‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 196 sur 232 · Collection Vidât, t. Il, p · texte numérisé non relu

Collection Vidât, t. Il, p

DE L’IMPERATRICE JOSÉPHINE. 4sîi

bien plus grand nombre de visiteurs, qu’ils étaient amenés là par des motifs plus désintéressés et plus honorables. On tenait à donner à l’Impératrice Joséphine une marque d’affection qui, chez la plupart, était une marque de gratitude, et, dans ces premiers temps où la présence d’une impératrice nouvelle n’imposait point encore de gêne, tout ce qu’il y avait de considérable dans l’État sefit un devoir d’apporter ses hommages à la Malmaison. Joséphine était sensible à ces démonstrations ; mais elle n’attendait de consolation que des preuves du souvenir de l’Empereur.

La reine Hortense a publié vingt-trois lettres adfessées par Napoléon à Joséphine pendant les trois mois qui séparent le divorce du mariage avec Marie- Louise. Elles sont toutes marquées au coin d’une réelle tendresse, et assignent son véritable caractère à ce divorce imposé par une politique erronée , nous le croyons , mais sincère dans ses motifs. Nous allons en donner quelques-unes , celles qui font le mieux connaître les sentiments de Napoléon et de Joséphine pendant cette délicate transition.

« Sept heures du soir'. — • Je reçois ta lettré , mon amie. Savary me dit que tu pleures toujours ; cela n’est pas bien. J’espère que tu auras pu te promener aujourd'hui. Je t’ai envoyé de ma chasse. Je viendrai te voir lorsque tu me diras que tu es raisonnable et que ton courage prend le dessus. Adieu,

1. La plupart do ces billets sont sans date; l'heure ou le jour sont seulement indiqués.

mon amie; je suis triste aussi aujourd'hui ; j’ai besoin de te savoir satisfaite, et d’apprendre que tu prends de l’aplomb. Dors bien. »

— « Trianon , mardi. — Je me suis couché hier après que tu as été partie, mon amie. Je vais à Paris. Je désire te savoir gaie. Je viendrai te voir dans la semaine. J’ai reçu tes lettres, que je vais lire en voiture1. »

Avant de quitter Trianon, où il était venu s’enfermer durant quinze jours, Napoléon avait voulu avoir à dîner l’Impératrice et la reine Hortense. Le repas fut triste et silencieux. Plus d’une fois Joséphine se sentit défaillir. L’Empereur montra aussi une vive sensibilité. La vue de cette émotion et la persuasion que ses regrets étaient sincèrement partagés redonnèrent à Joséphine la force dont elle avait besoin. Elle promit de nouveau à l’Empereur de vaincre sa tristesse. Quant à Napoléon, en ne retrouvant plus à Paris son ancienne compagne , il fut pris d’un serrement •de cœur dont sa correspondance n gardé la trace : «J’ai été fort ennuyé, écrit-il le lendemain à l’Impératrice, de revoir les Tuileries; ce grand palais m’a paru vide, et je m’y suis trouvé isolé. » — « Je suis triste de ne pas te voir; à demain , » lui dit-il quatre jours après’. Il se rendit auprès de Joséphine; mais ces visites, qui satisfaisaient le cœur de l’in fortunée, étaient loin d’accroître son courage. Napoléon les suspendit pendant quelques jours. Joséphine

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