‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 19 sur 232 · Memorial de Sainte-Ilelenc , I" partie, p · texte numérisé non relu

Memorial de Sainte-Ilelenc , I" partie, p

DE L’IMPÉRATKICE JOSÉPHINE. îlr»

créole était déjà un rendez-vous de la bonne compagnie, comme il en fut l’asile. Napoléon nous l’a dit, après le 9 thermidor.

Dans son désir d'attirer à lui les classes qui avaient tant souffert de la révolution, le Premier Consul voyait avec plaisir l'affluence des parents d’émigrés qui venaient chez sa femme à titre de solliciteurs et de vieilles connaissances. En effet, une fois son mari tout-puissant , Joséphine devint le point de mire de toutes les demandes et de toutes les espérances des hommes de l’ancienne cour. On réclamait de son obligeance les démarches nécessaires pour obtenir la radiation de quelque parent non rentré, ou pour être réintégré dans des biens non vendus, et même pour obtenir des secours justifiés par d honorables besoins. Joséphine, avec son inépuisable obligeance, se faisait l’interprète de toutes les réclamations, et fort souvent elle réussissait auprès de son époux.

Cette conduite de Mme Bonaparte à l’égard de l’émigration et de la noblesse parisienne, de ce qu’alors, par ce mot qui avait toute sa signification bien définie et bien tranchée, on appelait le faubourg Saint- Germain, s’est presque élevée à la hauteur d’un rôle politique. Ce rôle % conforme à sa nature et expliqué [)ar sa vie passée , elle le joua de très-bonne foi , et non pas seulement, cela est facile à prouver, avec l'assentiment tacite de son mari : il nous a dit qu’il en avait calculé l'importance, il dut donc en favoriser le jeu pour la réussite de sa politique de

fusion. Aussi sans déchirer encore la liste des émigrés, il se montra, dès les premiers mois de son pouvoir, très-disposé à accorder de nombreuses radiations quand les demandes des intéressés étaient convenablement formulées.

Lorsque le 18 brumaire eut été connu dans les centres de l’émigration , cet avènement de l’ancienne vicomtesse de Beauharnais y produisit une vive sensation. « Jetais à Londres à cette époque, raconte M. de Las Cases, et je disais à l’Empereur que nous y \ avions conçu de grandes espérances. Plusieurs de nous, qui avaient connu jadis Mme de Beauharnais, partirent aussitôt pour Paris, dans l’espoir de parvenir par elle à exercer quelque influence ou imprimer quelque direction *. » Ces espérances étaient excessives, mais c’est là le propre des partis qui ont éprouvé de longs malheurs.

C’est surtout dans une circonstance où elle fut laissée, par la politique de son mari, à l’entraînement de son cœur, que l’on vit toute cette bonté, cette passion d’obliger qu’il faut constamment redire, au risque de se répéter, quand on parle de l’impératrice Joséphine; car c’est bien une réalité et non un dicton banal. Là est son caractère et sa popularité. A mesure que de nouveaux émigrés rentraient , les parents et les amis qui avaient obtenu leur radiation les amenaient chez Mme Bonaparte qui, pendant quelques mois, se trouva entourée ainsi d’une en-

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