‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 201 sur 232 · Souvenirs, l. 1, p. 336 et · texte numérisé non relu

Souvenirs, l. 1, p. 336 et

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la femme qui remplaça Joséphine sur le trône sans la remplacer dans le cœur de Napoléon.

« L’Empereur, écrit M. de Las Cases, disait qu’il avait été fort occupé dans sa vie de deux femmes très-différentes : l’une était l’art et les grâces, l’autre l’innocence et la simple nature; et chacune avait bien son prix.... L’une était toujours à côté de la vérité, son premier mouvement était la négative; la seconde ignorait la dissimulation , tout détour lui était étranger. La première ne demandait jamais rien à son mari, mais elle devait partout; la seconde n’hésitait pas à demander quand elle n’avait plus, ce qui était fort rare; elle n’aurait pas cru pouvoir jamais rien prendre sans payer aussitôt1. »

— « L Empereur déclamait contre l’humeur des femmes : car rien , disait-il , n’annonçait plus chez elles le rang, la bonne éducation, le bon ton, que légalité de leur caractère, et le constant désir de

1. Ce reproche dïnsinrérfM, les lignes qui le suivent en sont la preuve, se rapporte évidemment à l'habitude de Joséphine de dissimuler scs dettes, par la crainte que lui inspirait la mauvaise humeur de l'Empereur. Celui-ci, au reste, dans un second passage, a mieux défini sa pensée en la généralisant. « Une autre nuance caractéristique du caractère de Joséphine, disait-il, était sa constante dénégation.... et ce non n'était pas précisément un mensonge, c’était une précaution, une simple défensive; et c’est ce qui nous distingue éminemment, disait-il à Mme Bertrand, de vous autres, mesdames, ce qui n'est au fond entre nous que différence de sexe et d'éducation : vous aimez et l'on vous apprend à dire non; nous, au contraire, nous nous faisons gloire de le dire, même quand cela n'est pas. De là toute la clef de nos conduites respectives si différentes. Nous ne sommes vraiment pas et nous ne saurions être de même espèce dans la vie. » ( Mémorial , I” partie, p. 1 15.)

plaire. Il ajoutait qu’elles étaient tenues à sc montrer toujours maîtresses d’elles-mêmes, à être toujours en scène. Ses deux femmes, nous disait-il, avaient toujours été ainsi ; elles étaient assurément bien différentes dans leurs qualités et leurs dispositions; toutefois elles s’étaient ressemblées tout à fait sur ce point. Jamais il n’avait été témoin de la mauvaise humeur de l'une ou de l’autre; toutes deux avaient été constamment occupées à lui plaire. »

— « Joséphine avait à l’excès le goût du luxe et de la dépense, naturel aux créoles. 11 était impossible de jamais fixer ses comptes , elle devait toujours : aussi c’étaient constamment de grandes querelles quand le moment de payer ses dettes arrivait. On l’a vue souvent alors envoyer chez ses marchands leur dire de n’en déclarer que la moitié. Il n’est pas jusqu’à l’île d’Elbe , où des mémoires de Joséphine ne soient venus fondre sur moi de toutes les parties de l’Italie.... Son gaspillage faisait mon supplice, Calculateur comme je le suis, il devait être dans ma nature d’aimer mieux donner un million que de voir gaspiller cent mille francs. »

— « On sait , ajoutait l’Empereur, qu’elle croyait aux pressentiments, aux sorciers. On lui avait prédit dans son enfance qu’elle ferait une grande fortune, qu’elle serait souveraine. On connaît d’ailleurs toute sa finesse; aussi me répétait-elle souvent depuis, qu’aux premiers récits d’Eugène, le cœur lui avait battu , et qu’elle avait entrevu dès cet instant une

lueur de sa destinée, l'accomplissement des prédictions. »

— « Un fils de Joséphine m’eût été nécessaire et m’eût rendu heureux. ...Commedouceurdomestique, ce gage eût fait tenir Joséphine tranquille et eût mis fin à une jalousie qui ne me laissait pas de repos: et cette jalousie se rattachait bien plus à la politique qu’au sentiment. Joséphine prévoyait l’avenir, et s’effrayait de sa stérilité.... »

— a Joséphine avait une connaissance accomplie du caractère de l’Empereur, et un tact admirable pour la mettre en pratique. Jamais il ne lui est arrivé, par exemple, disait l’Empereur, de rien demander pour Eugène , d’avoir jamais même remercié pour ce que je faisais pour lui, d’avoir même montré plus de soins ou de complaisance le jour des grandes faveurs, tant elle avait à cœur de se montrer persuadée et de me convaincre que tout cela n’était pas son affaire à elle, mais bien la mienne à moi, qui pouvais et devais y rechercher des avantages. Nul doute qu'elle n’ait eu plus d’une fois la pensée que j’en viendrais un jour à l’adopter pour successeur.... En somme, concluait l’Empereur, Joséphine avait donné le bonheur à son mari, et s’était constamment montrée son amie la plus tendre.... Aussi lui ai-je toujours conservé les plus tendres souvenirs et la plus vive reconnaissance.*..’ «

1. Mémorial de Sainte-Hélène , I" partie, p. 38, 79, 112, 115 Ct 245.

DE L’IÎU'ËRATRICE JOSEPHINE. 49'J

Enfin, le docteur O’Méara fait dire ceci à Napoléon : a Joséphine était la plus grande protectrice des beaux-arts que l’on eût connue en France depuis nombre d’années. Elle avait fréquemment de petites disputes avec Denon et même avec moi, parce qu'elle voulait qu’on enrichît sa galerie de belles statues et de beaux tableaux au lieu de celle du Musée. Pour moi, j’ai toujours cherché à plaire à la nation, et toutes les fois que je me procurais une belle statue ou un tableau de prix, je l’envoyais au Musée pour l’avantage de la nation. Joséphine était la grâce personnifiée. (La grazia in persona .) Tout ce qu’elle faisait, elle le faisait avec une grâce et une délicatesse particulières. Je ne lui ai jamais rien vu faire sans élégance tout le temps que nous avons vécu ensemble ; elle avait de la grâce même en se couchant. Sa toilette était un complet arsenal, et l’on peut dire qu’elle se défendait réellement contre les assauts du temps1. »

Si l’on ajoute à ces textes l’accusatiou portée dans le Mémorial de Sainte-IIilene , contre l’Impératrice Joséphine , d’avoir proposé à son époux une supercherie politique, consistant à supposer comme né d'elle un enfant étranger, accusation que nou9 avons relevée et appréciée dans un précédent chapitre*; si l’on y joint une sorte de reproche d’avoir voulu reparaître aux Tuileries après le divorce, et d’avoir employé l’intrigue pour amener le mariage de sa fille

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