne se sont pas démentis au jour du malheur*. » Dans 1 entourage de l’Impératrice, comme à Mayence, le même zèle indiscret, ou la même malice de cour, cherchait à alarmer sa tendresse. Le chagrin s’empare d’elle, sa tête s’exalte et elle écrit à l’Empereur une lettre que l’on peut recomposer avec la réponse de celui-ci. Elle lui déclare qu’elle aime mieux mourir que de supporter plus longtemps cet éloignement qui se prolonge et menace de ne pas finir : sa vie entière, lui dit-elle, ne doit pas se passer à faire la guerre ; il est bon à autre chose ; quant à elle, au beau temps, elle va partir pour le rejoindre en Pologne, car elle est trop malheureuse à Paris. « Mon amie, lui répond Napoléon, touché de cette douleur *, ta lettre me fait de la peine. Tu ne dois pas mourir ; tu te portes bien, et tu ne peux avoir aucun sujet raisonnable de chagrin.... Tu ne dois pas penser à voyager cet été; tout cela n’est pas possible; tu ne dois pas courir les au-

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