Collection Didot, l. I", p
réunis pour dire qu’ils n’espéraient plus rien. Alors on s’est déterminé à lui donner des poudres anglaises dont la composition est inconnue, mais elles sont réputées ici pour produire de salutaires effets dans les maladies dont les enfants peuvent être attaqués. Elles produisirent une crise, donnèrent la fièvre à l’enfant, et le ranimèrent au point qu’à six heures du soir, il demanda des cartes, des estampes. La fièvre calmée, il n’eut plus qu’une longue agonie qui se termina à minuit avec ses jours. La reine, qui avait été arrachée la nuit dernière de chez son fils, parce qu’on le croyait mort, a eu dans le cours de la journée des heures entières d’une entière insensibilité. Immobile, elle avait les yeux fixes. Elle n’ouvrait pas la bouche. Les effets d’une douleur aussi profonde, aussi fortement concentrée, sont incalculables. Le roi est également affligé, mais il fait beaucoup d’efforts sur lui-même pour tâcher de calmer la reine. Sa santé, déjà affaiblie, se ressentira de cette violente crise. Les projets des hommes qui sont fondés sur la durée de la vie humaine, ont une base bien peu solide! »
Le lendemain, 6 mai, l’envoyé du roi de Naples, ajoute ces lignes à son journal : « Le moment de la mort du jeune prince a été déchirant. La reine, à qui l’on cherchait à épargner l’affreux spectacle de voir son fils mort, est entrée dans sa chambre, lorsqu’il n’existait plus. La violence a été nécessaire pour l’en arracher; elle est au désespoir. A cinq heures le roi et la reine sont partis pour aller habiter une maison de campagne dans les environs de la Haye.... L’évé-
neineut affreux dont nous venons d’être les témoins aura nécessairement une grande influence sur les destinées de ce pays. Le roi accusera le climat de la Hollande d’être la cause de la mort de son fils, et il la prendra d’autant plus en déplaisance, que sa température habituelle est contraire à sa santé *• »
Dès que l’Impératrice Joséphine apprit cette perte, par une résolution soudaine, elle courut auprès de sa fille. Mais, réfléchissant en route que peut-être l’Empereur blâmerait, même pour un motif aussi légitime, sa sortie du territoire de l’Empire, et d’ailleurs brisée de fatigue, elle s'arrêta au château de Lacken près de Bruxelles, d’où elle envoie à sa fille ces lignes touchantes : « J’arrive à l’instant au château de Lacken, ma chère fille; c’est de là que je t’écris, c’est là que je t’attends. Viens me rendre’ la vie; ta présence m’est nécessaire, et tu dois avoir besoin aussi de me voir et de pleurer avec ta mère. J’aurais bien voulu aller plus loin; mais les forces me manquent, et d’ailleurs je n’ai pas eu le temps de prévenir l’Empereur. J’ai retrouvé du courage pour venir jusqu’ici; j’espère que tu en trouveras aussi pour venir voir ta mère. Adieu, ma chère fille ; je suis accablée de fatigue, mais surtout de douleur ’. »
La reine de Hollande ne put se rendre que le surlendemain à l’appel de sa mère. Pendant ce temps, l’Empereur, à son quartier général de Finckenstein, avait appris cette triste nouvelle qui venait renverser
1. Journal et Souvenirs de S. Girardin, t. III. p. 409 et 413.