Collection Didot, t. I", p
berges et les camps. Je désire, autant que toi, te voir, et même vivre tranquille. Je sais faire autre chose que la guerre, mais le devoir passe avant tout. Toute ma vie, j’ai tout sacrifié, tranquillité, intérêt, bonheur, à ma destinée. » Toujours cette implacable destinée qui résonne aux oreilles de Joséphine comme un avantcoureur du sort qui l’attend!
Mais si l’Empereur s’était laissé toucher par l’amour sincère et profond de la jeune et belle comtesse Polonaise, il n’entendait pas que cette infidélité passagère qu’il se reprochait, troublât le repos et le bonheur de sa femme. » Tu te laisses affliger, lui écrit-il, par les propos de gens qui devraient te consoler. Je te recommande un peu de caractère, et de savoir mettre tout le monde à sa place. » Comme sa tendresse conjugale n’en est diminuée en rien , il ne cesse de la rassurer sur la continuation de ses sentiments. « Je t’aime et je pense à toi , lui répète-t-il. — N’aie point de soucis et ne doute jamais de l’amour que je te porte. — Ne prête aucune foi à tous les mauvais bruits que l’on pourrait faire courir. Ne doute jamais de mes sentiments , et sois sans aucune inquiétude. » Et il clôt sa correspondance sur ce sujet délicat par ces lignes en style d’Italie, qui paraissent rendre enfin le calme à l’Impératrice : « Je reçois ta lettre. Je ne sais ce que tu me dis des dames en correspondance avec moi. Je n’aime que ma petite Joséphine, bonne, boudeuse et capricieuse, qui sait faire une querelle avec grâce, comme toufce qu’elle fait; car elle est toujours aimable, hors cependant
quand elle est jalouse : alors elle devient toute diablesse'.... »
Mais ces chagrins exagérés et dus à un motif passager, allaient faire place à une véritable et profonde douleur, causée par la perte inopinée du fils aîné du roi Louis, cet enfant tant aimé de Joséphine et de l’Empereur qui , dans sa pensée, l’avait choisi pour son successeur et l’aimait comme son héritier. Le 5 mai 1807, le prince-royal de Hollande, âgé de six ans, mourut du croup, après quatre jours seulement de maladie , dans les bras de son père et de sa mère désolés.
Un homme important qui se trouvait alors à la cour de Hollande, chargé d’y négocier un emprunt pour le compte du roi Joseph de Naples, M. Stanislas Girardin, nous fait connaître, dans ses mémoires trop peu consultés, les détails de ce funeste événement, cause de tant de larmes. Nous y prenons seulement les notes relatives au dernier jour de la maladie du jeune Napoléon :
« Mardi 5 mai. — La nuit a été très-mauvaise pour le jeune prince; on l’a cru mort; les médecins n’avaient plus d’espoir. On lui a mis des vésicatoires sur la poitrine. A deux heures il a eu une crise. Ce matin à huit heures, il était mieux et les médecins ne désespéraient plus de le sauver. Le mieux s’est soutenu jusqu'à deux heures. Les symptômes alarmants se sont représentés; à quatre heures les médecins se sont