KO HISTOIRE
avec 1 50 000 fr. Le Sénat conservateur s’établit au Luxembourg, le Corps législatif au Palais-Bourbon, le Tribunal au Palais-Royal, et les Tuileries sont assignées pour résidence aux Consuls.
Le choix de ce lieu n’était pas indifférent. Ancienne demeure des rois, symbole de la puissance souveraine, le palais des Tuileries, restitué à sa destination primitive , indiquait à tous qu’en France l’autorité était véritablement reconstituée. 11 fallut d’abord rendre habitable ce vaste palais qu’avait traversé plusieurs fois , depuis dix ans, le torrent populaire. Dès qu il eut été convenablement approprié, le Premier Consul se décida à y transporter sa résidence. Cette détermination n’était pas sans hardiesse et sans délicatesse. Il voulut l’exécuter franchement, même avec apparat , comme un homme qui prend possession d’un rang qu’il sait et sent lui être dû.
Le 19 février 1800, il sortit du Luxembourg avec ses collègues, dans un carrosse attelé de six clievaux blancs , présent de l’empereur d’Autriche au négociateur de Campo-Formio ; vingt-six autres voilures contenant les principaux personnages de l'Etat, suivaient la sienne. Ce cortège était précédé et escorté par quatre mille hommes, pris dans les anciennes troupes d’Italie et d’Allemagne, et commandés par Lannes , Murat et Bessières. La foule accueillit son passage par de vives acclamations. Arrivé dans la cour des Tuileries, le Premier Consul monta à che- Tal pour passer la revue des troupes, pendant que son épouse, qui l’avait précédé avec la famille Boua-
parte, jouissait de ce spectacle des fenêtres du palais. « Mme Bonaparte (c’est un témoin peu prévenu qui parle) était rayonnante de beauté le jour de cette revue, ainsi qu’Iîortense. Elles étaient toutes deux aux fenêtres du troisième Consul, Lebrun, entourées d'une espèce de cour qu’il n’avait pas fallu longtemps pour former*. » En passant devant leur général , les troupes le saluèrent avec les démonstrations les plus enthousiastes. Après le défilé le Premier Consul vint reprendre sa femme, pour la conduire dans son appartement; il reçut ensuite les félicitations, nous allions dire l’ hommage , de toutes les autorités civiles et militaires : un banquet splendide termina cette journée.
Bonaparte s’établit au premier étage du palais des Tuileries, dans les appariements occupés autrefois par la famille royale. Joséphine et ses enfants prirent le logement sur le jardin, situé au-dessous. Le second Consul, Cambacérès, par modestie ou pour tout autre motif, refusa d’occuper une place dans ce séjour des rois, et alla se loger à l’hôtel d’Elbeuf, sur la place du Carrousel : quant au Consul Lebrun, il s’installa d'abord au pavillon de Flore, mais ce ne fut pas pour longtemps , -et il ne tarda pas à transporter son domicile dans le faubourg Saint-Honoré, laissant au général Bonaparte toutes les apparences comme la réalité du pouvoir.
La première année du Consulat vit l’apaisement
1. Histoire des salons de Paris, par Mme la duchesse d’Abraniès, t. V, p. 30.
Si
des partis, ce que l’on peut appeler la conquête de la paix au dedans. Après avoir pris d’urgence et d'inspiration une foule de mesures excellentes et éminemment conciliatrices, le Premier Consul apporta tous ses soins à l’organisation civile et à la restauration sociale de la P rance.
Dans le dessein de relever cet esprit du monde mis en fuite par la Terreur, perverti par le Directoire, le Premier Consul et son épouse demandèrent aide et conseil à une personne jadis célèbre, d un grand ton et d’un tact parfait, Mme la comtesse de Montesson, femme morganatique du duc d Orléans, aïeul du roi Louis-Philippe. Joséphine, à son arrivée en France, avait eu occasion de fréquenter son salon, l’un des premiers du temps, et Bonaparte, de son côté, se souvenait avec reconnaissance et plaisir, d avoir, presque enfant, à l’école de Brienne, été couronué par elle, line fois installé aux Tuileries, le général la pria de venir le voir, et à peine l’eut-il aperçue, qu’il alla au-devant d’elle, l’accueillit avec la plus grande distinction, et l’invita, lui-même, à lui demander tout ce qui pourrait lui plaire : « Mais, général, lui répondit son interlocutrice, je n’ai aucun droit à ce que vous voulez bien m’offrir.— Vous ne savez donc pas, madame, répliqua le Premier Consul , que j’ai reçu de vous ma première couronne ? Vous vîntes à Brienne avec M. le duc d’Orléans, distribuer les prix, et en posant sur ma tête le laurier précurseur de quelques autres : Puisse-t-il vous porter bonheur! me dites-vous. Je suis, assure-t-on, fataliste, madame;
il est donc tout simple que je n’aie pas oublié ce dont vous ne vous souvenez plus. Je serai charmé de vous être utile; d'ailleurs, le ton de la bonne compagnie est à peu près perdu en France, il faut qu’il se retrouve chez vous. J’aurai besoin de quelques traditions, vous voudrez bien les donner à ma femme; et lorsque quelque étranger marquant viendra à Paris, vous lui offrirez des fêtes, pour qu’il soit convaincu que nulle part on ne peut avoir plus de grâce et d’amabilité'. » A cet effet, le Premier Consul lui rendit la pension de 160 000 francs qui lui avait été accordée par le duc d’Orléans, et qui était assise sur des biens que la révolution avait confisqués au profit de la nation. A partir de ce moment, Mme de Montesson visita souvent la femme du Premier Consul, et lui fut d’un grand secours pour la formation de celte cour qui tâchait de s’organiser aux Tuileries.
Bonaparte marchait avec l’opinion publique; sa popularité comme son pouvoir étaient sans bornes. La politique violente avait fini avec la Terreur; la politique cauteleuse avec le Directoire : le régime nouveau intronisait l'ère de la tolérance au dedans et de la grandeur au dehors. Le Premier Consul voulait avoir les divers partis avec lui; comme ils étaient