‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 194 sur 232 · Soueenirs üo M. le baron du Menneval , l. I", p · texte numérisé non relu

Soueenirs üo M. le baron du Menneval , l. I", p

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objet de ses constants regrets. Arrivée à la Malmaison, et au moment d’entrer dans ce lieu témoin de ses plus belles années, de nouvelles larmes remplirent ses yeux, et répondant à la pensée qui l’avait occupée pendant toute la route : « S’il trouve le bonheur, ditelle, je ne me repentirai point de mon sacrifice! »

Le lendemain l’acte rédigé aux Tuileries, ainsi que les projets de Sénalus-consulte qui devaient réaliser le Divorce , furent portés au Sénat par Cambacérès , assisté des comtes Régnault de Saint-Jean d’Angély et Defermont, ministres d’État, membres du conseil d’État, et en celte circonstance, orateurs de ce conseil.

L’archichancelier prit le premier la parole en ces termes : « Messieurs, le projet qui sera soumis, dans cette séance, à la délibération du Sénat, contient une disposition qui embrasse nos plus chers intérêts. Elle est dictée par cette voix impérieuse qui avertit les souverains et les peuples que, pour assurer le salut des Etats, il faut écouter les conseils d’une sage prévoyance , rappeler sans cesse le passé, examiner le présent et porter ses regards sur l’avenir. C’est devant ces hautes considérations que, dans cette circonstance à jamais mémorable, S. M. l’Empereur a fait disparaître toutes les considérations personnelles, et réduit au silence toutes ses affections privées. La noble et touchante adhésion de S. M. l’Impératrice est un témoignage glorieux de son affection désintéressée pour l’Empereur, et lui assure des droits éternels à la reconnaissance de la nation. »

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Le corate Régnault de Saint-Jean d’Angély donna lecture du projet de Sénatus-consulte portant dissolution du mariage contracté entre l’Empereur Napoléon et l'Impératrice Joséphine, et assurant à cette dernière son titre et son rang, ainsi que du procès-verbal dressé par l’archichancelier de ce qui s’était passé la veille aux Tuileries. Arrivant ensuite aux motifs de la loi proposée, et dans un langage élevé, digne de la circonstance :

« Monseigneur, continua-t-il eu s’inclinant vers le vice-roi, immobile mais ému sur son siège, Sénateurs , l’acte solennel rapporté en entier dans le Sénatus-consulte que vous venez d’entendre, en contient seul tous les motifs. Que pourrions-nous ajouter? Quelles paroles pourrions- nous adresser au Sénat français, qui ne fussent bien au-dessous des paroles touchantes recueillies de la bouche des deux augustes époux dont votre délibération va consacrer les généreuses résolutions? Leurs cœurs se sont entendus pour faire aux plus grands des intérêts le plus noble des sacrifices; ils se sont entendus pour faire parler à la politique et au sentiment le langage le plus vrai, le plus persuasif, le plus fait pour convaincre et pour émouvoir. Comme souverains et comme époux, l’Empereur et l’Impératrice ont tout fait; ils ont tout dit: il ne nous reste qu’à les aimer, les bénir, les admirer.

« C’est désormais au peuple français à se faire entendre. Sa mémoire est fidèle comme son cœur. Il unira dans sa jiensée reconnaissante les espérances de l’avenir et les souvenirs du passé, et jamais mo-

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narques n’auront recueilli plus de respect, d’admiration, de gratitude et d’amour que Napoléon immolant la plus sainte de ses affections aux besoins de ses sujets, que Joséphine immolant sa tendresse pour le meilleur des é{>oux, par dévouement pour le meilleur des rois , par attachement pour le meilleur des peuples. Acceptez, Messieurs, au nom de la France attendrie, aux yeux de l’Europe étonnée, ce sacrifice, le plus grand gui ait été fait sur la terre; et, pleins de la profonde émotion que vous éprouvez , hâtezvous de porter au pied du trône, dans les tributs de vos sentiments, des sentiments de tous les Français, le seul prix qui soit digne du courage de nos souverains, la seule consolation qui soit digne de leur co;ur. »

Le prince Eugène sc leva alors. Ayant accompli dès le premier jour le sacrifice de ses intérêts personnels, il tenait à faire devant la nation une déclaration conforme aux sentiments qui animaient lui et les siens :

« Sénateurs, dit-il, vous venez d’entendre la lecture du projet de Sénatus-consulte soumis à votre délibération. Je crois devoir, dans cette circonstance, manifester les sentiments dont ma famille est animée.

« Ma mère, ma soeur et moi, nous devons tout à l’Empereur. Il a été pour nous un véritable père; il trouvera en nous, dans tous les temps, des enfants dévoués et des sujets soumis.

i< Il importe au bonheur de la France que le fondateur de cette quatrièmedynastie vieillisse environné

d’une descendance directe, qui soit notre garantie à tous, comme le gage de la gloire de la patrie.

a Lorsque ma mère fut couronnée devant toute la nation , par les mains de son auguste époux , elle contracta l’obligation de sacrifier toutes ses affections aux intérêts de la France. File a rempli avec courage, noblesse et dignité ce premier des devoirs. Son âme a été souvent attendrie en voyant en butte à de pénibles combats le cœur d’un homme accoutumé à maîtriser la fortune et à marcher toujours d’un pas ferme à l’accomplissement de ses grands desseins. Les larmes qu’a coûtées cette résolution à l’Empereur, suffisent à la gloire de ma mère. Dans la situation où elle va se trouver, elle ne sera pas étrangère, par ses vœux et par ses sentiments, aux nouvelles prospérités qui nous attendent, et ce sera avec une satisfaction mêlée d’orgueil, qu’elle verra tout ce que ses sacrifices ont produit d’heureux pour sa patrie et pour son Empereur. »

Telles sont ces paroles « simples et dignes 1 », qui ont été blâmées comme mal placées dans la bouche du fils de celle qu'on détrônait. Ceux qui nous lisent depuis quelques instants, n’en jugeront pas de même. C’est précisément parce que sa mère perdait une couronne, c’est parce que les enfants de sa sœur allaient perdre le trône de France et lui-mêine celui d’Italie, que le prince Eugène pouvait, nous dirons devait faire entendre celte voix désintéressée. Parler

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