Souvenirs de M. deMenncvü! , t. I", p
agir Murat et les frères de l’Empereur, qui calmèrent son ressentiment. »
Fouché devait beaucoup à Joséphine. Il usa, dans cette circonstance , de cette ingratitude intrépide qui est le propre des ambitieux qui veulent à tout prix arriver ou se maintenir, race facile à la trahison, que les bienfaits ne gagnent point, car quoi que ce soit qu’ils obtiennent, c’est toujours peu pour leurs insatiables désirs. Le ministre de la police avait fait parler une opinion factice. On ne demandait nulle part, du moins à cette date, le divorce de l’Empereur. L’Impératrice Joséphine était plus que jamais populaire, et on ne pensait pas pouvoir en avoir une meilleure; aussi ce fut avec une satisfaction publique que l’on apprit les vives assurances données par Napoléon à son épouse qu’il ne songeait point à se séparer d’elle. là masse qui dans son affection et son enthousiasme pour le vainqueur de l’Europe, eût donné sans doute beaucoup pour voir à Napoléon, sans divorce, un fils destiné à lui succéder, comprenait que la stabilité de la dynastie impériale était sauvegardée par l’existence du fils du roi Louis, que d’autres pouvaient suivre; et l’Empereur affichait la même pensée en empêchant lui-même sa belle-sœur de conduire ou d’envoyer à La Haye ce jeune prince que son père réclamait, et pour lequel les médecins de Paris redoutaient aussi le climat de la Hollande.
L’Impératrice Joséphine était entièrement rentrée dans son heureuse sécurité, et ne voyant devant elle qu’un avenir assuré, elle allait teuter une dernière et
plus pressante démarche pour amener sa vieille mère auprès d’elle , lorsque la nouvelle de sa mort vint bien cruellement troubler le bonheur dont elle jouissait à Fontainebleau. L’Empereur, pour ménager sa sensibilité, lui avait laissé ignorer pendant quelque temps cette perte douloureuse qui donna lieu dans la colonie aux plus touchantes manifestations
1. A cette occasion, Napoléon fit écrire par le ministre de la marine cette lettre collective au capitaine général, au préfet colonial, et au grand-juge de la Martinique :
« Paris, le a octobre 1807.
c J'ai mis sous les yeux de l'Empereur, Messieurs, les lettres par lesquelles vous me rendez compte de la mort de Mme de La Pagerie, et des dispositions qui ont été prises à la suite de ce malheureux événement. Sa Majesté, vivement touchée de cette perte, a désiré qu’on la laissât ignorer quelque temps à l’Impératrice, dont le cceur est encore navré do celle de son auguste petit-fils, le prince royal de Hollande. Au surplus , l’Empereur m’a chargé de vous exprimer qu’il a été sensible à tout ce que vous avez fait, dans cette occasion, pour rendre les derniers devoirs à Mme de La Pagerie.
t Son intention est que la dépouille mortelle de cette dame reste dans le caveau où elle a été déposée, et qu'on y place une pièce de marbre, sur laquelle on gravera l'inscription suivante, qui couvre déjà le cercueil de plomb :